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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2601895

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2601895

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2601895
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes, statuant en référé précontractuel, rejette la demande de la société Blue Arches visant à suspendre et annuler l'attribution d'un marché public à la société Systra. Le juge estime que la région Bretagne, l'autorité adjudicatrice, a respecté les principes de transparence et d'égalité de traitement en informant suffisamment les candidats sur les critères d'attribution, notamment la pondération, et que les griefs relatifs à la méthode de notation du prix ou à l'absence de négociation ne sont pas établis. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la commande publique, en particulier ses articles L. 3, L. 2152-7 et R. 2152-1, ainsi que sur l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 27 mars 2026, la société Blue Arches, représentée par M. C... B..., son président, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d’annuler la décision d’attribution à la société Systra du marché public de prestations intellectuelles n° 2025-90621, portant sur les études socio-économiques et tarifaires pour le schéma directeur du port d’Audierne - Sainte Evette ;

2°) d’enjoindre la suspension de la signature du contrat entre la région Bretagne et la société Systra dans l’attente qu’il soit statué sur la présente requête ;

3°) d’enjoindre à la région Bretagne de reprendre la procédure d’attribution du marché n° 2025-90621 à compter de l’étape de la procédure de consultation entachée d’irrégularité en définissant une méthode de notation transparente pour le critère du prix, en conduisant la phase de négociation prévue au règlement de consultation et en procédant, le cas échéant, à la vérification des offres susceptibles d’être anormalement basses ;

4°) de mettre à la charge de la région Bretagne les entiers dépens de l’instance.

Elle soutient que :
- aucune méthode de notation transparente n’a été portée à la connaissance des candidats à l’attribution du marché de prestations intellectuelles en litige, conformément aux dispositions de l’article L. 2152-7 du code de la commande publique, ce qui a affecté directement la capacité des candidats à calibrer utilement leurs offres financières et constitue une violation des principes de la commande publique, tels que consacrés par l’article L. 3 et les articles R. 2152-1 et R. 2152-2 du code de la commande publique ;
- le règlement de la consultation ne précise pas si la notation s’effectue uniquement sur la tranche ferme ou sur la somme de la tranche ferme et d’une ou des deux tranches optionnelles ;
- ce manquement sur la formule et la méthode de notation du critère du prix est d’autant plus préjudiciable que la différence de classement entre les deux candidats à l’attribution du marché porte essentiellement sur la notation sur le critère du prix ;
- la notation qui lui a été attribuée au titre du critère n°3 portant sur la « compétence de l’équipe projet proposée, pertinence de l’organisation » est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation, la décote de 25 % de la note maximale étant manifestement disproportionnée au regard de l’unique point négatif relevé, portant sur un élément secondaire de l’offre ;
- l’acheteur s’est abstenu de mettre en œuvre la procédure de négociation prévue par l’article 8.3 du règlement de consultation, ce qui constitue un manquement aux règles de mise en concurrence que l’acheteur s’était lui-même fixées et une irrégularité au sens de l’article L. 551-1 du code de justice administrative ;
- l’acheteur s’est abstenu de procéder à la vérification des offres anormalement basses, en méconnaissance de l’article L. 2152-5 du code de la commande publique, ce qui constitue un manquement aux obligations de mise en concurrence, susceptible d’avoir faussé l’analyse des offres à son détriment ;
- les manquements qu’elle dénonce ont eu pour effet de la priver d’une chance sérieuse de se voir attribuer le marché, notamment en ce que sa note globale de 75,87 points aurait pu être significativement différente en l’absence de notation irrégulière sur le critère n° 3, alors même qu’elle a consacré des moyens humains et financiers importants à l’élaboration de son offre pour cette consultation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 et 27 mars 2026, le dernier mémoire en défense ayant été mis à disposition au cours de l’audience publique et communiqué, la région Bretagne, représentée par le cabinet d’avocats Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de la société Blue Arches la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 d code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- le règlement de la consultation indique la grille d’analyse des offres, ce qui a permis aux candidats d’avoir connaissance de la pondération des critères susceptibles d’exercer une influence sur la présentation de leurs offres ainsi que sur leur sélection ;
- elle n’avait pas à faire figurer, dès le lancement de la consultation, la méthode de notation mise en œuvre, au regard des principes visés à l’article L. 3 du code de la commande publique ;
- la méthode de notation retenue a permis l’attribution de la meilleure note sur le critère du prix à l’offre dont le prix est le plus compétitif, en ce qu’elle s’est fondée sur un calcul de la note consistant à multiplier, par la base de notation, le rapport entre le montant de l’offre moins-disante et le montant de l’offre à noter ;
- le règlement de la consultation était explicite sur le fait que le critère du prix a été appliqué toutes tranches comprises, sans distinction au stade de la notation ;
- le moyen tiré de l’absence de publication de la méthode de notation dans le règlement de consultation est inopérant, en ce que la société Blue Arches ne précise pas le préjudice résultant du manquement invoqué ;
- le moyen tiré de ce que la note attribuée à la société Blue Arches au critère n° 3 est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation, est inopérant, eu égard à l’office du juge des référés précontractuels ;
- elle a, en tout état de cause, respecté le contenu de l’offre soumis à son appréciation par la société requérante pour lui attribuer une note, en application d’une méthode de notation, habituelle en la matière et donc régulière ;
- elle n’a pas entaché la procédure d’irrégularité en ne recourant pas à la négociation, dès lors que le règlement de consultation précisait que la procédure de passation utilisée est la procédure adaptée ouverte et qu’il mentionnait expressément qu’elle se réservait la possibilité d’attribuer le marché sur la seule base des offres initiales et sans négociation avec le candidat le mieux classé ;
- l’écart de prix entre les offres des sociétés Systra et Blue Arches, de 13 295 euros HT, soit 22,51 %, pour la tranche ferme et les tranches optionnelles, et de 7 070 euros HT, soit 16,77 %, pour la seule tranche ferme, ne pouvait la conduire à détecter l’offre de la société Systra comme anormalement basse ;
- l’écart de prix constaté entre les deux offres correspond à ce qui est régulièrement constaté entre les acheteurs dans le cadre de leurs procédures de mise en concurrence, et ne pouvait donc permettre de considérer que l’offre de la société Systra entrait dans le champ des dispositions de l’article L. 2152-6 du code de la commande publique ;
- la société Blue Arches n’établit nullement ses allégations selon lesquelles l’offre de la société Systra est « manifestement à perte », d’autant que les prix unitaires des deux offres sont sensiblement identiques ;
- la circonstance que le document dit A... (décomposition du prix global et forfaitaire) fourni aux candidats était un gabarit entièrement libre est sans incidence sur le caractère potentiellement anormalement bas de l’offre de la société Systra.

