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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1904619

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1904619

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1904619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET LONJON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2019 et le 4 octobre 2019, M. et Mme D et C B, représentés par Me Colomb, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils remplissent l'ensemble des conditions pour que la plus-value de cession de parts sociales réalisée le 29 décembre 2015 bénéficie de l'abattement renforcé de 65 % pour durée de détention prévu par les dispositions du 1° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts ;

- la SARL Inouka a construit le bâtiment industriel qui sert à l'exploitation de la SARL Resistarc, détenue par M. B, de sorte que la SARL Inouka participe à l'activité opérationnelle de la SARL Resistarc ;

- la SARL Inouka et la SARL Resistarc doivent être appréhendées comme un seul groupe imposable au regard des dispositions du B du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts ;

- l'immobilier industriel a été séparé de la structure exploitante, la SARL Resistarc, sous la forme d'une société commerciale, la SARL Inouka, et ce pour protéger la société exploitante du risque financier relatif à l'emprunt souscrit pour financer la construction ;

- le prêt consenti par la structure Oseo Financement atteste du caractère professionnel et opérationnel de l'activité de la société, cette structure n'intervenant pas pour des projets de gestion de patrimoine avec enrichissement personnel des dirigeants des entreprises ;

- la jurisprudence admet que l'exclusion prévue pour les sociétés gérant leur propre patrimoine mobilier ou immobilier ne concerne que les sociétés exerçant une activité financière et dont l'activité principale consiste à gérer leur propre patrimoine ;

- le caractère opérationnel de la SARL Inouka a été reconnu en matière d'impôt sur la fortune ;

- les statuts de la SARL Inouka portent sur un objet social beaucoup plus large que la simple gestion de patrimoine immobilier et la société retire l'essentiel de ses revenus d'une véritable activité commerciale, qui ne réside pas en une gestion destinée à faire fructifier son propre patrimoine ;

- la nature même du bail commercial conclu entre la SARL Inouka et la SARL Resistarc implique que la SARL Inouka avait une véritable activité économique ;

- l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée au paragraphe n° 180 du BOI-RPPM-PVBMI-20-30-10 du 3 mars 2015 inclut les sociétés ayant une activité immobilière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2019, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,

- et les observations de Me Colomb, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B étaient associés à hauteur de respectivement 90 % et 10 % du capital de la SARL Inouka, d'une valeur initiale de 10 000 euros, lorsque, le 29 décembre 2015, ils ont cédé l'ensemble des parts de cette société, pour un montant de 1 200 000 euros. Ils ont déclaré la plus-value mobilière de 1 190 000 euros réalisée au titre de l'année 2015 en faisant application d'un abattement renforcé de 65 %, soit une plus-value imposable d'un montant de 416 500 euros. L'administration fiscale leur a notifié des redressements résultant de la substitution de l'abattement de droit commun de 50 % à l'abattement renforcé de 65 % initialement appliqué, le rehaussement en base s'élevant à 178 500 euros, soit une imposition supplémentaire d'un montant total de 94 623 euros en droits et pénalités. Leur réclamation préalable ayant fait l'objet d'une décision de rejet, M. et Mme B demandent au tribunal la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2015, et des pénalités correspondantes.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " I.-1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu. / () ". Aux termes de l'article 150-0 D du même code, dans sa version applicable au présent litige : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci diminué, le cas échéant, des réductions d'impôt effectivement obtenues dans les conditions prévues à l'article 199 terdecies-0 A, ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation. / Les gains nets résultant de la cession à titre onéreux ou retirés du rachat d'actions, de parts de sociétés, de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, ou de titres représentatifs de ces mêmes actions, parts ou droits, mentionnés à l'article 150-0 A, ainsi que les distributions mentionnées aux 7,7 bis et aux deux derniers alinéas du 8 du II du même article, à l'article 150-0 F et au 1 du II de l'article 163 quinquies C sont réduits d'un abattement déterminé dans les conditions prévues, selon le cas, au 1 ter ou au 1 quater du présent article. / () / 1 ter. L'abattement mentionné au 1 est égal à : / a) 50 % du montant des gains nets ou des distributions lorsque les actions, parts, droits ou titres sont détenus depuis au moins deux ans et moins de huit ans à la date de la cession ou de la distribution ; / () / 1 quater. A.- Par dérogation au 1 ter, lorsque les conditions prévues au B sont remplies, les gains nets sont réduits d'un abattement égal à : / () / 2° 65 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins quatre ans et moins de huit ans à la date de la cession ; / () / B.- L'abattement mentionné au A s'applique : / 1° Lorsque la société émettrice des droits cédés respecte l'ensemble des conditions suivantes : / () / f) Elle exerce une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, à l'exception de la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier. / () ".

3. Pour procéder à la substitution de l'abattement de 50 % prévu par les dispositions du a) du 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts à l'abattement de 65 % prévu par les dispositions du 2° du A du 1 quater du même article, l'administration fiscale a opposé à M. et Mme B l'exercice d'une activité de gestion de son propre patrimoine immobilier par la société émettrice des droits cédés.

