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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1902975

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1902975

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1902975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 mai 2019, le 20 avril 2021 et le 28 mai 2021, sous le numéro 1902975, l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées, représentée par Me Naitali demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 25 juin 2010 et du 31 août 2010 ainsi que les titres exécutoires afférents ;

2°) de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées soutient que :

- les arrêtés attaqués n'ont pas été précédés de la procédure contradictoire ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'erreur de droit ;

- l'arrêté du 31 août 2010 est entaché d'un défaut de base légale ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'erreur de fait ;

- les titres exécutoires afférents doivent être annulés par voie de conséquence.

Par des mémoires en défense enregistrés le 11 août 2020, le 20 avril 2021 et le 19 juillet 2021, le département de la Drôme, représenté par Me Levent Saban conclut à l'irrecevabilité de la requête, à son rejet et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le représentant de l'association n'a pas qualité pour agir ;

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2010 sont dépourvues d'objet ;

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 août 2010 sont tardives ;

- l'arrêt rendu par la Cour administrative d'appel de Lyon n° 16LY03140, revêtu de l'autorité de la chose jugée, retient la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 25 juin 2010 et 31 août 2010 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les mémoires présentés le 19 octobre 2020 et le 22 septembre 2021 par l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées n'ont pas été communiqués faute d'éléments nouveaux.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 septembre 2020, le 14 juin 2021 et le 9 mars 2023, sous le numéro 2005497, l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées, représentée par Me Naitali demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 7 août 2020 émis sur le fondement de l'arrêté du 31 août 2010 ;

2°) d'annuler la décision du 11 août 2020 par laquelle le comptable public a procédé à la compensation légale ;

3°) d'enjoindre au département de la Drôme de restituer la somme de 588 503,14 euros dans un délai de huit jours à compter de la lecture du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées soutient que :

- la créance est prescrite ;

- le titre exécutoire a été signé par une autorité incompétente ;

- le bordereau de titre de recettes n'est pas signé ;

- le titre exécutoire ne comporte pas la mention des bases de liquidation ;

- il est dépourvu de base légale à défaut de désignation de l'attributaire des sommes et à défaut de précision du pouvoir réglementaire s'agissant des sommes objet de reversement ;

- le président du conseil départemental était incompétent pour ordonner le reversement des sommes ;

- son quantum n'est pas justifié ;

- la décision de compensation a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 1347 du code civil et de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que le titre exécutoire doit être annulé.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2021, la direction départementale des finances publiques de la Drôme conclut à l'incompétence du juge administratif s'agissant des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 août 2020 par laquelle le comptable public a procédé à la compensation légale. Elle fait valoir que le juge de l'exécution est seul compétent. En tout état de cause, elle conclut au rejet de la requête en tant qu'elle demande l'annulation de la décision du 11 août 2020 par laquelle le comptable public a procédé à la compensation légale.

Par des mémoires en défense enregistrés le 9 décembre 2021, le 10 mars 2023 et le 27 septembre 2023, le département de la Drôme, représenté par Me Levent Saban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées ne sont pas fondés.

III. Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 décembre 2020 et le 13 février 2022, sous le numéro 2007205, l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées, représentée par Me Naitali, demande au tribunal :

1°) de condamner le département de la Drôme à lui verser la somme de 1 481 183 euros au titre des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées soutient que :

- la responsabilité pour faute du département de la Drôme est engagée à raison de la gestion illégale de ses comptes bancaires par l'administrateur provisoire, postérieurement au terme de sa mission, avec l'accord du département ;

- la responsabilité pour faute du département est engagée à raison de la mise sous séquestre irrégulière de ses comptes bancaires durant l'administration provisoire, et postérieurement à celle-ci ;

- elle a subi des préjudices.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2021, le département de la Drôme, représenté par Me Levent Saban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la créance est prescrite et qu'en tout état de la cause la requête est infondée.

