vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1905024 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CHAPUIS AVOCATS ASSOCIES (ACA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2019, la SCI Maison Vergnon, représentée par Me Chapuis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 janvier 2019 par lequel le maire de la commune de Vienne a opposé un sursis à statuer à sa demande de permis de construire deux locaux d'activité et un local de bureaux, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 27 mai 2019 ;
2°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir et, en conséquence, d'enjoindre au maire de Vienne de lui accorder le permis de construire sollicité.
Elle soutient que :
- l'arrêté de sursis à statuer attaqué est entachée d'illégalité en ce qu'il est fondé sur l'article L. 111-7 du code de l'urbanisme qui ne concerne que la constructibilité interdite le long des grands axes routiers alors que la parcelle d'assiette du projet n'est pas située le long d'un tel axe ;
- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il est rédigé en des termes généraux et ne se réfère pas à des circonstances tirées du projet ;
- il méconnaît l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne compromet pas la vocation de la zone et ne rend pas plus onéreuse l'exécution du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vienne ; le maire de Vienne ne justifie pas du bien-fondé du sursis à statuer, la construction projetée s'intégrant dans un ensemble de constructions existantes et n'entamant pas l'espace boisé ; le bâtiment projeté est d'une composition simple, avec une toiture terrasse en réponse aux bâtiments de type industriel situés à l'est du terrain d'assiette et à tous les bâtiments contemporains de l'ensemble de Malissol à l'ouest, qui a une vocation artisanale et industrielle marquée ; la construction projetée évite tout débordement sur la ligne de crête ; le terrain d'assiette se situe à l'extrême nord-ouest en lisière des grands bâtiments de la zone de Malissol et libère tout le glacis de verdure à l'est tout en conservant le bosquet en limite nord, tandis que les limites nord et ouest qui ferment l'ensemble du projet sont constituées d'une clôture noyée dans une haie vive d'essences locales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2020, la commune de Vienne, représentée par Me Delay, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SCI Maison Vergnon le versement d'une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique,
- les observations de Me Chapuis, représentant la SCI Maison Vergnon.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Maison Vergnon a déposé, le 19 octobre 2018, une demande de permis de construire un bâtiment de type industriel comprenant deux locaux d'activités et un local de bureaux, emportant création de 354 m² de surface de plancher, sur la parcelle cadastrée section AW n°66 située au lieudit " Malissol ", sur le territoire de la commune de Vienne. Par un arrêté du 9 janvier 2019, le maire de Vienne a opposé un sursis à statuer pour une durée de deux ans à cette demande de permis de construire. Le recours gracieux du 13 mars 2019, reçu en mairie de Vienne le 18 mars 2019, par lequel la SCI Maison Vergnon a demandé au maire de Vienne de procéder au retrait de l'arrêté du 9 janvier 2019 a été rejeté par une décision du 27 mai 2019. Par une requête du 26 juillet 2019, la SCI Maison Vergnon demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2019 et la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () / Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. () ". L'article R. 424-5 du même code dispose également, en son deuxième alinéa, que : " Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée. ". Aux termes de l'article A. 424-4 de ce code : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ". Enfin, aux termes de l'article A. 424-3 de ce code : " L'arrêté indique, selon les cas : () / b) Si le permis de construire est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition. ; / c) S'il est sursis à statuer sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable. () ".
