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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2603948

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2603948

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2603948
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi par Mme A... épouse C... d'une requête contestant la prolongation de son hospitalisation sous contrainte au centre hospitalier Guillaume Régnier après une ordonnance de mainlevée de la cour d'appel de Rennes, et demandant réparation. Le tribunal a rejeté la requête comme manifestement irrecevable, faute pour la requérante de justifier d'une décision administrative antérieure à celle du 23 mai 2026, seule en litige. Il a estimé que la décision d'admission en soins psychiatriques du 23 mai 2026, prise sur le fondement des articles L. 3212-1 et L. 3211-2-1 du code de la santé publique pour péril imminent, n'était pas contestée dans les formes requises. En conséquence, l'ordonnance a rejeté l'ensemble des conclusions, y compris indemnitaires et d'injonction, pour irrecevabilité manifeste.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2025, Mme B... A... épouse C... demande au tribunal :

1°) « d’annuler les actes administratifs ayant permis ou prolongé [sa] détention illégale »

2°) « de condamner l’hôpital psychiatrique Guillaume Régnier à [lui] verser une indemnisation pour le préjudice subi, dont le montant sera précisé ultérieurement » ;

3°) « d’ordonner à l’établissement de [lui] fournir, sous 15 jours, l’intégralité de [son] dossier médical et administratif relatif à cette hospitalisation » ;

4°) « d’interdire formellement à l’hôpital psychiatrique Guillaume Régnier de Rennes, toute demande future à [son] encontre, sous quelque motif que ce soit, en raison des manquements graves et répétés à ses droits fondamentaux et au respect des décisions judiciaires ».

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A... épouse C... expose, dans sa requête, que par une décision du 12 mai 2026 la cour d’appel de Rennes a ordonné la mainlevée, à compter du même jour à 16 h 00, de la mesure d’hospitalisation sous contrainte dont elle faisait l’objet au centre hospitalier Guillaume Régnier mais que cet établissement « a maintenu sa rétention jusqu’aujourd’hui, soit 13 jours après l’échéance légale ». Estimant que cette situation constitue une violation grave de ses droits, elle demande au tribunal de prononcer différentes mesures.

2. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : (…) 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; (…) 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables (…) ». Les ordonnances prises sur le fondement de cet article sont rendues sans audience et peuvent être prises dès l’introduction de la requête.

Sur les demandes faites au tribunal « d’annuler les actes administratifs ayant permis ou prolongé [sa] détention illégale » et « de condamner l’hôpital psychiatrique Guillaume Régnier à [lui] verser une indemnisation pour le préjudice subi » :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier Guillaume Régnier n’aurait pas exécuté l’ordonnance du 12 mai 2026 de la présidente de la cour d’appel de Rennes déléguée pour statuer sur les recours fondés sur l’article L. 3211-12-4 du code de la santé publique, que Mme A... épouse C... présente comme ayant mis fin à son hospitalisation complète au centre hospitalier Guillaume Régnier, débutée le 4 avril 2026.

4. En revanche, il ressort des pièces du dossier que, le 23 mai 2026, le directeur de cet établissement a, sur le fondement des dispositions du 2° du II de l’article L. 3212-1 du code de la santé publique, et au regard d’un certificat médical du même jour sollicitant l’hospitalisation d’office en raison d’un péril imminent pour la santé de la requérante, ordonné son admission en soins psychiatriques sous la forme initiale d’une hospitalisation d’office au sein du centre hospitalier Guillaume Régnier. La requérante, qui demande « d’annuler les actes administratifs ayant permis ou prolongé [sa] détention illégale » depuis le 12 mai 2026 et ne justifie que de l’existence de la décision précitée du 23 mai 2026, doit être regardée comme sollicitant du tribunal qu’il annule cette décision. Elle sollicite par ailleurs la condamnation du centre hospitalier Guillaume Régnier au versement d’une indemnité en réparation des préjudices liés à ses hospitalisations.

5. Aux termes de l’article L. 3212-1 du code de la santé publique : « I. - Une personne atteinte de troubles mentaux ne peut faire l'objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d'un établissement (…) que lorsque les deux conditions suivantes sont réunies : 1° Ses troubles mentaux rendent impossible son consentement ; 2° Son état mental impose des soins immédiats assortis soit d'une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d'une surveillance médicale régulière justifiant une prise en charge sous la forme mentionnée au 2° du I de l'article L. 3211-2-1. / II. - Le directeur de l'établissement prononce la décision d'admission 1° Soit lorsqu'il a été saisi d'une demande présentée par un membre de la famille du malade ou par une personne justifiant de l'existence de relations avec le malade antérieures à la demande de soins et lui donnant qualité pour agir dans l'intérêt de celui-ci (…) 2° Soit lorsqu'il s'avère impossible d'obtenir une demande dans les conditions prévues au 1° du présent II et qu'il existe, à la date d'admission, un péril imminent pour la santé de la personne, dûment constaté par un certificat médical (…) ».