IV. Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 décembre 2020, le 25 mai 2023 et le 12 octobre 2023, sous le numéro 2007832, l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées, représentée par Me Naitali, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Drôme a refusé d'abroger l'arrêté du 31 août 2010 ;

2°) d'enjoindre au département de la Drôme d'abroger l'arrêté du 31 août 2010 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées soutient que :

- l'arrêté du 31 août 2010 est illégal à défaut d'un arrêté désignant l'attributaire des sommes à reverser ;

- il méconnaît l'article R. 314-94 du code de l'action sociale et des familles ;

- la créance est prescrite.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 février 2022 et le 27 septembre 2023, le département de la Drôme, représenté par Me Levent Saban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la requête n° 2007205, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont mal dirigées.

En réponse au moyen relevé d'office, l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées a présenté un mémoire, enregistré le 16 mai 2024 par lequel elle redirige ses conclusions contre le département de la Drôme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pollet,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Vitour, représentant l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées et les observations de Me Ferrand, représentant le département de la Drôme.

Considérant ce qui suit :

1. Par des arrêtés du 2 mars 2010, le président du conseil général de la Drôme a décidé de fermer définitivement le foyer " A C " pour personnes adultes handicapées géré par l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées (ATAPH) situé à Saint-Paul-Trois-Châteaux qui avait ouvert le 2 novembre 2006 et de transférer, en application de l'article L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles, l'autorisation de gestion du foyer à l'association départementale des parents et amis de personnes handicapées mentales (ADAPEI). Par un arrêté du 25 juin 2010, le président du conseil général de la Drôme a fixé le total cumulé excédentaire des résultats d'exploitation issus de la gestion du foyer de vie et a émis le titre exécutoire n° 005151 à l'encontre de l'ATAPH pour un montant de 1 069 632 euros au titre des résultats d'exploitation des exercices 2007, 2008 et 2009 du foyer. Par un arrêté du 30 juin 2010, modifié par un arrêté du 16 septembre 2010, qui ont été annulés par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 12 juillet 2016, le préfet de la Drôme a désigné l'ADAPEI comme bénéficiaire des sommes indiquées aux 1°, 3° et 4° de l'article L. 313-19 du code de l'action sociale et des familles et a indiqué que les crédits d'exploitation non utilisés à la fermeture du foyer et le solde de la réserve de compensation seraient reversés au département sur le fondement de l'article R. 314-97 du même code. Par un arrêté du 31 août 2010, compte tenu de l'absence de prise en compte du déficit d'exploitation du foyer pour l'année 2006, le président du conseil général de la Drôme a retiré son arrêté du 25 juin 2010, a fixé le total cumulé excédentaire à 1 005 654,50 euros et émis à l'encontre de l'ATAPH le titre exécutoire correspondant au montant susmentionné au titre des résultats d'exploitation des exercices 2007, 2008 et 2009. Par un jugement du 13 juillet 2012, le tribunal administratif de Grenoble a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions présentées par l'ATAPH et tendant à l'annulation des arrêtés des 25 juin et 31 août 2010 et des titres exécutoires afférents, au motif que ces arrêtés avaient été annulés et remplacés par un nouvel arrêté du 13 mars 2012 et que les titres exécutoires afférents avaient été également annulés à la suite de l'intervention de cet arrêté. Par un arrêt du 10 juillet 2014, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté la requête formée par l'ATAPH contre ce jugement.