3. En l'espèce, la requérante soutient que l'arrêté de sursis à statuer contesté est insuffisamment motivé dès lors qu'il est rédigé en des termes généraux et ne se réfère pas à des circonstances tirées du projet. Toutefois, l'arrêté attaqué vise les articles L. 424-1 et L. 153-11 du code de l'urbanisme, la délibération du 16 décembre 2013 prescrivant la révision du PLU de Vienne et celle du 27 juin 2018 arrêtant le projet de ce plan et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, dans sa version applicable du 15 avril 2006 au 1er janvier 2016, l'article L. 111-7 disposait que : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus par les articles L. 111-9 et L. 111-10 du présent titre, ainsi que par les articles L. 123-6 (dernier alinéa), L. 311-2 et L. 313-2 (alinéa 2) du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 111-7 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " L'interdiction mentionnée à l'article L. 111-6 ne s'applique pas : / 1° Aux constructions ou installations liées ou nécessaires aux infrastructures routières ; / 2° Aux services publics exigeant la proximité immédiate des infrastructures routières ; / 3° Aux bâtiments d'exploitation agricole ; / 4° Aux réseaux d'intérêt public. / Elle ne s'applique pas non plus à l'adaptation, au changement de destination, à la réfection ou à l'extension des constructions existantes. ". L'article L. 111-6 du code de l'urbanisme dispose que : " En dehors des espaces urbanisés des communes, les constructions ou installations sont interdites dans une bande de cent mètres de part et d'autre de l'axe des autoroutes, des routes express et des déviations au sens du code de la voirie routière et de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation. / Cette interdiction s'applique également dans une bande de soixante-quinze mètres de part et d'autre des routes visées à l'article L. 141-19. ".
5. La SCI Maison Vergnon soutient que le maire de Vienne a illégalement fondé l'arrêté de sursis à statuer en litige sur les dispositions des articles L. 111-7 et suivants du code de l'urbanisme qui ne concernent que la constructibilité interdite le long des grands axes routiers alors que la parcelle d'assiette du projet n'est pas située le long d'un tel axe. L'arrêté contesté cite intégralement en son premier considérant les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme relatives au sursis à statuer. En outre, s'il résulte des termes mêmes du dernier considérant de l'arrêté attaqué que le maire a entendu faire application des articles L. 111-7 et suivants du code de l'urbanisme, le sursis à statuer ne fait pas allusion à une méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-7 en vigueur à la date de l'arrêté attaqué et l'évolution de la codification doit être regardée comme étant la cause de la confusion commise en se référant non à l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme mais à l'article L. 111-7 du même code régissant jusqu'au 1er janvier 2016 le sursis à statuer et qui a été modifié pour ne concerner que la règle d'interdiction de construire en dehors des espaces urbanisés, dans une bande de 100 m de part et d'autres de l'axe des autoroutes, des routes express et des déviations au sens du code de la voirie routière et de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation. Dans ces conditions, il résulte de l'ensemble des éléments de la motivation de l'arrêté contesté que la référence à l'article L. 111-7 du code de l'urbanisme doit être regardée comme une erreur de plume sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". Aux termes de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation, conformément à l'article L. 103-3. () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".
7. Il résulte de ces dispositions que le sursis à statuer sur une demande de permis de construire ou d'aménager peut être prononcé à la double condition que le projet de PLU ou de PLUi soit suffisamment avancé ou précis et que la construction ou l'aménagement projeté soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan.
8. Pour opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire un bâtiment de type industriel comprenant deux locaux d'activités et un local de bureaux, emportant création de 354 m² de surface de plancher, déposée par la SCI Maison Vergnon, le maire de Vienne a relevé que si le projet de construction envisagé est situé sur un terrain classé en zone urbaine Uia du PLU en vigueur, le projet de PLU arrêté classe la parcelle d'assiette AW n°66 et le secteur environnant en zone naturelle en vue de préserver un paysage agro-naturel de qualité avec des ouvertures paysagères et des espaces de respiration, de marquer une coupure d'urbanisation et de requalifier les abords des routes d'entrée du territoire communal.
9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de " la notice descriptive du terrain et présentation du projet " (PC-4) que, sur le terrain déjà objet du projet d'implantation de la miellerie Maison Vergnon, autorisé par un permis de construire du 27 février 2015, en contrebas de la parcelle, le bâtiment projeté occupera la partie haute, à l'ouest de la propriété, en continuité des bâtiments d'activité de la zone de Malissol située à l'Ouest du terrain d'assiette qui assure la liaison entre cette zone et la voie à fort trafic RD 41 b à l'Est. Le bâtiment projeté comporte une toiture terrasse pour éviter " tout débordement sur la ligne de crête ". Il est également prévu que les limites Nord et Ouest du terrain d'assiette du projet litigieux sont constituées d'une clôture de 1,20 m de hauteur " noyée dans une haie vive d'essences locales, qui a été autorisée par une décision de non-opposition, le bosquet en limite Nord étant conservé. Enfin, le plan de masse végétaux de la notice descriptive précise que le terrain d'assiette de 19 855 m² compte 13 143 m² d'espace vert.
