mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1901095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LABORIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 20 février 2019, le 18 mars 2019, le 28 mars 2019 et le 19 janvier 2020, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 18 LO 0 000125421844234 M émis le 12 décembre 2018 par lequel la commune de Grenoble a mis à sa charge la somme de 765,30 euros ;
2°) d'annuler le titre exécutoire n° 19 LO 00001254211941 W émis le 23 janvier 2019 par lequel la commune de Grenoble a mis à sa charge la somme de 765,30 euros ;
3°) d'annuler le titre n° 19 LO 000125421940414 émis le 28 février 2019 par lequel la commune de Grenoble a mis à sa charge la somme de 765,30 euros ;
4°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes précitées.
Mme A soutient que :
- elle a quitté son logement le 30 novembre 2018 ; elle ne pouvait ainsi pas être redevable d'un loyer et d'une taxe d'enlèvement des ordures ménagères couvrant les périodes du 1er décembre 2018 au 28 février 2019 ;
- elle n'a jamais été destinataire d'une convention d'occupation mentionnant un montant de redevance dont elle serait redevable ;
- elle n'a jamais signé une telle convention et elle ne s'est ainsi pas engagée à payer un loyer en contrepartie de l'occupation de son logement ;
- la créance dont elle serait redevable n'a jamais fait l'objet d'une information claire et explicite préalable ;
- les services immobiliers de la ville de Grenoble ne lui ont pas réclamé de loyer avant le mois de septembre 2018 ; elle ne peut ainsi être considérée comme redevable d'une quelconque somme avant cette date ;
- le titre de perception émis le 28 février 2019 est incompréhensible et incohérent.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2019, la commune de Grenoble, représentée par Me Laborie, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête est irrecevable et mal fondée.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mars 2020 par une ordonnance du 30 janvier 2020.
Les parties ont été informées le 14 octobre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen relatif à l'absence de motivation du titre émis en février 2019, en application de la jurisprudence du Consel d'Etat Intercopie n° 9772, dès lors que ce moyen a été développé à l'expiration du délai de deux mois suivant l'enregistrement de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'éducation ;
- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 portant statut particulier des professeurs des écoles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- les observations de Mme A.
- les observations de Me Laborie, représentant la commune de Grenoble.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, directrice d'une école placée dans le ressort de la commune de Grenoble, bénéficiait depuis 1998 d'un logement de fonction sur la commune en raison de son appartenance au corps des instituteurs. Elle a intégré le nouveau corps des professeurs des écoles à compter du 1er septembre 2017. Suite à ce changement, elle a formulé une demande de maintien dans son logement de fonction pour l'année scolaire 2017-2018, ce que la commune a accepté par une lettre du 31 juillet 2017. Elle a formulé une nouvelle demande de maintien concernant l'année scolaire 2018-2019, qui a également été acceptée par un courrier du 25 juillet 2018. Toutefois, le 9 novembre 2018, la commune de Grenoble a adressé un courrier à Mme A, dans lequel elle expose que cette dernière n'a jamais déféré aux demandes de paiement de la redevance dont elle est redevable en contrepartie de son maintien dans son logement, malgré plusieurs relances effectuées par la direction de l'immobilier municipal. Elle ajoute qu'en l'absence de signature de sa part des conventions d'occupation précaire régissant l'occupation dudit logement, elle se trouve être un occupant sans droit ni titre et qu'une procédure d'expulsion sera mise en œuvre si elle ne procède pas au règlement des loyers impayés et à la signature de ces conventions. Suite à ce courrier, Mme A a quitté les lieux le 30 novembre 2018. Pour recouvrer les sommes qu'elle estime lui être dues, la commune de Grenoble a émis les trois titres exécutoires en litige réclamant à Mme A le paiement d'une somme totale de 2295,90 euros. Mme A en demande l'annulation.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ().
3. La commune de Grenoble fait valoir que Mme A n'a pas produit la décision n° 18 LO 0 000125421844234 M de décembre 2018 à l'appui de sa requête introductive d'instance. Toutefois, la communication de cette décision à l'appui de son mémoire complémentaire enregistré le 19 janvier 2020 a eu pour effet de régulariser sa requête.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les noms et domiciles des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ".
5. La commune de Grenoble fait valoir que Mme A ne serait pas recevable à contester le titre n° 19 LO 000125421940414 émis le 28 février 2019 car cette contestation n'est assortie d'aucune conclusion ni d'aucun moyen. Toutefois, si la demande d'annulation n'est pas explicite, Mme A a indiqué, dans son mémoire présenté le 18 mars 2019, et concernant ce titre, qu'elle conteste " vivement cet appel de loyer " et elle explicite les raisons pour lesquelles elle estime sa demande fondée. Sa demande est ainsi conforme aux conditions de recevabilité prévues par l'article R. 411-1 précité.
