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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1903778

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1903778

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1903778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMEBARKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2019, M. A D, représenté par Me Mebarki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2018 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une autorisation de travail ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de renouveler son titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît la circulaire DPM/DMI2/2007/323 du 22 août 2007 relative aux autorisations de travail ;

- son titre de séjour étant déjà assorti d'une autorisation de travail, il appartenait au préfet de le renouveler ou de refuser de le renouveler sans saisine préalable de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de droit dans la mesure où aucun texte n'imposait à l'entreprise Euro Protect Sécurité l'obligation de déposer des offres d'emploi auprès de Pôle Emploi.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2019, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2019.

Par une ordonnance du 5 octobre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 ;

- le décret n° 2008-244 du 7 mars 2008 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme BARDAD a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 16 mai 1971, a sollicité une autorisation de travail, le 18 mai 2018, afin d'occuper le poste d'agent de sécurité pour le compte de la SASU Master Sécurité Privée. Par une décision du 17 août 2018, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande. M. D demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, M. H F, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en Rhône-Alpes a, par arrêté du 2 juin 2017, reçu délégation pour signer les autorisations de travail en matière de main d'œuvre étrangère. Par arrêté du 19 février 2018, régulièrement publié, il a subdélégué sa signature à M. G E, directeur du travail. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 qui ont été abrogées par l'article 6 de l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration et qui ne sont plus en vigueur depuis le 1er janvier 2016. A supposer que le requérant ait entendu invoquer les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration qui s'y sont substituées, en tout état de cause le refus d'autorisation de travail en litige comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il est fondé. La circonstance que le directeur de l'unité territoriale de l'Isère se serait contenté de mentionner la situation de l'emploi au moment de l'examen de la demande sans se référer à la situation de l'emploi à venir n'est pas de nature à révéler une insuffisance de motivation. En outre, le requérant ne peut davantage se prévaloir utilement de la méconnaissance de l'article R. 341-4 du code du travail dont les dispositions ont également été abrogées à compter du 1er mai 2008 et qui, au surplus, ne concernaient pas la motivation des actes administratifs. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". En prévoyant l'apposition de la mention " salarié " sur le certificat de résidence délivré aux ressortissants algériens et en précisant que cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française, les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien rendent ainsi applicables à l'exercice par ces ressortissants d'une activité salariée les dispositions des articles L. 5221-5 et suivants et R. 5221-17 et suivants du code du travail.

5. Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. (). ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code, alors en vigueur : " La demande d'autorisation de travail () est faite par l'employeur () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule () ".

6. Il est constant que M. D était titulaire d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " et l'autorisant à travailler valable du 1er novembre 2016 au 28 juillet 2017. L'intéressé soutient qu'il se serait borné à solliciter le renouvellement de ce titre de séjour et qu'il se serait vu délivrer un récépissé l'autorisant à travailler valable jusqu'au 28 janvier 2018. Toutefois, il ne justifie pas, dans le cadre de la présente instance, de la demande de renouvellement de titre de séjour dont il se prévaut ni du récépissé l'autorisant à travailler qui lui aurait été délivré. Il ressort, en revanche, des pièces du dossier que la SASU Master Sécurité Privée a demandé, le 18 mai 2018, la délivrance d'une autorisation de travail en faveur de M. D afin d'occuper le poste d'agent de sécurité. A cette date, le requérant n'établit pas qu'il était titulaire d'un titre de séjour en cours de validité l'autorisant à travailler. De même, il ne peut utilement faire valoir que la procédure mise en place par la préfecture de l'Isère pour l'examen de la demande de renouvellement de son titre de séjour serait illégale dans la mesure où la décision attaquée n'a pas eu pour objet de se prononcer sur le renouvellement ou l'absence de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, c'est à bon droit que l'unité départementale de l'Isère de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Auvergne-Rhône-Alpes s'est prononcée, par délégation du préfet, sur la demande d'autorisation de travail présentée par la SASU Master Sécurité Privée.

7. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande d'autorisation de travail, l'autorité administrative s'est fondée sur plusieurs motifs tirés de ce que le dossier n'avait pas été complété par l'employeur en dépit d'une demande formulée par l'administration le 25 juin 2018, de la situation de l'emploi caractérisée par un écart important et constant entre le nombre de demandeurs d'emploi et les offres d'emploi, du fait que l'employeur ne démontrait pas avoir préalablement recherché des candidats pour le poste proposé et de ce que la rémunération allouée à M. C était inférieure à la rémunération minimale exigée pour la délivrance d'une autorisation de travail. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Isère pouvait légalement se fonder sur l'absence de recherches accomplies par l'employeur afin de recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail pour refuser de lui accorder une autorisation de travail. Ce motif était ainsi de nature à justifier la décision contestée. Par suite, M. C n'est pas fondé à prétendre qu'en refusant de délivrer à la SASU Master Sécurité Privée l'autorisation de travail qu'elle avait sollicitée, le préfet de l'Isère a commis une erreur de droit.

8. En quatrième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire interministérielle du 22 août 2007 qui sont dépourvues de caractère impératif.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi, en tout état de cause, que celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour. Les conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Mebarki et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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