4. Il résulte de l'instruction que la SARL Inouka, émettrice des droits cédés par M. et Mme B, a pour objet depuis sa création la gestion d'un patrimoine immobilier constitué d'un bâtiment à usage industriel et d'un terrain d'assiette, lesquels sont loués nus à la SARL Resistarc. Cette dernière exerce une activité industrielle et est détenue par M. B.

5. En premier lieu, M. et Mme B font valoir que la SARL Inouka a procédé à la construction des locaux objet du bail commercial, de sorte qu'en tant que bailleur elle participerait à la gestion de l'entreprise commerciale exploitée par le preneur. Toutefois, la circonstance que la société preneuse du bail exerce une activité industrielle ne permet pas de regarder la SARL Inouka, en sa qualité de bailleresse, comme exerçant une activité similaire à celle de la société occupant les locaux. En outre, en l'absence de revente du bien construit et de manifestation d'une intention spéculative, la construction du bâtiment par la SARL Inouka ne permet pas de la regarder comme exerçant une activité autre que la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier. Enfin, l'existence d'un bail commercial n'est pas de nature à permettre de considérer la société bailleresse comme exerçant elle-même une activité commerciale.

6. En deuxième lieu, la détention de plusieurs personnes morales par une même personne physique ne remet pas en cause l'exercice par ces personnes morales d'activités distinctes n'ayant pas le même objet. Dès lors, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les deux sociétés Inouka et Resistarc formeraient un groupe dont il conviendrait de tenir compte pour l'application des dispositions précitées. De même, sont sans incidence sur l'appréciation de la nature de l'activité de la SARL Inouka les circonstances que la constitution de cette société aurait permis de protéger la SARL Resistarc du risque financier relatif à l'emprunt souscrit pour financer la construction du bâtiment industriel, que l'opération aurait été financée par l'intermédiaire d'un prêt consenti par la société Oseo Financement qui exclut toute forme d'enrichissement personnel des dirigeants, et enfin que la société Inouka ait été constituée sous la forme d'une SARL et non d'une SCI. Par ailleurs, la circonstance, au demeurant non établie, que la SARL Inouka se soit vu reconnaître un caractère opérationnel en matière d'impôt sur la fortune ne permet pas d'écarter la qualification de société gérant son propre patrimoine immobilier au sens des dispositions précitées du f) du 1° du B du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts.

7. En troisième lieu, si M. et Mme B se prévalent de l'objet social de la SARL Inouka tel que défini par ses statuts, l'objet principal de la SARL Inouka ne mentionne pas la revente de biens immobiliers, mais simplement leur achat et leur exploitation, et à titre accessoire toute activité commerciale ou industrielle permettant d'assurer l'exécution de l'objet principal. En tout état de cause, l'existence d'un objet social comportant la revente de biens immobiliers ne permet pas de conclure à l'existence effective d'une telle activité. Or, M. et Mme B ne produisent aucun élément permettant d'établir que la SARL Inouka aurait eu, de fait, une activité autre que celle relative à la gestion de son propre patrimoine immobilier.

8. En quatrième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la jurisprudence applicable aux dispositions de l'article 150-0 D bis du code général des impôts, qui concernent un dispositif fiscal différent de celui dont ils ont sollicité l'application.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que la SARL Inouka exerce une activité de gestion de son propre patrimoine immobilier au sens du f) du B du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts. Dès lors, à la supposer établie, la circonstance que les autres conditions nécessaires à l'application de l'abattement renforcé de 65 % prévu par le 2° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts soient remplies, est sans incidence. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a appliqué à la plus-value sur cession de droits sociaux réalisée par M. et Mme B l'abattement de droit commun de 50 % prévu par les dispositions du a) du 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

10. M. et Mme B se prévalent de l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée au paragraphe n° 180 du BOI-RPPM-PVBMI-20-30-10 du 3 mars 2015, laquelle cependant n'est pas détachable de celle exprimée aux paragraphes n° 170 et 200, selon lesquels : " 170 / La société émettrice des titres ou droits cédés exerce une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, à l'exception de la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier (CGI, art. 150-0 D, 1 quater-B-1°-f). Cette condition s'apprécie de manière continue de la date de création de la société jusqu'à la date de cession des titres ou droits. / 180 / Ainsi, l'abattement pour durée de détention mentionné au 1 quater de l'article 150-0 D du CGI s'applique aux gains nets de cession de titres ou droits : / - de sociétés opérationnelles, y compris celles ayant une activité financière, bancaire ou immobilière ; / () / 200 / En application du f du 1° du B du 1 quater de l'article 150-0 D du CGI, l'abattement pour durée de détention renforcé ne s'applique pas aux cessions de titres ou droits de sociétés ayant pour activité la gestion de leur propre patrimoine : / - mobilier (notamment les sociétés civiles de portefeuille) ; / - ou immobilier (notamment les sociétés immobilières ayant pour objet la gestion de leurs immeubles nus) ". Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que la SARL Inouka exerce une activité de gestion de son propre patrimoine immobilier, ainsi que prévu par les paragraphes n° 170 et n° 200 précités, elle ne saurait se prévaloir de l'exercice d'une activité immobilière en application du paragraphe n° 180. Par suite, l'interprétation administrative invoquée ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle qui résulte du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B aux fins de décharge doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et C B et à la directrice de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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