2. Par un arrêté du 13 mars 2012, pris pour actualiser la période au titre de laquelle le montant des sommes à reverser a été arrêté, le président du conseil général de la Drôme a abrogé l'arrêté du 31 août 2010 et a fixé à la somme de 1 005 654,50 euros le total cumulé excédentaire des résultats d'exploitation au 4 mars 2010, date de la fermeture et du transfert de gestion de l'établissement. Le 2 octobre 2013, un titre exécutoire d'un montant de 1 005 654,50 euros a été émis à l'encontre de l'ATAPH. Par un jugement n° 1202705 et 1303615 du 12 juillet 2016, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du président du conseil général de la Drôme du 13 mars 2012 en tant qu'il liquide une créance détenue par le département de la Drôme sur l'ATAPH pour un montant supérieur à 981 048,50 euros et le titre exécutoire n° 008985 émis le 2 octobre 2013 par le président du conseil général de la Drôme en ce qu'il met en recouvrement une somme supérieure à 981 048,50 euros et a déchargé l'ATAPH de l'obligation de payer la somme de 24 606 euros.

3. A la suite de ce jugement, l'administration a déduit la somme de 24 606 euros de la créance fixée à 1 005 654,50 euros et a poursuivi, sur le fondement du titre exécutoire du 2 octobre 2013 portant le n° 8985 partiellement validé, le recouvrement de la somme de 236 496,36 euros le 24 novembre 2016 et de 352 006,78 euros le 4 mai 2017, soit un total de 588 503,14 euros.

4. Par un arrêt n° 16LY03140 du 28 février 2019, la cour administrative d'appel de Lyon a, à la demande de l'ATAPH, en son article 1er, annulé le jugement n° 1202705 et 1306315 du 12 juillet 2016 du tribunal administratif de Grenoble et, en ses articles 2 et 3, annulé dans leur totalité l'arrêté du président du conseil général de la Drôme du 13 mars 2012 et le titre exécutoire afférent du 2 octobre 2013 et déchargé l'ATAPH de l'obligation de payer mise à sa charge par le titre exécutoire du 2 octobre 2013, et a rejeté le surplus des conclusions des parties.

5. Par les présentes requêtes, l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 25 juin 2010 et du 31 août 2010 ainsi que les titres exécutoires afférents, d'annuler le titre exécutoire du 7 août 2020 émis sur le fondement de l'arrêté du 31 août 2010, d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Drôme a refusé d'abroger l'arrêté du 31 août 2010, et de condamner le département de la Drôme à lui verser la somme de 1 481 183 euros au titre des préjudices subis.

Sur la jonction :

6. Les requêtes mentionnées supra n°1902975, n°2005497, n°2007205 et n°2007832 concernent la situation d'une même association et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un seul jugement.

Sur les conclusions des requêtes n° 1902975, n°2005497 et n°2007832 :

S'agissant des arrêtés du 25 juin et 31 août 2010 :

7. Dans son arrêt du 28 février 2019, la cour administrative d'appel de Lyon a jugé que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés des 25 juin et 31 août 2010 étaient tardives et, par suite, irrecevables, dès lors que l'ATAPH avait introduit des recours contentieux contre ces mêmes arrêtés qui avaient été enregistrés au greffe du tribunal administratif de Grenoble respectivement les 9 juillet et 22 novembre 2010 et que l'ATAPH ne pouvait plus, à la date d'introduction de son recours devant le tribunal administratif de Grenoble le 15 mai 2012, contester à nouveau ces mêmes arrêtés alors que le délai prévu par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et qui avait commencé à courir au plus tard à compter de l'introduction des recours contentieux contre ces arrêtés était expiré. L'autorité de chose jugée s'attache tant au dispositif de l'arrêt du 28 février 2019 devenu définitif, à la suite de la décision de non admission du pourvoi en cassation du département de la Drôme rendue le 25 octobre 2019 par le Conseil d'Etat, et par lequel la cour a d'une part annulé l'arrêté du président du conseil général de la Drôme du 13 mars 2012 et le titre exécutoire afférent du 2 octobre 2013 et, d'autre part, rejeté le surplus des conclusions des parties, qu'aux motifs qui en en sont le support nécessaire. Ainsi, elle a entendu rejeter les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés des 25 juin et 31 août 2010, au motif, revêtu de l'autorité de chose jugée, de leur irrecevabilité en raison de leur tardiveté. Par suite, les conclusions présentées par l'association requérante doivent être rejetées.

