vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1904610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2019, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 juin 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement rejeté son recours formé à l'encontre de la décision du 25 mars 2019 lui ayant refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus initiale du 25 mars 2019 est insuffisamment motivée ;
- le refus contesté méconnaît l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration était tenu de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ;
- il méconnaît le champ d'application des articles L. 744-8 et D. 744-37 du même code dès lors qu'il n'a commis aucun des agissements frauduleux visés par ces dispositions ;
- il est entaché d'erreur de droit dans l'application de ces mêmes articles dès lors que le fait de présenter une nouvelle demande d'asile après avoir fait l'objet d'un transfert ne constitue pas une fraude ;
- sa demande d'asile ne pouvant est regardée comme une demande de réexamen, le refus ne pouvait davantage être fondé sur ce motif ;
- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 26 janvier 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- compte tenu de la décision du Conseil d'Etat n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le recours formé par le requérant contre la décision de refus du 25 mars 2019 doit être analysé comme un recours hiérarchique et la requête doit être regardée comme dirigée à la fois contre le rejet implicite de ce recours et contre la décision initiale ;
- la situation du requérant doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile antérieures à la loi du 10 septembre 2018 ;
- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en fondant la décision de refus sur l'article 20 point 1 de la directive 2013/33/UE, les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat n° 428358 du 17 avril 2019, et à une substitution de motif en retenant les motifs tirés de ce que le requérant n'apporte aucune justification sur le fait qu'il n'a pas respecté son obligation de se présenter aux autorités en revenant en France au lieu de rester en Allemagne et qu'il s'est placé lui-même dans la situation de vulnérabilité qu'il allègue ;
- si besoin, doit être substituée à la décision contestée une décision de refus pour réexamen dès lors que les demandes d'asile de l'intéressé ont été rejetées en Autriche puis en Allemagne ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la décision nos 428530, 428564 du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan, déclare être entré irrégulièrement en France le 21 septembre 2018 après que ses demandes d'asile ont été rejetées en Autriche en mai 2012 et en Allemagne en octobre 2016. Le 1er mars 2017, il a présenté auprès de la préfecture de l'Isère une demande d'asile enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par un arrêté du 26 avril 2017, le préfet de l'Isère a décidé sa réadmission vers l'Allemagne. Déclaré en fuite le 31 juillet 2017, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, par une décision du 5 octobre 2017, suspendu à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 10 septembre 2018, M. B a été transféré en Allemagne. Revenu en France, il a déposé une nouvelle demande d'asile enregistrée de nouveau en procédure " Dublin " le 10 octobre 2018. Le 4 décembre 2018, le préfet de l'Isère a pris un second arrêté de transfert vers l'Allemagne. Par décision du 25 mars 2019, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Celui-ci demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur le recours qu'il a formé contre cette décision de refus.
Sur la portée du litige :
2. Si M. B a exercé, contre la décision du 25 mars 2019 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le recours administratif préalable obligatoire alors prévu par l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ont été annulées par la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019. Eu égard à la portée rétroactive de l'annulation ainsi prononcée, l'obligation de présenter un recours préalable obligatoire est réputée n'avoir jamais existé. Ainsi, la décision prise sur ce recours, qui équivaut à un recours hiérarchique, n'a pu avoir pour effet de se substituer à la première décision prise le 25 mars 2019. Il en résulte que M. B doit être regardé comme demandant l'annulation tant de la décision du 25 mars 2019 que de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.
Sur le cadre juridique applicable :
3. En vertu de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B a perdu de plein droit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avait été accordé le 1er mars 2017 à compter de son transfert effectif vers l'Allemagne le 10 septembre 2018. Dès lors, la nouvelle demande qu'il a présentée le 10 octobre 2018, après son retour en France, ne constituait pas une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil antérieurement accordées, mais une demande de réattribution. Il suit de là que la décision prise sur cette demande doit être examinée au regard des dispositions en vigueur à la date où elle a été prise.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; / 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; / 3° En cas de fraude. ".
5. La décision du 25 mars 2019 a refusé d'accorder à M. B les conditions matérielles d'accueil en application du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article D. 744-37 du même code, au motif que l'intéressé aurait tenté d'en obtenir frauduleusement le bénéfice. Il ne ressort cependant d'aucune pièce du dossier que le requérant ait accompli des manœuvres frauduleuses en vue d'obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ne fait état d'aucun agissement de cette nature dans sa décision ni dans ses écritures en défense. La circonstance qu'après son transfert vers l'Allemagne, le requérant soit revenu en France et y ait présenté une nouvelle demande d'asile ne caractérise pas, par elle-même, une fraude aux conditions matérielles d'accueil susceptible de justifier un refus. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le motif de la décision du 25 mars 2019 est entaché d'illégalité.
6. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour établir que le refus attaqué était néanmoins fondé, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que la demande d'asile présentée par M. B en octobre 2018, après son retour d'Allemagne, constitue une demande de réexamen au sens du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il ressort de la lettre du 26 octobre 2018 par laquelle M. B a fait part à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de ses observations au cours de la procédure contradictoire, que ses demandes d'asile déposées en Autriche puis en Allemagne ont été rejetées définitivement, respectivement, en 2012 et 2016. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la nouvelle demande d'asile qu'il a présentée, après son retour en France en septembre 2018, doit être regardée comme une demande de réexamen. L'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait dès lors, en application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ce nouveau motif invoqué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration existait à la date des décisions attaquées. Il ressort des pièces du dossier que la même décision de refus aurait été prise si elle avait été fondée initialement sur ce motif. La substitution de motif sollicitée ne prive enfin le requérant d'aucune garantie. Il suit de là que le refus d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil était légalement fondé.
9. Il résulte de la substitution de motif à laquelle il est procédé que M. B ne peut utilement faire valoir que la décision du 25 mars 2019 était insuffisamment motivée.
10. La circonstance que M. B ne disposait en France d'aucun revenu ni d'aucun hébergement ne suffit pas à estimer qu'il se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité imposant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui accordât le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
Le Président-rapporteur,
V. L'HÔTEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
N. BARDAD
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026