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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1900935

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1900935

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1900935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESCHAMPS & VILLEMAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°1900958 en date du 8 février 2019, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé l'affaire, en application des articles R.351-3 et R.312-8 du code de justice administratif, afin qu'il soit statué sur la demande de M. B.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 février 2019 et le 21 avril 2021, M. B, représenté par la Selarl Deschamps et Villemagne demande au tribunal (dans le dernier état de ses écritures) :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2018 par laquelle le préfet de l'Isère a prononcé son expulsion du territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible ;

2°) d'enjoindre à la Préfecture de l'Isère de lui délivrer une carte de

résident et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement, et à défaut de lui

délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du

jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat ou du Préfet de l'Isère une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la procédure d'expulsion dont il fait l'objet a méconnu ses droits de la défense tirés des articles R.522-4 et R.522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la procédure a méconnu son droit d'être entendu en ce qu'il ne respecte pas la directive 2008/115 et l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

-l'arrête litigieux est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnaît les dispositions des articles L.521-1 et L.521-2 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Une mise en demeure a été adressée le 5 octobre 2020 au préfet de l'Isère afin qu'il produise ses observations en réponse à la requête déposée par M. B.

Un mémoire présenté par le préfet de l'Isère a été enregistré le 24 octobre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2019.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la directive 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur B, né le 4 mai 1986 à Menzel Bouguettaya en Algérie, est un ressortissant algérien. Par un arrêté n° 2018-MM-16 du 21 décembre 2018, le préfet de l'Isère a prononcé son expulsion du territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté :

2. En premier lieu, dans sa rédaction en vigueur au moment où l'arrêté litigieux a été pris, l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui disposait : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 521-1, après accomplissement des formalités prévues à l'article L. 522-1, est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police."

3. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que le préfet du département de l'Isère était compétent pour prononcer l'expulsion de M. B en application de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté litigieux a été signé par M. Christophe Portal, secrétaire général de la Préfecture de l'Isère qui bénéficiait d'une délégation, consentie par un arrêté n° 38-2018-08 du 1er septembre 2018, pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas les arrêtés d'expulsion. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne le non-respect des droits de la défense :

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Sauf en cas d'urgence absolue, l'expulsion ne peut être prononcée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger doit être préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " La convocation prévue au 2° de l'article L. 522-1 doit être remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. / () Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. / La commission rend son avis dans le délai d'un mois à compter de la remise à l'étranger de la convocation mentionnée au premier alinéa. Toutefois, lorsque l'étranger demande le renvoi pour un motif légitime, la commission prolonge ce délai, dans la limite d'un mois maximum à compter de la décision accordant ce renvoi. () ". Aux termes de l'article R. 522-4 de ce code : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'étranger à l'encontre duquel une procédure d'expulsion est engagée doit en être avisé au moyen d'un bulletin de notification, valant convocation devant la commission prévue aux articles L. 522-1 et L. 522-2. / La notification est effectuée à la diligence du préfet du département où est située la résidence de l'étranger ou, si ce dernier est détenu dans un établissement pénitentiaire, du préfet du département où est situé cet établissement. () ". Aux termes de l'article R. 522-5 : " Le bulletin de notification doit : / 1° Aviser l'étranger qu'une procédure d'expulsion est engagée à son encontre ; / 2° Enoncer les faits motivant cette procédure ; / 3° Indiquer la date, l'heure et le lieu de la réunion de la commission prévue aux articles L. 522-1 et L. 522-2 à laquelle il est convoqué ; / 4° Préciser que les débats de la commission sont publics ; / 5° Porter à la connaissance de l'étranger les dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 522-2 et celles de l'article R. 522-6 ; / 6° Faire connaître à l'étranger qu'il peut se présenter seul ou assisté d'un conseil et demander à être entendu avec un interprète ; / () 8° Préciser que l'étranger ou son conseil peut demander communication du dossier au service dont la dénomination et l'adresse doivent être indiquées dans la convocation et présenter un mémoire en défense ; / 9° Indiquer les voies de recours qui seraient ouvertes à l'étranger contre l'arrêté d'expulsion qui pourrait être pris. ".

5. Contrairement à ce qu'il soutient, M. B a été informé par un courrier en date du 28 août 2019 de ce qu'il faisait l'objet d'une procédure d'expulsion. Ce même courrier lui indiquait qu'il était convoqué devant la commission d'expulsion le 17 septembre 2018. Par suite, il a bien été avisé selon les dispositions précitées de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de ce qu'une procédure était engagée à son encontre en vue de son éventuelle expulsion du territoire français. Il ressort des mentions du bulletin de notification d'une procédure d'expulsion, qu'il comportait l'ensemble des mentions prévues par les dispositions de l'article R. 522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'intéressé s'est d'ailleurs présenté à la commission d'expulsion qui s'est, en l'espèce, tenue le 17 septembre 2018. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance du droit d'être entendu :

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

7. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux précité, relatif au droit à une bonne administration, s'adresse non aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté d'expulsion, pris par une autorité d'un Etat membre, méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

8. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la CJUE que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente, est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué devant la commission départementale d'expulsion des étrangers le 17 septembre 2018, devant laquelle il a pu, utilement présenter ses observations sur la procédure d'expulsion dont il faisait l'objet. Le préfet, qui n'était pas tenu de recueillir une nouvelle fois les observations du requérant préalablement à l'édiction de l'arrêté d'expulsion, n'a ainsi pas méconnu le droit à être entendu.