10. Toutefois, à la date de l'arrêté de sursis à statuer contesté du 9 janvier 2019, le projet de révision du PLU de Vienne arrêté par une délibération du 27 juin 2018 adoptée par le conseil communautaire de Vienne Condrieu Agglomération, devenue exécutoire le 2 juillet 2018, prévoyait que le terrain d'assiette du projet litigieux était classé en zone N du règlement de ce plan, les caractéristiques de la zone reprenant la définition de la zone naturelle figurant à l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme qui dispose que : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; () ". Le rapport de présentation du projet de révision du PLU arrêté indique que la révision du PLU permet une " mise à plat " de l'ensemble des sensibilités, des contraintes et des potentialités, remettant ainsi en cause une partie des zonages précédant, notamment pour intégrer les réglementations en matière de maîtrise de la consommation d'espaces. Il précise, au titre de la maîtrise de la consommation foncière, qu'une utilisation économe de l'espace est retenue dans le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), le PLU entraînant une densification forte des espaces urbains de la vallée et une optimisation foncière importante des espaces à dominante pavillonnaire. Le projet de PLU arrêté qui réduit les enveloppes urbaines de développement par rapport au PLU antérieur avec une densité moyenne supérieure à 40 logements / hectares, poursuit l'objectif de répondre aux besoins d'un projet démographique ambitieux tout en réduisant les espaces d'extension urbaine. En son point 4 " Maîtriser la consommation foncière et développer des formes urbaines adaptées aux contraintes foncières et techniques de la commune ", le projet de PADD comporte une orientation selon laquelle le projet de développement communal recherche une forte maîtrise de la consommation d'espace par rapport au document d'urbanisme antérieur par le développement d'une offre moins utilisatrice de foncier agricole et naturel. Le PADD fixe également comme orientation la protection de la qualité et de la diversité écologique des milieux naturels du territoire et la conservation et valorisation des points naturels de la commune. Il résulte des points 1-1 et 1-2 de l'article N 1 du règlement du projet de révision du PLU arrêté que le projet de la SCI Maison Vergnon consistant à réaliser un bâtiment de type industriel comprenant deux locaux d'activités et un local de bureaux ne fait pas partie des constructions autorisées en zone N du futur PLU révisé.
11. En outre, s'il est constant que le terrain sur lequel le projet est envisagé est bordé à l'Ouest par une zone comportant des bâtiments industriels que le projet de PLU classe en zone Ui, il ressort des pièces du dossier qu'il est bordé au Nord par une zone naturelle et un espace boisé classé et à l'Est par une zone humide. Enfin, la circonstance qu'à la date du sursis à statuer attaqué la miellerie avait été autorisée ne faisait pas légalement obstacle à ce qu'une décision de sursis à statuer soit prise compte tenu du classement en zone N envisagé que la société requérante ne critique pas.
12. Eu égard au parti d'urbanisme retenu de préservation des espaces naturels et de limitation de la consommation de l'espace, à la nature et à l'importance de la construction envisagée, sur un terrain d'assiette situé à l'extrémité Est du territoire communal, bordée au Nord par une zone naturelle et un espace boisé classé et à l'Est par une zone humide, le maire de Vienne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que le projet litigieux était de nature à compromettre l'exécution du futur PLU et ainsi légalement opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire de la SCI Maison Vergnon.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Maison Vergnon n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2019 et de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI Maison Vergnon, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Maison Vergnon la somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la commune de Vienne et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SCI Maison Vergnon est rejetée.
Article 2 : La SCI Maison Vergnon versera à la commune de Vienne la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Maison Vergnon et à la commune de Vienne.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Paquet, présidente,
M. Hamdouch, premier conseiller,
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
D. PaquetLa greffière,
V. Joly
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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