S'agissant de la décision portant refus d'abroger l'arrêté du 31 août 2010 :

8. Aux termes de l'article L. 313-19 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction alors applicable : " En cas de fermeture définitive d'un établissement ou d'un service géré par une personne morale de droit public ou de droit privé celle-ci reverse à une collectivité publique ou à un établissement privé poursuivant un but similaire les sommes affectées à l'établissement ou service fermé, apportées par l'Etat, par l'agence régionale de santé, les collectivités territoriales et leurs établissements publics ou par les organismes de sécurité sociale, énumérées ci-après : 1° Les subventions d'investissement non amortissables, grevées de droits, ayant permis le financement de l'actif immobilisé de l'établissement ou du service. Ces subventions sont revalorisées selon des modalités fixées par décret ; 2° Les réserves de trésorerie de l'établissement ou du service constituées par majoration des produits de tarification et affectation des excédents d'exploitation réalisés avec les produits de la tarification ; 3° Des excédents d'exploitation provenant de la tarification affectés à l'investissement de l'établissement ou du service, revalorisés dans les conditions prévues au 1° ; 4° Les provisions pour risques et charges, les provisions réglementées et les provisions pour dépréciation de l'actif circulant constituées grâce aux produits de la tarification et non employées le jour de la fermeture./ La collectivité publique ou l'établissement privé attributaire des sommes précitées peut être : a) Choisi par le gestionnaire de l'établissement ou du service fermé, avec l'accord de l'autorité ou des autorités ayant délivré l'autorisation du lieu d'implantation de cet établissement ou service ; b) Désigné par l'autorité compétente de l'Etat dans le département, en cas d'absence de choix du gestionnaire ou de refus par l'autorité ou les autorités mentionnées au a./ L'organisme gestionnaire de l'établissement ou du service fermé peut, avec l'accord de l'autorité de tarification concernée, s'acquitter des obligations prévues aux 1° et 3° en procédant à la dévolution de l'actif net immobilisé de l'établissement ou du service. ". Aux termes de l'article R. 314-97 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " " En cas de fermeture ou de cessation d'activité totale ou partielle d'un établissement ou d'un service, si les frais financiers, les dotations aux comptes d'amortissement et aux comptes de provisions, les dotations au compte de réserve de trésorerie et les annuités d'emprunt contractées en vue de la constitution d'un fonds de roulement ont été pris en compte dans la fixation des tarifs, l'organisme gestionnaire reverse à un établissement ou service poursuivant un but similaire les montants des amortissements cumulés des biens, des provisions non utilisées et des réserves de trésorerie apparaissant au bilan de clôture. / Les crédits d'exploitation non utilisés à la fermeture ou à la cessation d'activité et le solde de la réserve de compensation d'un établissement sont reversés aux financeurs concernés. / L'organisme gestionnaire de l'établissement ou du service qui a cessé son activité ou a fermé peut, avec l'accord de l'autorité de tarification, s'acquitter de l'obligation relative au reversement des montants des amortissements cumulés des biens définie au premier alinéa et des subventions d'investissement mentionnées à l'article L. 313-19, en procédant à la dévolution de l'actif net immobilisé de l'établissement ou du service. / L'organisme gestionnaire dispose d'un délai de 30 jours à compter de l'arrêté de fermeture ou de la cessation d'activité de l'établissement ou du service pour choisir entre le versement des sommes exigibles au titre du présent article et des 1° et 3° de l'article L. 313-19 ou la dévolution de l'actif net immobilisé. Après ce délai, le représentant de l'Etat dans le département arrête l'option après accord, le cas échéant, de l'autorité de tarification. / L'autorité de tarification désigne l'attributaire du reversement. En cas de pluralité d'autorités de tarification, le préfet, après avis de ces autorités, procède à cette désignation. ".