La procédure a été communiqué à la société Systra qui n’a fait valoir aucune observation.

Le 20 mars 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que l’ordonnance à intervenir était susceptible d’être fondée sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions présentées aux fins d’injonction de suspendre la signature du contrat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mars 2026 :
- le rapport de Mme Thalabard,
- et les observations de Me Emelien, représentant la région Bretagne, qui confirme ses écritures en défense, par les mêmes arguments, qu’il développe.

La société Blue Arches et la société Systra n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

1. La région Bretagne a engagé une procédure de consultation concernant un marché public de prestations intellectuelles ayant pour objet la réalisation d’études socio-économiques et tarifaires pour le schéma directeur du port d’Audierne - Sainte Evette. Le 19 février 2026, la société Blue Arches a été informée que son offre, classée en deuxième position avec une note de 75,87 points, n’avait pas été retenue et que le marché était attribué à la société Systra, dont l’offre d’un montant de 45 755 euros hors taxe, a obtenu la note de 86,35 points. Par la présente requête, la société Blue Arches demande au juge des référés précontractuels d’annuler cette décision d’attribution du marché à la société Systra.



Sur les conclusions aux fins de suspension de la signature du contrat :

2. Aux termes de l’article L. 551-4 du code de justice administrative : « Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle ».

3. Ces dispositions confèrent à la saisine du juge des référés précontractuels un effet suspensif de la signature du marché. Il en résulte que les conclusions présentées par la société Blue Arches tendant à ce qu’il soit enjoint à la région Bretagne de suspendre la signature du contrat litigieux jusqu’à ce qu’il soit statué sur sa requête sont dépourvues d’objet et doivent, donc, être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu’il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l’exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d’exploitation, la délégation d’un service public ou la sélection d’un actionnaire opérateur économique d’une société d’économie mixte à opération unique (…) / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ». Selon l’article L. 551-2 du même code : « I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations (…) ». L’article L. 551-3 de ce code précise que : « Le président du tribunal administratif ou son délégué statue en premier et dernier ressort en la forme des référés. ».

5. En vertu des dispositions de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d’être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l’entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l’avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.

