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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1904355

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1904355

vendredi 19 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1904355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2019, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours formé contre la décision du 25 février 2019 lui ayant retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son profit dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée en violation de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article D. 744-37 du même code, dès lors qu'il n'a nullement tenté de se soustraire aux autorités.

Par une ordonnance du 30 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 7 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application de l'article L. 744-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, alors que ces dispositions n'étaient pas applicables à la date de la demande d'asile déposée par le requérant.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision nos 428530, 428564 du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité afghane, a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 juillet 2018. Le 8 octobre 2018, il a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de remise aux autorités allemandes. Le recours qu'il a formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du 12 octobre 2018. Par une décision du 20 février 2019, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait été déclaré en fuite le 8 janvier 2019. Le 5 mars 2019, M. B a formé un recours administratif contre cette décision auprès du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 12° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018 relatif aux conditions matérielles d'accueil : " La décision de refus ou celle mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 744-7 n'est pas soumise à la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'office, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte l'indication des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. En cas de décision de rejet, celle-ci doit être motivée. ".

3. Ces dispositions réglementaires ont été annulées par une décision du Conseil d'Etat nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 et ont ainsi disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique. Il en résulte que, par son courrier du 5 mars 2019, M. B doit être regardé comme ayant exercé un recours hiérarchique et non un recours administratif préalable obligatoire.

4. L'exercice du recours hiérarchique n'ayant d'autre objet que d'inviter le supérieur hiérarchique à reconsidérer la décision prise, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours hiérarchique doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours hiérarchique dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Ainsi, les conclusions de la requête de M. B, dirigées formellement contre la décision implicite du 5 mai 2019 rejetant son recours hiérarchique, doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale du 20 février 2019 ayant procédé au retrait des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / () / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement (). / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. () ".

6. Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives au retrait des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour retirer à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondée sur les dispositions des articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018. Or ces dispositions n'étaient pas applicables à la situation du requérant dès lors que celui-ci avait accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 juillet 2018, soit antérieurement au 1er janvier 2019. Il suit de là que les décisions contestées sont entachées d'illégalité et, sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens de la requête, doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. L'annulation des décisions attaquées, eu égard à son motif, implique seulement que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration réexamine la situation de M. B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie à l'instance dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a le caractère d'un établissement public, la somme que M. B demande à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 février 2019 et du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 mai 2019 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2023.

Le Président-rapporteur,

V. L'HÔTEL'assesseur la plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. HEINTZ

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1904355

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