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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1905140

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1905140

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1905140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er août 2019, 9 décembre 2020 et 10 novembre 2021, M. et Mme A, représentés par Me Mollion, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 3 juin 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Onnion a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A nos 2593, 3699, 3702, 4900 et 4901 en zone A ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Onnion une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme A soutiennent que :

- les parcelles dont ils sont propriétaires ont été classées en zone agricole sans aucune justification du potentiel agricole des terres ;

- les parcelles en cause sont dépourvues de potentiel agricole ;

- le classement en zone agricole de ces parcelles méconnaît les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mars 2020 et le 18 février 2021, la commune d'Onnion, représentée par Me Lacroix, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, subsidiairement à l'annulation de la délibération du 3 juin 2019 approuvant le plan local d'urbanisme uniquement en ce qu'elle classe les parcelles cadastrées section A nos 2593, 3699, 3702, 4900 et 4901 en zone A, et, en toute hypothèse à ce qu'une somme de 3 000 euros soit solidairement mise à la charge de M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Onnion fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 21 octobre 2021 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par une ordonnance du 23 novembre 2021, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mollion, représentant M. et Mme A, et B, représentant la commune d'Onnion.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 3 juin 2019, le conseil municipal d'Onnion a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A nos 2593, 3699, 3702, 4900 et 4901 en zone agricole.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : () 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; () Ces justifications sont regroupées dans le rapport. ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

3. Si le rapport de présentation doit exposer les motifs de la délimitation des zones, il n'a pas à justifier du classement de chaque terrain. Par suite, M. et Mme A ne sauraient utilement soutenir qu'aucune pièce du plan local d'urbanisme ne justifie du classement en zone A de leurs parcelles ou d'une partie du hameau des Granges. Par ailleurs, le rapport de présentation comporte des éléments relatifs à la justification de la délimitation des zones, tout particulièrement celle agricole. Ainsi, il présente tout d'abord un diagnostic du territoire qui évoque les enjeux en termes d'agriculture et de paysages et il comporte une partie III intitulée " Justificatifs des règles du plan local d'urbanisme " au sein de laquelle sont développés les choix retenus pour établir les règlements ainsi qu'une analyse de la consommation des espaces, notamment agricoles et naturels, et d'une justification des changements de zonage. En particulier, s'agissant des zones agricoles, leur délimitation est justifiée par référence au projet d'aménagement et de développement durables qui contient un enjeu lié à l'agriculture qu'il convient de pérenniser par, notamment, le maintien du caractère rural de la commune à travers la protection des glacis ainsi que la limitation de la consommation d'espaces. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les objectifs du schéma de cohérence territoriale ne constituent pas l'unique motif justifiant la délimitation de la zone agricole. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le rapport de présentation serait lacunaire et que le zonage aurait été décidé sans appréciation du potentiel agricole des terres en méconnaissance de l'article R.151-22 du code de l'urbanisme.

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

5. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section A nos 3702, 3699, 2593, 4900, situées au lieu-dit Les Granges, ne supportent aucune construction et forment une prairie de part et d'autre de la voie communale. Si, depuis 2019, certaines de ces parcelles ne sont plus recensées dans le registre parcellaire graphique au titre de prairies permanentes, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que les terrains en cause seraient désormais dénués de potentiel agronomique, biologique ou économique, d'autant que le rapport du commissaire enquêteur indique que ceux-ci font partie d'un grand tènement agricole qu'il convient de conserver et ne plus morceler. Si la parcelle cadastrée section A n°4901 supporte une partie de la voie, cette circonstance ne fait pas, en elle-même, obstacle à son classement en zone agricole du plan local d'urbanisme alors qu'elle s'ouvre sur une vaste étendue naturelle. En outre, les habitations les plus proches demeurent peu nombreuses et éparses. Dès lors, le classement en zone agricole des parcelles litigieuses est cohérent avec les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables exposées au paragraphe 3 et notamment tournées vers la maîtrise de la consommation d'espace, avec un recentrage de l'urbanisation prioritairement dans le centre bourg et trois hameaux principaux, ainsi que la pérennité de l'activité agricole à travers le maintien du caractère rural de la commune. Par suite, compte tenu du parti d'urbanisme retenu et des caractéristiques des parcelles en cause, et alors même que celles-ci seraient desservies par les réseaux publics, leur classement en zone agricole n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. En l'espèce, en l'absence d'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement des parcelles précitées en zone A, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir du classement d'autres parcelles en zone urbaine.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 3 juin 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Onnion a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Onnion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme A la somme demandée par la commune d'Onnion.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Onnion en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et à la commune d'Onnion.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteure,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1905140

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