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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1904608

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1904608

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1904608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en défense enregistrés les 15 juillet 2019 et 16 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite du 25 avril 2019 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à son profit ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du 27 décembre 2018 ou, à titre subsidiaire, de rétablir le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, le tout dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui indiquer un lieu susceptible de l'accueillir dans un délai de 24 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- il appartenait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de statuer sur sa demande de rétablissement et rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

- il a expliqué les raisons pour lesquelles il n'a pas pu respecter le " routing " qui lui a été notifié le 13 septembre 2019 ;

- il n'a pas bénéficié d'un interprète lorsqu'il s'est vu notifier le procès-verbal de notification d'un vol avec départ volontaire ;

- il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil en raison de sa grande vulnérabilité et de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifie pas de la tenue d'un entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, le 27 décembre 2018 ;

- son état de santé a évolué entre l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure " Dublin ", le 12 avril 2017, et la requalification de cette demande en procédure normale, le 27 décembre 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 octobre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 novembre 2020.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1995, est entré en France le 12 février 2017. Il a présenté une demande d'asile le 12 avril 2017, qui a été placée sous procédure " Dublin ". Il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) formulée le même jour. Par un arrêté du 10 juillet 2017, le préfet de l'Isère a décidé de le transférer aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile. L'intéressé a déclaré, le 13 septembre 2017, refuser de se rendre au vol prévu le 28 septembre 2017. Il a été déclaré en fuite, le même jour, par le préfet de l'Isère. Par une décision du 25 octobre 2017, l'OFII l'a informé de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. L'intéressé s'est maintenu en France sans attestation de demandeur d'asile à compter du 28 février 2018. Par une décision du 28 juin 2018, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A. A l'expiration du délai de transfert, l'intéressé a déposé une demande d'asile, qui a été enregistrée en procédure normale, le 3 décembre 2018. Le requérant a sollicité, le 25 février 2019, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 25 avril 2019, dont M. A demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 décembre 2019. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

3. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Toutefois, aux termes de l'article 20 de cette directive : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; / ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

4. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 742-1 du même code prévoit que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. () ". Selon l'article L. 744-1 du même code, les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () ". Enfin, l'article L. 744-9 du code dispose que : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile (). ".

5. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, applicable au litige dès lors que M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil avant le 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () ".

6. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

7. En premier lieu, il ne ressort pas du cadre juridique applicable rappelé aux points 3 à 6 ci-dessus, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire qu'une décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 doive être écrite et motivée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté. Pour le même motif, M. A ne peut utilement se prévaloir du fait que sa demande de communication des motifs soit demeurée sans réponse pour contester la légalité de la décision attaquée.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, le 12 avril 2017, d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Aucun élément caractérisant une vulnérabilité particulière de l'intéressé n'a été relevé. Par ailleurs, si l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'Office ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, aucune disposition n'impose qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque celles-ci ont été suspendues ou retirées. Au demeurant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et, notamment, pas de la lettre du 12 mars 2019 par laquelle M. A a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, dans laquelle l'intéressé se borne à faire état de son absence d'hébergement et de sa santé qui ne serait pas bonne, que l'évolution de sa situation aurait rendu nécessaire un nouvel entretien en vue de l'évaluation de sa vulnérabilité. Par suite, l'absence d'entretien préalable à l'examen de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. A n'a pas vicié la procédure à l'issue de laquelle la décision en litige a été prise.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

9. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation du requérant.

10. En second lieu, si M. A soutient qu'il n'a pu prendre l'avion pour l'Allemagne parce qu'il ne parle pas français et qu'en l'absence d'interprète, il n'a pu comprendre les obligations découlant du procès-verbal de notification d'un vol avec départ volontaire du 13 septembre 2017, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue dari lors de la notification de l'arrêté de remise aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile, le 31 juillet 2017. En outre, le requérant n'établit pas qu'il aurait sollicité en vain la présence d'un interprète lorsque le procès-verbal de notification d'un vol avec départ volontaire du 13 septembre 2017 lui a été remis et sur lequel il a apposé sa signature. Le motif, invoqué par M. A, pour expliquer l'inexécution de la mesure d'éloignement, ne revêt pas ainsi un caractère légitime. Par ailleurs, en produisant un certificat médical du 30 avril 2019, selon lequel il présenterait des douleurs des membres inférieurs, des douleurs lombaires, des céphalées et aurait subi une chirurgie de l'orteil il y a un an ou en invoquant notamment son manque de ressources, M. A ne justifie d'aucune situation particulière de vulnérabilité ou d'un besoin particulier en matière d'accueil. En outre, l'OFII va valoir, sans être contredit, que l'intéressé est demeuré sans attestation de demandeur d'asile pendant près de dix mois, du 28 février au 3 décembre 2018. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son bénéfice. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dans toutes ses branches.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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