9. Les crédits d'exploitation non utilisés et le solde de la réserve de compensation d'un établissement fermé figurent au nombre des sommes exigibles qu'énumère l'article R. 314-97 du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, et alors même que ces crédits doivent être reversés aux financeurs concernés et non à une collectivité ou à un établissement poursuivant un but similaire, ils font partie des sommes pour lesquelles, en vertu du même article, l'organisme gestionnaire dispose d'un choix entre leur versement ou la dévolution de l'actif net immobilisé. A défaut pour celui-ci de faire connaître son choix dans le délai imparti, il appartient au préfet de prescrire le reversement des sommes en cause.

10. S'il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 30 juin 2010 modifié le 16 septembre 2010, le préfet de la Drôme, après avoir constaté que l'ATAPH n'avait pas exercé son choix dans le délai imparti par l'avant-dernier alinéa de l'article R. 314-97 du code de l'action sociale et des familles, a désigné les bénéficiaires des moyens du foyer fermé dit " A C " et les modalités de versement de ces sommes par l'ancien gestionnaire du foyer, il a notamment indiqué, en son article 3, que " conformément à l'article R. 314-97 du code de l'action sociale et des familles, les crédits d'exploitation non utilisés à la fermeture du foyer A C et le solde de la réserve de compensation sont reversés au département de la Drôme ". Il a également précisé, en son article 1er, que l'ATAPH versera au département les crédits en question, selon le titre de recettes émis par le conseil général.

11. Par un jugement n° 1005218 du 12 juillet 2016 devenu définitif, le tribunal administratif de Grenoble a annulé les arrêtés du 30 juin 2010 et du 16 septembre 2010 au motif que la procédure contradictoire instituée par l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations avait été méconnue. Comme le soutient l'association requérante, cette annulation a nécessairement pour effet de priver de base légale l'arrêté du président du conseil général de la Drôme du 31 août 2010 par lequel il a fixé au montant de 1 005 654,50 euros le total cumulé excédentaire du foyer de vie " A C " à la date du 31 décembre 2010. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision portant refus d'abroger l'arrêté du président du conseil général de la Drôme du 31 août 2010.

S'agissant du titre exécutoire du 7 août 2020 :

12. Il résulte du présent jugement et notamment du point 11 que l'arrêté du 31 août 2010, est dépourvu de base légale. Par suite, le titre exécutoire du 7 août 2020 pris sur son fondement doit être annulé.

Sur les conclusions de la requête n° 2007205 :

13. L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées demande à être indemnisée des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes tirées, d'une part, du défaut d'habilitation de l'administrateur provisoire pour ordonner le séquestre de ses comptes bancaires au cours de l'administration provisoire, et postérieurement à celle-ci, et d'autre part, de la gestion illégale de ses comptes bancaires par l'administrateur provisoire, postérieurement au terme de sa mission, avec l'accord du département.

S'agissant de la mise sous séquestre des comptes :

14. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ".

15. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens de ces dispositions, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi.

16. Il résulte de l'instruction que la mise sous séquestre provisoire est intervenue à la suite d'un courrier de l'administrateur provisoire du 4 mars 2010 et a pris fin le 30 juin 2010. Ainsi, les préjudices financiers et moraux à raison de la mise sous séquestre provisoire des comptes bancaires de l'association ont été entièrement révélés dans leur réalité et leur étendue à cette date. Par suite, le département de la Drôme est fondé à soutenir que la créance en litige est prescrite.

S'agissant de la gestion des comptes bancaires par l'administrateur provisoire postérieurement au terme de sa mission :

17. Aux termes de l'article L. 313-14 code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige : " () S'il n'est pas satisfait à l'injonction, l'autorité compétente peut désigner un administrateur provisoire de l'établissement pour une durée qui ne peut être supérieure à six mois renouvelable une fois. Celui-ci accomplit, au nom de l'autorité compétente et pour le compte de l'établissement ou du service, les actes d'administration urgents ou nécessaires pour mettre fin aux dysfonctionnements ou irrégularités constatés. () ". Aux termes de l'article L. 313-18 du même code dans sa version applicable au litige : " () Cette autorisation [d'exploitation] peut être transférée par l'autorité qui l'a délivrée à une collectivité publique ou un établissement privé poursuivant un but similaire, lorsque la fermeture définitive a été prononcée sur l'un des motifs énumérés aux articles L. 313-16, L. 331-5 et L. 331-7. () "

18. Il résulte des dispositions précitées que la mission de l'administrateur provisoire est limitée à une période de six mois, renouvelable une fois.