En ce qui concerne le défaut de motivation et d'examen de la situation personnelle :

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; /(). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

11. L'arrêté attaqué du 21 décembre 2018 par lequel le préfet de l'Isère a prononcé l'expulsion du territoire français de M. B comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée du requérant ne constitue pas un défaut de motivation. Par ailleurs, M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen en ce qu'il ne mentionne pas qu'il est arrivé en France en étant mineur, à l'âge de onze ans, qu'il a suivi une scolarité régulière en France et qu'il a sa résidence habituelle sur le territoire français depuis vingt-trois ans. Or, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet de l'Isère a pris en compte ces différents éléments, même s'il les a écartés aux motifs, notamment qu'il ne justifiait pas d'une résidence habituelle en France, que le certificat de scolarité datant de 1998 n'était pas probant et qu'il ne produisait aucun justificatif entre 2001 et 2004 et avait déclaré lui-même devant la commission d'expulsion être retourné en Algérie en 2001. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne l'erreur de droit tiré de la méconnaissance des articles L. 521-1, L.521-3 et L. 521-2 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public. ". Selon l'article L. 521-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion que si cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que les dispositions de l'article L. 521-3 n'y fassent pas obstacle : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans; () ".

13. M. B, qui fait l'objet d'une mesure d'expulsion sur le fondement de l'article L.521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " menace grave pour l'ordre public ", soutient qu'il ne pouvait être expulsé que sur le fondement des dispositions des articles L. 521-2 (nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique) et L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État). Toutefois, M. B ne justifie pas d'une résidence régulière en France, alors qu'il est retourné en Algérie le 8 septembre 2015. Par ailleurs, les pièces du dossier et les documents produits par le requérant ne permettent pas de retenir que ce dernier résiderait en France, comme il le soutient, depuis l'âge de 11 ans. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficiait des protections prévues aux articles L. 521-2 4° et L. 521-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus. Par suite le moyen sera écarté.

14. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

15. En l'espèce, le requérant a commis des faits de tentative de pénétration sexuelle et d'atteinte sexuelle sur un mineur âgé de moins de quinze ans, faits survenus le 4 avril 2004 ; des faits de recel de bien provenant d'un délit et refus d'obtempérer le 8 mai 2004 ; de vol en réunion le 25 mars 2007, de vol avec destruction en récidive les 16 et 17 mars 2008 ; de circulation sans assurance le 10 septembre 2009 et de vol avec destruction en récidive et tentative de récidive du 29 au 30 janvier 2013. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère a pris en compte la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant, estimant que la présence de ce dernier sur le territoire français constituait une menace grave pour l'ordre public en raison de l'ensemble de son comportement. Si, pour contester l'arrêté attaqué, M. B soutient qu'il a purgé sa peine et qu'il n'a plus eu à faire à la justice depuis sa sortie de détention en 2015, il ne justifie, toutefois, d'aucune insertion professionnelle ou sociale en France depuis sa sortie de prison. Par ailleurs, compte tenu des différents troubles à l'ordre public commis par le requérant entre sa quinzième année et sa vingt-septième année, de la gravité des faits commis, de la réitération de faits troublants l'ordre public ainsi que l'absence de perspectives d'intégration en France, le préfet de l'Isère pouvait considérer que la présence en France de M. B constituait une menace grave pour l'ordre public. Par suite, le préfet de l'Isère n'a commis aucune erreur de droit en considérant que M. B constituait, à la date de l'arrêté attaqué, une menace grave pour l'ordre public. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

16. L'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative de concilier, sous le contrôle du juge, les exigences de la protection de la sûreté de l'Etat et de la sécurité publique avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie familiale normale.

17. M. B fait valoir qu'il est arrivé en France à l'âge de onze ans dans le cadre d'une procédure de regroupement familial pour rejoindre son père. Il indique avoir toujours vécu en France à partir de 1997, avoir suivi sa scolarité en France et avoir toujours gardé des liens avec ses parents et son frère qui résident en France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. B ne justifie pas d'une résidence régulière en France depuis l'âge de 11 ans, alors qu'il est retourné en Algérie le 8 septembre 2015. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire, sans enfant. Il ne justifie d'aucune insertion professionnelle à la date de la décision attaquée. En outre, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine puisque ses oncles, tantes et autres membres de sa famille y résident et a lui-même déclaré devant la commission d'expulsion avoir quitté le territoire français en 2001 et 2015. Enfin, ainsi qu'il a été mentionné au point 15. M. B a commis plusieurs infractions pour lesquelles il a été incarcéré. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de la menace à l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé, la décision d'expulsion n'apparaît pas manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. B, qui ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elles ont trait à la délivrance des titres de séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur d'appréciation des conséquences, sur sa situation personnelle, de la décision prononçant son expulsion du territoire français.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans son intégralité.

Sur les frais de justice :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au Préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

C. C

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

PH. D'ARGENSON Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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