6. Aux termes de l'article L. 3211-2-1 du code de la santé publique, figurant au sein du chapitre II du titre Ier du livre II de sa troisième partie, relatif à l’admission en soins psychiatriques à la demande d’un tiers ou en cas de péril imminent : « I. - Une personne faisant l'objet de soins psychiatriques (…) est dite en soins psychiatriques sans consentement. / La personne est prise en charge : 1° Soit sous la forme d'une hospitalisation complète dans un établissement mentionné à l'article L. 3222-1 du présent code ; 2° Soit sous toute autre forme, pouvant comporter des soins ambulatoires, des soins à domicile dispensés par un établissement mentionné au même article L. 3222-1 des séjours à temps partiel ou des séjours de courte durée à temps complet effectués dans un établissement mentionné audit article L. 3222-1. (…) »

7. Aux termes de l’article L. 3216-1 du code de la santé publique : « La régularité des décisions administratives prises en application des chapitres II à IV du présent titre ne peut être contestée que devant le juge judiciaire / Le juge connaît des contestations mentionnées au premier alinéa du présent article dans le cadre des instances introduites en application des articles L. 3211-12 et L. 3211-12-1. Dans ce cas, l'irrégularité affectant une décision administrative mentionnée au premier alinéa du présent article n'entraîne la mainlevée de la mesure que s'il en est résulté une atteinte aux droits de la personne qui en faisait l'objet. / Lorsque le tribunal judiciaire statue sur les demandes en réparation des conséquences dommageables résultant pour l'intéressé des décisions administratives mentionnées au premier alinéa, il peut, à cette fin, connaître des irrégularités dont ces dernières seraient entachées ». Selon le I de l’article L. 3211-12 du même code : « Le magistrat du siège du tribunal judiciaire dans le ressort duquel se situe l'établissement d'accueil peut être saisi, à tout moment, aux fins d'ordonner, à bref délai, la mainlevée immédiate d'une mesure de soins psychiatriques prononcée en application des chapitres II à IV du présent titre (…) ».

8. Il résulte de ces dispositions que la régularité de la décision, dont Mme A... épouse C... demande à la juridiction administrative de prononcer l’annulation, ne peut être contestée que devant le juge judiciaire et que relève également de la compétence du juge judiciaire sa demande tendant à la réparation des conséquences dommageables résultant pour l'intéressée des décisions relatives à son hospitalisation d’office.

9. Il résulte de ce qui précède que les demandes d’annulation et de condamnation dont Mme A... épouse C... saisit le tribunal administratif sont présentées devant une juridiction qui est manifestement incompétente pour en connaître et doivent dès lors être rejetées sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur la demande faite au tribunal « d’ordonner à l’établissement de [lui] fournir, sous 15 jours, l’intégralité de [son] dossier médical et administratif relatif à cette hospitalisation » :

10. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision. (…) ».

11. Le juge administratif ne peut être saisi que de requêtes qui tendent à l’annulation d’une décision administrative, à la condamnation d’une personne publique ou d’une personne privée en charge d’une mission de service public au paiement d’une indemnité ou, dans certaines hypothèses, notamment celle prévue par l’article L. 911-1 du code de justice administrative, à ce que soit adressée une injonction à l’une de ces personnes.

12. Mme A... épouse C... demande au tribunal d’enjoindre au centre hospitalier Guillaume Régnier de lui fournir l’intégralité de son dossier médical et administratif relatif à son hospitalisation. Toutefois, il n’appartient pas à la juridiction administrative de connaître d’une demande tendant au prononcé d’une telle injonction, laquelle ne pourrait être recevable que dans l’hypothèse où elle serait l’accessoire d’une demande tendant à l’annulation d’une décision de cet établissement refusant de communiquer à l’intéressée son dossier médical. Par suite, la demande d’injonction que Mme A... épouse C... présente dans sa requête est manifestement irrecevable et doit dès lors être rejetée en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur la demande faite au tribunal « d’interdire formellement à l’hôpital psychiatrique Guillaume Régnier de Rennes, toute demande future à [son] encontre, sous quelque motif que ce soit, en raison des manquements graves et répétés à ses droits fondamentaux et au respect des décisions judiciaires » :

13. Il n’appartient pas à la juridiction administrative d’ordonner à une autorité administrative de s’abstenir de faire à l’avenir usage des pouvoirs que lui confèrent des dispositions législatives. Par suite, la demande de Mme A... épouse C... qui tend à ce que le directeur du centre hospitalier Guillaume Régnier ne prenne plus à son encontre des décisions dans le cadre des pouvoirs qu’il tient des dispositions précitées du code de la santé publique ne peut qu’être rejetée sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Les conclusions aux fins d’annulation et de condamnation présentées par Mme A... épouse C... sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les autres conclusions présentées par Mme A... épouse C... sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... épouse C....

Une copie en sera adressée pour information au centre hospitalier Guillaume Régnier.


Fait à Rennes le 1er juin 2026.


Le président de la 4ème chambre


signé


D. Labouysse

La République mande et ordonne au préfet d’Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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