En ce qui concerne la méthode de notation :

6. Aux termes de l’article L. 2152-7 du code de la commande publique : « Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base du critère du prix ou du coût. L'offre économiquement la plus avantageuse peut également être déterminée sur le fondement d'une pluralité de critères non discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. (…) ». L’article R. 2152-7 de ce code précise que : « Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : / 1° Soit sur un critère unique qui peut être : / a) Le prix, à condition que le marché ait pour seul objet l'achat de services ou de fournitures standardisés dont la qualité est insusceptible de variation d'un opérateur économique à l'autre ; / b) Le coût, déterminé selon une approche globale qui peut être fondée sur le coût du cycle de vie défini à l'article R. 2152-9 ; / 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. (…) ».

7. Pour assurer le respect des principes de liberté d’accès à la commande publique, d’égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l’information appropriée des candidats sur les critères d’attribution d’un marché public est nécessaire, dès l’engagement de la procédure d’attribution du marché, dans l’avis d’appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d’autres critères que celui du prix, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces critères. Il doit également porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères dès lors que, eu égard à leur nature et à l’importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d’exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection.

8. Le pouvoir adjudicateur n’est, en revanche, pas tenu d’informer les candidats de la méthode de notation des offres, qu’il définit librement pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu’il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d’appréciation pris en compte pour l’élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d’appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d’irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d’égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d’appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l’évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l’ensemble des critères pondérés, à ce que l’offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n’y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l’avis d’appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.

9. En l’espèce, le règlement de la consultation du marché public en litige énonce en son article 8 que l’appréciation des offres est fondée sur quatre critères, constitués par la pertinence de la méthodologie proposée, par le prix des prestations, jugé sur la base de la A..., par la compétence de l’équipe projet proposée et la pertinence de l’organisation et par l’impact environnemental des prestations, respectivement pondérés à hauteur de 35 % pour les deux premiers critères, de 20 % pour le troisième critère et de 10 % pour le quatrième et dernier critère. Le dossier de consultation comportait, également, un document intitulé « décomposition du prix global et forfaitaire (A...) » à compléter par les candidats, s’agissant du prix unitaire journalier de leurs prestations selon la catégorie d’intervenants (chef de projet, expert, chargé d’étude, assistant, autre), s’agissant des délais proposés et s’agissant du nombre de jours requis pour chacune des prestations précisées dans le cahier des clauses techniques particulières (CCTP), à savoir la réunion de lancement, la phase 1 de la tranche ferme portant sur le diagnostic tarifaire des activités portuaires d’Audierne - Sainte Evette, la phase 2 de la tranche ferme portant sur la construction d’une nouvelle grille tarifaire, les réunions de validation et d’avancement, les réunions de concertations, la tranche optionnelle 1 portant sur l’évaluation économique et sociale d’une variante du projet de port et la tranche optionnelle 2 portant sur l’évaluation économique et sociale d’une nouvelle variante du projet de port.


10. En premier lieu, alors que le CCTP du marché précisait que les prestations étaient réparties en trois tranches, dont une tranche ferme intitulée « diagnostic tarifaire et refonte de la grille indiciaire », une tranche optionnelle 1 intitulée « évaluation économique et sociale d’une variante du projet de port » et une tranche optionnelle 2 intitulée « évaluation économique et sociale d’une nouvelle variante du projet de port », la société Blue Arches soutient que le règlement de la consultation ne précisait pas si l’appréciation du critère du prix portait uniquement sur la tranche ferme ou sur la somme de la tranche ferme et d’une ou des deux tranches optionnelles. Toutefois, eu égard à la formulation de l’article 8 du règlement de la consultation mentionnant expressément que le critère du prix des prestations serait jugé sur la base de la A... et au contenu dudit document A... identifiant chacune des tranches du marché, ferme et optionnelles, un tel moyen ne peut qu’être écarté. Au demeurant, la société requérante ne soutient pas même que l’imprécision alléguée est susceptible de l’avoir lésée.

11. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, et ainsi qu’il a été rappelé au point 8, ni le principe de transparence des procédures fixé par l’article L. 3 du code de la commande publique, ni les dispositions des articles R. 2152-1 et R. 2152-2 de ce code, relatifs aux offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées, ni aucun autre principe ou texte, d’ailleurs, n’imposaient à la région Bretagne d’informer les candidats à l’attribution du marché public en litige de la méthode de notation qu’elle entendait mettre en œuvre pour l’appréciation du critère du prix. Dans le cadre de la présente instance, la région Bretagne expose que la méthode de calcul retenue pour la notation du critère du prix des prestations a consisté à déterminer la note de l’offre en multipliant le rapport entre le montant de l’offre la moins chère et le montant de l’offre à noter, par la base de notation, laquelle correspondait à la note maximale pouvant être obtenue, soit 35 points. En appliquant cette méthode de calcul, l’offre de la société Systra, dont le prix est de 45 755 euros HT pour la tranche ferme et les tranches optionnelles, a obtenu la note de 35 points sur 35 et l’offre de la société Blue Arches, dont le prix est de 59 050 euros HT, pour la tranche ferme et les tranches optionnelles, a obtenu la note de 27,12 points sur 35. Il n’est pas soutenu par la société requérante que cette méthode de notation, ainsi que son application, serait irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l’absence de méthode de notation transparente, en méconnaissance des principes fondamentaux de la commande publique, et notamment du principe de transparence des procédures et des obligations prévues par les dispositions des articles R. 2152-1 et R. 2152-2 du code de la commande publique, ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne la notation du critère n°3 :

