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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1902850

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1902850

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1902850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2019, M. A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision verbale du 23 janvier 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du 11 février 2019 ou, à titre subsidiaire, de rétablir le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, l'ensemble dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui indiquer un lieu susceptible de l'accueillir dans un délai de vingt-quatre heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- il avait droit au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au regard de sa vulnérabilité et de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 7 décembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 7 janvier 2021.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a sollicité l'asile en France le 28 février 2017 et a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le même jour. Sa demande ayant été placée en procédure " Dublin ", il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Italie. Déclaré en fuite le 28 juin 2017, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu à son égard. A l'expiration du délai de transfert, M. A s'est présenté de nouveau en préfecture en faisant valoir que l'Etat français était devenu responsable de sa demande d'asile. Celle-ci a été requalifiée en procédure normale le 6 décembre 2018. Par deux courriers des 11 et 20 décembre 2018, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il indique par ailleurs s'être présenté le 23 janvier 2019 auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration où une décision verbale de refus lui a été opposée. Par sa requête, il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction également applicable en l'espèce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / (). / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. Il ressort des pièces du dossier que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A a été suspendu à compter du mois de juin 2017 au motif qu'il avait été déclaré en fuite par la préfecture. Toutefois, l'intéressé avait adressé un mail à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 20 juin 2017 l'informant qu'une contre-indication médicale l'empêchait de déférer à l'obligation de transfert vers l'Italie. Un certificat médical établi en ce sens le 16 juin 2017 avait été produit pour étayer ses dires. A l'expiration du délai de transfert, M. A a formé une nouvelle demande d'asile requalifiée en procédure normale le 6 décembre 2018. Par deux courriers des 11 et 20 décembre 2018 que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne conteste pas avoir reçus, il a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil en faisant valoir sa particulière vulnérabilité compte tenu de son état de santé. Il se prévaut à cet égard d'un second certificat médical en date du 4 avril 2019. Enfin, ainsi que l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'indique lui-même en défense, le requérant a sollicité auprès de ses services un avis médical et, au vu de l'avis rendu le 19 février 2020, les conditions matérielles d'accueil ont été rétablies à compter de mars 2020. Dans ces circonstances, M. A est fondé à soutenir que, compte tenu du motif de sa non-présentation aux autorités le jour de son transfert vers l'Italie et de sa vulnérabilité au moment où il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision de refus d'illégalité. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, ce refus verbal du 23 janvier 2019 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution par le présent jugement de la décision du 23 janvier 2019 implique que l'Office français de l'immigration et de l'intégration rétablisse au profit de M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de février 2019 et jusque février 2020 inclus, dès lors que celles-ci ont déjà été rétablies à partir de mars 2020 comme il a été dit. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie à l'instance dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a le caractère d'un établissement public, la somme que M. A demande à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision verbale du 23 janvier 2019 refusant de rétablir les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A pour la période de février 2019 à février 2020 inclus, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le Président-rapporteur,

V. L'HÔTEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

N. BARDAD

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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