6. Dès lors, les deux fins de non-recevoir opposées par la commune de Grenoble seront écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge de l'obligation de payer :
7. En premier lieu, Mme A fait valoir que l'acte exécutoire qui lui a été notifié le 28 février 2019 est incohérent et incompréhensible. Elle remet ainsi en cause la régularité formelle de cet acte. Toutefois, postérieurement à l'expiration du délai de recours et hors le cas où il se prévaudrait d'un moyen d'ordre public, un requérant n'est recevable à invoquer un moyen nouveau que pour autant que celui-ci repose sur la même cause juridique qu'un moyen ayant été présenté dans ledit délai. Mme A n'ayant formulé aucun moyen relatif à la régularité formelle de l'acte litigieux avant le 19 janvier 2020, ce moyen relève d'une cause juridique nouvelle et doit par suite, être écarté comme irrecevable.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 212-5 du code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " L'établissement des écoles élémentaires publiques, créées par application de l'article L. 212-1, est une dépense obligatoire pour les communes. / Sont également des dépenses obligatoires, dans toute école régulièrement créée : () / 2° Le logement de chacun des instituteurs attachés à ces écoles ou l'indemnité représentative de celui-ci () ". Il résulte de l'article 14 de la loi du 30 octobre 1886, modifié par l'article 31 de la loi n° 90-581 du 4 juillet 1990, dont les dispositions ont été reprises par l'article L. 212-5 du code de l'éducation, que le bénéfice d'un logement ou d'une indemnité représentative de logement est réservé aux seuls instituteurs et que les professeurs des écoles, dont le statut particulier a été fixé par le décret n° 90-680 du 1er août 1990, sont exclus de cet avantage.
9. En l'espèce, Mme A a été intégrée dans le corps des professeurs des écoles le 1er septembre 2017, ce qui l'a privée de la possibilité de bénéficier d'un logement à titre gratuit sur le fondement des dispositions de l'article L. 212-5 du code de l'éducation à partir de cette date. Si la commune a consenti à ce qu'elle conserve son logement, il ressort des termes du courrier d'acceptation envoyé le 31 décembre 2017 que la commune entendait l'autoriser moyennant le paiement d'une redevance mensuelle. Ainsi, et bien que Mme A fasse valoir qu'elle n'a jamais reçu d'avis de paiement d'un loyer avant le mois de septembre 2018 et qu'elle n'a jamais été destinataire d'une convention d'occupation précaire contractualisant son occupation, il n'est pas possible d'en déduire que la commune a entendu lui accorder le bénéfice gratuit de son occupation. De plus, en l'absence de signature d'une convention d'occupation prenant en compte son changement de situation, Mme A ne disposait plus, à compter du 1er septembre 2017, d'un titre lui permettant d'occuper régulièrement le logement. Son maintien dans les lieux sans s'acquitter d'une redevance d'occupation s'est nécessairement traduit par un avantage financier.
10. Une commune est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle est fondée à demander le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public communal.
11. En l'espèce, la requérante ne conteste pas le montant de 366 euros par mois de loyer hors charges ainsi que de 16,65 euros par mois pour la taxe de prélèvement des ordures ménagères demandé par la commune pour toute la période d'occupation irrégulière de son logement.
12. Il ressort toutefois des termes mêmes des titres exécutoires n°18 LO 0 000125421844234 M émis le 12 décembre 2018 et n° 19 LO 00001254211941 W émis le 23 janvier 2019, qu'ils ont pour objet la récupération du " loyer du 01/12/2018 au 31/12/2018 ", du " loyer du 01/01/2019 au 31/01/2019 " ainsi que de la taxe d'ordure ménagère pour ces mêmes périodes. Dès lors qu'il est constant que Mme A a quitté le logement litigieux le 30 novembre 2018, ces titres ne peuvent être interprétés comme ayant pour objet le remboursement de la créance résultant de l'occupation irrégulière dudit logement par Mme A entre septembre 2017 et novembre 2018. Dans ces conditions, il y a donc lieu de décharger la requérante de son obligation de payer les sommes mises à sa charge par ces deux titres de perception.
13. En ce qui concerne le titre de perception n° 19 LO 000125421940414 émis le 28 février 2019, ce dernier précise qu'il a pour objet la récupération du " loyer (régul avril + mai 2018) du 01/02/2019 au 28 " d'un montant de 732 euros ainsi que la taxe de prélèvement des ordures ménagères du 1er février 2019 au 28 février 2019. Mme A ne justifiant pas dans la présente instance avoir acquitté les sommes dues pour son occupation irrégulière au cours des mois d'avril et de mai 2018, elle n'est pas fondée à demander la décharge de la somme de 732 euros réclamée par la commune de Grenoble en remboursement de ces loyers impayés. Toutefois, dès lors que le montant de 33,30 euros réclamé par la commune en remboursement de la taxe de prélèvement des ordures ménagères est due, selon les termes du titre de perception, pour une période d'inoccupation du logement par Mme A, il y a lieu de décharger Mme A du paiement de cette somme.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Grenoble, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres de perceptions émis le 12 décembre 2018 et le 23 janvier 2019 sont annulés.
Article 2 : Le titre de perception émis le 28 février 2019 est annulé en tant qu'il procède au rappel de la taxe de prélèvement des ordures ménagères pour la période du 1er février 2019 au 28 février 2019.
Article 3 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer les sommes correspondantes.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Grenoble sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la commune de Grenoble.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
C. C
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
PH. D'ARGENSON Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026