12. Il n’appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d’un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d’une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu’il est saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n’a pas dénaturé le contenu d’une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l’attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d’égalité de traitement des candidats.

13. Il résulte de l’instruction, et notamment de l’extrait du rapport d’analyse des offres dont la région Bretagne fait état, que l’appréciation des critères 1, 3 et 5 s’est fondée sur une méthode de notation consistant à attribuer un point, lorsque les éléments de l’offre étaient jugés très satisfaisants, ce qui correspondait à une offre très détaillée et très convaincante pour ce critère, à attribuer 0,75 points lorsque ces éléments étaient jugés satisfaisants, ce qui correspondait à une offre bien détaillée mais dont les éléments ne sont pas assez pertinents ou suffisamment détaillés et pour laquelle des précisions sont nécessaires pour être pleinement convaincants du respect du critère, à attribuer 0,50 points lorsque ces éléments étaient jugés moyennement satisfaisants, ce qui correspondait à une offre assez bien détaillée mais dont plusieurs éléments ne sont pas pertinents, pas assez détaillés ou manquants et pour laquelle des compléments sont nécessaires pour vérifier le respect du critère, à attribuer 0,25 points lorsque ces éléments étaient jugés peu satisfaisants, ce qui correspondait à une offre pas assez détaillée dont beaucoup d’éléments ne sont pas pertinents ou manquants et ne permettent pas de vérifier le respect du critère et à n’attribuer aucun point en l’absence d’information pour ce critère ou en cas d’informations hors sujet.

14. Si la société Blue Arches entend contester la note qui lui a été attribuée au titre du critère n° 3 relatif à la compétence de l’équipe projet proposée et à la pertinence de l’organisation, elle ne saurait utilement se borner à se prévaloir d’une erreur manifeste d'appréciation du pouvoir adjudicateur qui lui a attribué une note de 15 points sur 20 malgré les nombreux points positifs relevés et du caractère manifestement disproportionné de la décote de 25 % de la note maximale au regard de l’unique point négatif relevé, portant sur un élément secondaire de son offre. Eu égard à l’office du juge du référé précontractuel, tel que rappelé au point 12, un tel moyen est inopérant. En tout état de cause, et compte tenu du point négatif relevé pour ce critère par le pouvoir adjudicateur s’agissant du manque de détail quant à l’éventuel accompagnement par un cabinet d’avocat, la société requérante n’établit pas que la région Bretagne aurait, par la note attribuée, méconnu le contenu de son offre, et notamment s’agissant des éléments positifs qu’elle contenait.

En ce qui concerne l’absence de mise en œuvre de la procédure de négociation :

15. Aux termes de l’article L. 2123-1 du code de la commande publique : « Une procédure adaptée est une procédure par laquelle l'acheteur définit librement les modalités de passation du marché, dans le respect des principes de la commande publique et des dispositions du présent livre, à l'exception de celles relatives à des obligations inhérentes à un achat selon une procédure formalisée. (…) ». Aux termes de l’article L. 2124-3 de ce code : « La procédure avec négociation est la procédure par laquelle l'acheteur négocie les conditions du marché avec un ou plusieurs opérateurs économiques. ».

16. Aux termes de l’article R. 2123-4 du code de la commande publique : « Lorsqu'il recourt à une procédure adaptée, l'acheteur en détermine les modalités en fonction de la nature et des caractéristiques du besoin à satisfaire, du nombre ou de la localisation des opérateurs économiques susceptibles d'y répondre ainsi que des circonstances de l'achat. ». Selon l’article R. 2123-5 du même code : « Lorsque l'acheteur prévoit une négociation, il peut attribuer le marché sur la base des offres initiales sans négociation, à condition d'avoir indiqué qu'il se réserve cette possibilité dans les documents de la consultation. ».