19. Aux termes de l'arrêté du président du conseil départemental de la Drôme du 4 septembre 2009, l'administrateur provisoire a été désigné jusqu'au 4 mars 2010. A compter du 5 mars 2010, le président du conseil départemental de la Drôme a confié à l'ADAPEI l'autorisation de gestion du foyer C. Il résulte toutefois de l'instruction que l'administrateur provisoire a, au nom et pour le compte du département de la Drôme, autorisé des prélèvements sur les comptes bancaires de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées postérieurement au 4 mars 2010. Ainsi, le département de la Drôme a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

20. L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées se prévaut d'un préjudice financier à la suite des prélèvements autorisés sur ses comptes bancaires par l'administrateur provisoire, postérieurement au 4 mars 2010. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces prélèvements ont été autorisés afin d'acquitter les factures propres à la gestion de l'établissement jusqu'au 4 mars 2010. Ainsi, les sommes en litige ne sauraient caractériser un quelconque préjudice financier subi par l'association requérante.

21. Si l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées sollicite la réparation des frais de procès exposés, elle soutient que ces derniers ont été exposés afin d'obtenir l'accès à ses comptes bancaires et à la nature des prélèvements réalisés, toutefois, ce préjudice est sans lien de causalité avec le manquement reproché au département.

22. L'association tricastine d'aide aux personnes handicapées en se bornant à faire valoir des difficultés inhérentes à la perte de gestion de ses comptes bancaires et à la procédure judiciaire, ne caractérise pas l'existence d'un préjudice moral.

Sur les conclusions aux fins d'injonction de l'ensemble des requêtes :

23. Il résulte de ce qui est dit au point 11 que l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par le président du conseil départemental de la Drôme sur la demande d'abrogation de l'arrêté du 31 août 2010 implique nécessairement l'abrogation de cet arrêté. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de la Drôme de procéder à l'abrogation de l'arrêté du 31 août 2010 dans un délai de deux mois à compter de la lecture du présent jugement. Par ailleurs, le motif justifiant l'annulation du titre implique la restitution des sommes déjà acquittées par l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées dans un plafond de 588 503,14 euros, dans un délai de deux mois à compter de la lecture du présent jugement. Dans ces circonstances, les titres étant annulés, il n'y plus lieu de statuer sur les conclusions de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées tendant à l'annulation de la décision du 11 août 2020 par laquelle le comptable public a procédé à la compensation légale entre la somme de 1 005 654,50 euros correspondant au total cumulé excédentaire des résultats d'exploitation au 4 mars 2010 et la somme de 588 503,14 euros déjà recouvrée. Au surplus, de telles conclusions se rattachant au contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relèveraient du juge judiciaire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

24. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du département de la Drôme et de l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardée par le président du conseil départemental de la Drôme sur la demande d'abrogation de l'arrêté du 31 août 2010 est annulée.

Article 2 : Le titre exécutoire émis le 7 août 2020 par le président du conseil départemental de la Drôme est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Drôme d'abroger l'arrêté du 31 août 2010 dans un délai de deux mois à compter de la lecture du présent jugement et de restituer les sommes déjà versées par l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées dans un plafond de 588 503,14 euros, dans un délai de deux mois à compter de la lecture du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association tricastine d'aide aux personnes handicapées, au département de la Drôme et à la direction départementale des finances publiques de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

MA. POLLET

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-2005497-2007205-200783

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