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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1905680

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1905680

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1905680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2019, M. A C et Mme B D, représentés par Me Huard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er août 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou de réexaminer leur situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à leur conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le dernier alinéa de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre ;

- la vulnérabilité de la famille et l'existence d'un motif légitime n'ont pas été pris en considération ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré, enregistrée le 15 novembre 2022, a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme B D, ressortissants syriens né le 29 janvier 1975 et le 18 décembre 1984, seraient entrés en France le 10 avril 2018, selon leurs déclarations. Leurs demandes d'asile ont été enregistrées le 1er août 2019. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les intéressés ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, le 28 août 2019, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance du 12 septembre 2019, le juge des référés a ordonné la suspension de la décision du 1er août 2019. Par la présente requête, M. C et Mme D demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date d'enregistrement de la demande d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Le délai prévu par le 3° du III de l'article L. 723-2 est de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée en France du demandeur d'asile.

3. M. C et Mme D soutiennent, d'une part, qu'ils n'ont pas pu présenter leurs observations avant que ne soit édictée la décision attaquée et, d'autre part, que l'OFII n'a pris en considération ni leur vulnérabilité, alors qu'ils sont dépourvus de ressources et parents de quatre enfants mineurs nés en 2002, 2006, 2012 et 2018, ni l'existence du motif légitime dont ils pouvaient se prévaloir pour avoir sollicité l'asile au-delà du délai imparti. Ils doivent être regardés comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient la tenue d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile afin de procéder à une évaluation de sa vulnérabilité et déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Or, l'OFII, qui n'a pas produit au cours de l'instruction de la présente requête, n'établit pas que M. C et Mme D ont bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de leur demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 1er août 2019. Les requérants n'ont ainsi pas été mis en mesure de présenter des observations notamment en ce qui concerne leur état de vulnérabilité ni d'expliquer les raisons pour lesquelles ils n'avaient pu présenter une demande d'asile dans le délai légal imparti. Dans ces conditions, ils sont fondés à soutenir que les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 1er août 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé à M. C et Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Sauf changement dans la situation de droit ou de fait de M. C et Mme D, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de réexaminer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la situation des intéressés quant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et de prendre une nouvelle décision en tenant compte des motifs du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Les conclusions susvisées, étant dirigées contre l'Etat qui n'est pas partie à l'instance, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er août 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à M. C et Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel examen de la situation de M. C et Mme D et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme B D, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,Le président,

N. BARDADV. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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