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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1900076

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1900076

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1900076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

Considérant de ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 2 mai 1985, a déposé une demande d'asile en France le 8 décembre 2017, enregistrée en procédure dite " Dublin ", dans le cadre de laquelle il s'est vu remettre un arrêté de réadmission vers l'Italie le 24 avril 2018. Le transfert de l'intéressé vers l'Italie était organisé pour le 5 septembre 2018. Le requérant ne s'est pas présenté à l'embarquement à bord du vol devant le ramener en Italie. En conséquence, l'intéressé a fait l'objet d'une déclaration de fuite le 7 septembre 2018. Le 20 septembre 2018, l'OFII a informé M. C de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil. Le requérant a fait part de ses observations. Par la décision attaquée du 16 novembre 2018, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que le requérant n'avait pas répondu à sa convocation par les autorités.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Il est constant que M. C a bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter du 8 décembre 2017. Par suite, la décision du 16 novembre 2018 de suspension des conditions matérielles d'accueil est régie par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article D. 744-38 dudit code, dans sa rédaction applicable au litige : " La décision de suspension () de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () "..

4. La décision contestée de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil comporte les considérations de droit, notamment des articles L.744-8 et D. 744-35 et 38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de fait sur lesquelles elle se fonde. En particulier, le directeur général de l'OFII, qui a indiqué que l'intéressé ne s'est pas présenté à un rendez-vous dans le cadre de la procédure Dublin, a suffisamment motivé en fait sa décision. Si M. C soutient qu'il n'est cité aucune date de rendez-vous non respecté, qu'il n'a pas pu valablement présenter ses observations, il ressort des pièces du dossier qu'il a été invité par un courrier du 20 septembre 2018 à présenter ses observations sur la suspension envisagée dans un délai de 15 jours. Le requérant, dans sa réponse du 25 septembre, a fait part de ses observations sur son défaut de présentation à l'embarquement en vue de son transfert vers l'Italie organisé pour le 5 septembre 2018. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée était insuffisamment motivée et que le motif de suspension étant imprécis, il n'a pas été mis en mesure de présenter utilement des observations sur le manquement explicitement reproché. Dès lors, la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a bien été respectée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "

6. Si M. C, âgé de 33 ans à la date de la décision attaquée, soutient que l'administration s'est crue en situation de compétence liée et a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa situation de vulnérabilité, il ne ressort pas des pièces produites au dossier que son motif d'hospitalisation le jour de son départ prévu le 4 septembre 2018 serait d'une gravité de nature à le faire regarder comme étant au nombre des personnes vulnérables au sens des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'imposent pas qu'un entretien destiné à évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile soit à nouveau mené préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'OFII se serait cru en situation de compétence liée au regard de la déclaration de fuite et se serait abstenu d'examiner, au titre de sa vulnérabilité, les pièces médicales justifiant son absence à l'embarquement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant au défaut de prise en compte de sa vulnérabilité doit être rejeté.

7. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit plus haut, que le 24 avril 2018, le préfet de l'Isère a ordonné le transfert de M. C aux autorités italiennes. M M. C reconnaît ne pas s'être présenté à son rendez-vous du 4 septembre 2018, date pour laquelle un routing vers l'Italie lui a été délivré. En se bornant à mentionner qu'il souffre des suites de plusieurs opérations à l'abdomen, qu'il est fréquemment l'objet de douleurs et en produisant un bulletin d'hospitalisation du 4 septembre 2018, peu circonstancié, qui ne fait pas état du caractère inopiné et urgent de l'hospitalisation en cause, le requérant ne justifie pas d'un motif légitime à son absence de présentation aux autorités. Dans ces circonstances, et au regard de ce qui a été dit au point 6, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu légalement estimer que la situation de l'intéressé justifiait la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une erreur d'appréciation en ne reconnaissant pas qu'il était en situation de vulnérabilité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 novembre 2018 par laquelle le directeur général de l'OFII a prononcé la suspension des conditions matérielles d'accueil de M. A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : la requête présentée par M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

C. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

PH. D'ARGENSON Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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