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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1903925

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1903925

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1903925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 juin 2019 et 4 décembre 2020, M. A C B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 30 décembre 2018 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du 18 juillet 2018 ou, à titre subsidiaire, de rétablir le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'OFII de lui indiquer un lieu susceptible de l'accueillir dans un délai de 24 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- il a présenté une demande de communication des motifs, le 11 juin 2019, à laquelle l'administration n'a pas répondu ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- il appartenait à l'OFII de statuer sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et de le rétablir dans ses droits ;

- il n'est pas établi que l'OFII ait pris en compte les trois critères énoncés par le Conseil d'Etat dans sa décision du 17 avril 2019, n° 428314 ;

- son état nécessite un suivi médical régulier, le bénéfice d'un hébergement et de moyens de subsistance.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2020, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 avril 2021.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant pakistanais né le 6 janvier 1976, a déposé une demande d'asile le 7 septembre 2016. Il a accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil prévues par l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile a été placée en procédure Dublin. M. B, n'ayant pas respecté son obligation de présentation aux autorités, a été déclaré en fuite le 30 mars 2017. Il a cessé de percevoir l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois d'avril 2017. La France étant devenue responsable de sa demande d'asile, une attestation de demande d'asile en procédure normale lui a été délivrée le 24 juillet 2018. M. B a sollicité, le 30 octobre 2018, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite du 30 décembre 2018 par laquelle le directeur général de l'OFII a refusé de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 janvier 2020. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

3. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Toutefois, aux termes de l'article 20 de cette directive : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; / ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

4. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espère : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 742-1 du même code prévoit que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. ". Selon l'article L. 744-1 du même code, les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () ". Enfin, l'article L. 744-9 du code dispose que : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile (). ".

5. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, applicable au litige dès lors que M. B a bénéficié des conditions matérielles d'accueil avant le 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

6. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

7. Il ne ressort pas du cadre juridique applicable, rappelé aux points 3 à 6 ci-dessus, qu'une décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 doive être écrite et motivée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. B ne peut utilement se prévaloir du fait que sa demande de communication des motifs soit demeurée sans réponse pour contester la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter la décision attaquée.

9. En second lieu, les conditions matérielles d'accueil, dont bénéficiait M. B, ont été suspendues à compter du mois d'avril 2017. La décision de suspension n'a pas été contestée par l'intéressé. M. B, qui ne s'est pas présenté aux autorités, a été déclaré en fuite le 30 mars 2017. L'intéressé ne fait état d'aucun motif légitime pour justifier son manquement à ses obligations. En outre, il est demeuré sans attestation de demande d'asile du 2 juin 2017 au 29 juin 2018. Par ailleurs, il a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil le 30 octobre 2018. Le requérant a produit, à l'appui de cette demande de rétablissement, un certificat médical du 30 octobre 2018 selon lequel il souffre de problèmes de santé chroniques, à savoir des lombalgies, rhinites et conjonctivites, qui nécessitent un traitement régulier. En outre, il a précisé dans cette même demande que depuis le mois d'août, sa famille avait été renvoyée en Allemagne, puis au Pakistan par les autorités allemandes. Dans ces conditions, M. B n'établit avoir été, à la date de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans une situation de grande vulnérabilité compte tenu de son état de santé ou d'un besoin particulier en matière d'accueil. Par suite, en refusant de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, ni davantage d'une erreur de fait.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation de la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Mathis et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

La rapporteure,Le président,

N. BARDADV. L'HÔTE

La greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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