17. Le règlement de la consultation du marché public de prestations en litige précise, en son article 1er, que la procédure de passation utilisée est la procédure adaptée ouverte, soumise aux dispositions des articles L. 2123-1 et R. 2123-1 1° du code de la commande publique et en son article 8, que : « après examen des offres, le pouvoir adjudicateur pourra négocier avec les candidats les mieux classés à l’issue de l’analyse initiale des offres. Toutefois, le pouvoir adjudicateur se réserve la possibilité d’attribuer le marché sur la base des offres initiales et sans négociation au candidat le mieux classé ».

18. Il résulte ainsi des termes mêmes du règlement de la consultation que si la région Bretagne a décidé de recourir à une procédure adaptée avec négociation, elle a entendu se réserver la possibilité d’attribuer le marché au regard des seules offres initiales, ainsi que le permettent les dispositions précitées de l’article R. 2123-5 du code de la commande publique. Les candidats en ont été régulièrement informés. Par suite, le moyen tiré de l’absence de mise en œuvre de la procédure de négociation prévue au règlement de consultation ne peut qu’être écarté.



En ce qui concerne l’absence de vérification de l’offre anormalement basse :

19. Aux termes de l’article L. 2152-5 du code de la commande publique : « Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ». Aux termes de l’article L. 2152-6 du même code : « L’acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsqu’une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat (…) ». Aux termes de l’article R. 2152-3 de ce code : « L’acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu’il envisage de sous-traiter. / (…) ». Aux de l’article R. 2152-4 du même code : « L'acheteur rejette l'offre comme anormalement basse dans les cas suivants : / 1° Lorsque les éléments fournis par le soumissionnaire ne justifient pas de manière satisfaisante le bas niveau du prix ou des coûts proposés ; (…) ».

20. Il résulte des dispositions du code de la commande publique précitées que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu’une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé, sans être tenu de lui poser des questions spécifiques. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l’offre. Le caractère anormalement bas ou non d’une offre ne saurait résulter du seul constat d’un écart de prix important entre cette offre et d'autres offres que les explications fournies par le candidat ne sont pas de nature à justifier et il appartient notamment au juge du référé précontractuel, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si le prix en cause est en lui-même manifestement sous-évalué et, ainsi, susceptible de compromettre la bonne exécution du marché.

21. La société Blue Arches soutient que le document dit A... fourni aux candidats est un gabarit entièrement libre, ne prévoyant aucune contrainte s’agissant du nombre minimal de jours par personne et des tarifs journaliers planchers et que dans ce contexte de liberté tarifaire totale, l’écart significatif entre les deux seules offres déposées dans le cadre d’une consultation portant sur une mission d’études spécialisées en économie portuaire aurait dû conduire l’acheteur à s’interroger sur la capacité de la société attributaire à exécuter correctement la mission au prix proposé. Il résulte cependant de l’instruction que le montant total de l’offre retenue s’élève à 45 755 euros HT, incluant la tranche ferme et les tranches optionnelles, et présente un écart de 13 295 euros avec l’offre de la société Blue Arches, s’élevant à 59 050 euros HT, soit un écart de 29 %. La région Bretagne a fait valoir au cours de l’audience publique que les prix unitaires journaliers entre les deux sociétés étaient sensiblement identiques et que la différence de prix résultait de la qualification du personnel dédié aux prestations à mettre en œuvre. En tout état de cause, le seul écart entre le prix de l’offre de la société attributaire et le prix de l’offre de la société requérante ne peut suffire à déduire que l’offre retenue est anormalement basse, ou même seulement suspecte. Si la société Blue Arches affirme trouver injuste que de grands groupes présentent des offres manifestement à perte, elle n’assortit son allégation d’aucune précision. Au regard de l’argumentation ainsi développée, le moyen tiré du caractère anormalement bas de l’offre de la société attributaire doit être écarté.

22. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède qu’à défaut d’avoir établi un manquement du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence, les conclusions présentées par la société Blue Arches sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. En premier lieu, aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative : « Les dépens comprennent les frais d'expertise (…). / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ».

24. La société Blue Arches ne justifie pas avoir exposé des dépens dans le cadre de la présente instance. Ainsi, ses conclusions tendant à ce que les dépens de l’instance soient mis à la charge de la région Bretagne doivent être rejetées.

25. En second lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par la région Bretagne au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er : La requête de la société Blue Arches est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la région Bretagne au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Blue Arches, à la société Systra et à la région Bretagne.



Fait à Rennes, le 3 avril 2026.



La juge des référés,


signé


M. ThalabardLe greffier,


signé


N. Josserand


La République mande et ordonne au préfet de la région Bretagne, préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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