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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1903765

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1903765

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1903765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJURISOPHIA SAVOIE - AIX LES BAINS ET ANNECY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2019, M. C B, représenté par Me Daly, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale ne peut intégrer dans l'actif net, tel qu'il est défini par le 2. de l'article 38 du code général des impôts, les apports de l'exploitant figurant au crédit du compte 108 ;

- l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée au paragraphe n° 230 du BOI-BIC-BASE-10-10 du 3 février 2016 permet de considérer que les sommes inscrites au crédit du compte de l'exploitant ne sont, par nature, pas imposables ;

- les dépenses enregistrées au crédit du compte 108 ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise, s'agissant de dépenses relatives à des achats auprès de fournisseurs et au paiement des charges sociales de l'exploitant ;

- la dette professionnelle payée par lui, autrement qu'avec le compte bancaire de l'exploitation, ne peut être réintégrée au résultat imposable dès lors que la dépense correspondante est admise en charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 octobre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce, sous la forme d'une entreprise individuelle, une activité d'alimentation générale dans un établissement situé à Thonon-les-Bains. Cette entreprise individuelle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié des rectifications de ses bénéfices industriels et commerciaux au titre des années 2015 et 2016, compte tenu de l'omission de certains produits ainsi que de l'inscription de sommes non justifiées au crédit du compte " créditeurs divers " et du compte de l'exploitant. Les réclamations présentées par M. B ayant été rejetées, il demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / () ".

3. Lorsqu'une personne physique qui exploite une entreprise industrielle ou commerciale, contracte une dette à l'égard d'un tiers, elle peut décider de regarder l'opération, soit comme étrangère à cette exploitation et ne point la faire apparaître dans la comptabilité de l'entreprise, soit, au contraire, comme effectuée par celle-ci et retracer dans ses écritures tant l'encaissement de la somme prêtée que le montant de la dette contractée. Dans l'un et l'autre cas, l'exploitant prend à ce sujet une décision de gestion qui lui est opposable. Dans le premier cas, les événements qui surviennent ultérieurement dans les rapports entre le débiteur et le créancier, tels que le paiement d'intérêts ou l'extinction de la dette par voie de remboursement ou autrement, sont sans influence sur le bénéfice imposable de l'entreprise. Dans le second cas, tout événement affectant les droits et obligations de l'entreprise à l'égard du créancier doit être pris en compte et peut influer sur le bénéfice net de l'exercice au cours duquel il est constaté. En particulier, si une somme correspondant à la créance d'un tiers figure au passif du bilan d'ouverture d'un exercice et n'apparaît plus comme telle au bilan de clôture du même exercice, l'extinction ainsi constatée de la dette de l'entreprise implique, quelle qu'en soit la cause et à moins qu'elle n'ait pour contrepartie une diminution des valeurs d'actif, une augmentation de la valeur de l'actif net entre l'ouverture et la clôture de l'exercice. En vertu des dispositions de l'article 38 du code général des impôts, les variations du montant du compte personnel de l'exploitant ne peuvent avoir une influence sur la détermination du bénéfice net imposable de l'entreprise que dans la mesure où elles expriment des suppléments d'apport ou des prélèvements effectués par cet exploitant. Rien ne s'oppose à ce qu'une créance sur l'entreprise fasse l'objet d'un apport, que l'apport soit consenti par le tiers titulaire de la créance, qui y renonce en contrepartie de l'acquisition de droits sur les résultats de l'entreprise, ou que la créance subsistant, l'exploitant entende reprendre et assurer désormais, à titre personnel, les obligations de l'entreprise envers le titulaire de la créance. Dans ce dernier cas, il appartient à l'exploitant d'apporter la preuve du maintien de la créance et de ce qu'il s'est substitué au tiers qui en était titulaire et en fait apport à l'entreprise.

4. Il résulte de la proposition de rectification du 23 mars 2018 que l'administration fiscale a constaté que le compte de l'exploitant de l'entreprise individuelle retraçait des apports de M. B pour un montant total de 40 024 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 63 273 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Par deux courriels des 14 et 20 février 2018, le vérificateur a demandé au contribuable d'apporter une justification concernant ces sommes. Le comptable représentant M B a répondu par courriel en indiquant que les sommes auraient dues être imputées dans des comptes de virements internes, et que les opérations avaient été passées pour compenser de nombreux chèques émis au débit du compte de l'exploitant et non identifiées par le client. L'administration fiscale a considéré que ces éléments ne permettaient pas de justifier des opérations et a procédé à la réintégration des sommes dans l'actif net de l'entreprise.

5. Si M. B soutient que les sommes inscrites au crédit du compte de l'exploitant ont été engagées dans l'intérêt de l'exploitation, il ne produit aucun élément de nature à l'établir. En outre, s'il soutient que l'administration fiscale n'a pas remis en cause la déductibilité de la charge correspondant au remboursement qu'il estime avoir effectué pour le compte de l'entreprise, cette circonstance est sans incidence sur le fait qu'il ne justifie pas s'être substitué à l'entreprise et assurer désormais à titre personnel ses obligations envers le titulaire de la créance. Enfin, contrairement à ce que le contribuable soutient, la seule inscription d'une somme au crédit de ce compte n'a pas pour effet de la rendre, en application de l'article du 2. de 38 du code général des impôts, non imposable par nature, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que les sommes doivent alors exprimer des suppléments d'apport ou des prélèvements effectués par cet exploitant. Ainsi, et à défaut de tout élément permettant d'établir la réalité des dettes contractées et la substitution de M. B aux créanciers, de sorte que la somme correspondrait à un apport, c'est à bon droit que l'administration fiscale a procédé à la réintégration des sommes dans les bénéfices industriels et commerciaux imposables à l'impôt sur le revenu de M. B.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. L'interprétation administrative de la loi fiscale référencée au paragraphe n° 230 du BOI-BIC-BASE-10-10 du 3 février 2016 ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle qui résulte du présent jugement.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins de décharge des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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