vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1905903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SEGARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2019, M. B C, représenté par Me Segard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon du 9 janvier 2019 confirmant la décision prise le 27 novembre 2018 par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire d'Aiton lui ayant infligé une sanction de vingt jours de placement en cellule disciplinaire avec sursis ;
2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de l'ensemble des données relatives à la procédure disciplinaire contestée figurant dans son dossier ainsi que l'ensemble des mentions inscrites dans le logiciel " GIDE " et prévues aux 5°e), 3°b), 3°j5), 3°j6) et 6°b) de l'article 4 du décret du 6 juillet 2011, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le compte-rendu d'incident n'a pas été rédigé dans les plus brefs délais, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale ;
- le compte-rendu d'incident ne permettant pas d'identifier la personne ayant constaté les dégradations, cette approximation porte atteinte aux droits de la défense dès lors que l'audition de cette personne pourrait permettre de dater plus précisément la commission des faits ;
- la convocation mentionne que l'incident est survenu le 24 septembre 2018 à 9 heures, alors qu'il s'agit de l'heure de constatation des dégradations qui lui sont reprochées, aucun élément ne permettant d'exclure que les faits aient été commis avant 9 heures ;
- la commission de discipline a fondé sa décision de sanction sur le rapport de contrôle quotidien du barreaudage et du caillebotis, alors que ce document n'a pas été versé au dossier disciplinaire ;
- la décision attaquée méconnait le 10° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, aucun élément ne permettant de l'identifier comme l'auteur des faits reprochés ;
- la décision est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- en application du principe constitutionnel de la présomption d'innocence, l'effacement des mentions sur la sanction figurant dans son dossier s'impose.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2019, la garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 janvier 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- le décret n° 2011-817 du 6 juillet 2011 portant création d'un traitement de données à caractère personnel relatif à la gestion informatisée des détenus en établissement (GIDE) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,
- les observations de Me Schürmann, substituant Me Segard, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, incarcéré au centre pénitentiaire d'Aiton du 19 avril 2018 au 1er mars 2019, a fait l'objet le 27 novembre 2018 d'une sanction de placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours, prononcée intégralement avec sursis par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire. Par une décision du 9 janvier 2019, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la sanction du 27 novembre 2018. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la légalité externe de la décision du 9 janvier 2019 :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".
3. En premier lieu, le délai prévu par l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale n'étant pas prescrit à peine de nullité, la circonstance que le compte-rendu d'incident n'a été établi que trois jours après les faits est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, il n'est pas démontré en quoi ce délai aurait empêché M. C de réunir les éléments nécessaires à sa défense ou aurait fait obstacle à la manifestation de la vérité.
4. En deuxième lieu, la circonstance que le compte-rendu d'incident rédigé le 27 septembre 2018 ne mentionne pas l'identité de l'agent présent lors de l'incident est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que les dispositions précitées impliquent seulement que l'identité de l'auteur du compte-rendu soit connue, de sorte qu'il ne siège pas en commission de discipline. Il n'est pas non plus fondé à soutenir que cette absence de mention de l'identité de l'agent présent lors de la constatation des faits porterait atteinte aux droits de la défense, dès lors que l'opportunité d'entendre des témoins au cours de la procédure disciplinaire est réservée en tout état de cause à la seule appréciation du président de la commission de discipline.
5. En troisième lieu, dès lors que l'heure exacte de survenance des faits à l'origine de la sanction est inconnue, M. C ne saurait reprocher à l'administration d'avoir mentionné, dans le compte-rendu d'incident, puis dans la convocation en commission de discipline, l'heure de constatation des faits et non l'heure à laquelle les dégradations ont été réellement effectuées.
6. En quatrième lieu, si la décision du président de la commission disciplinaire du 27 novembre 2018 se réfère au rapport de contrôle quotidien du barreaudage et du caillebotis, la décision attaquée du 9 janvier 2019, qui s'y est substituée, n'en fait pas mention. Par suite, la circonstance que ce rapport n'ait pas été joint au dossier disciplinaire est sans incidence sur la légalité de la sanction prononcée.
Sur la légalité interne de la décision du 9 janvier 2019 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 10° De causer ou de tenter de causer délibérément aux locaux ou au matériel affecté à l'établissement un dommage de nature à compromettre la sécurité ou le fonctionnement normal de celui-ci ; / () ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Pour infliger à M. C la sanction contestée, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a relevé que si l'intéressé soutenait être absent au moment des dégradations, il disposait d'une clef lui permettant de verrouiller sa cellule en son absence afin d'éviter toute intrusion. Il a par ailleurs relevé que M. C n'apporte aucun élément objectif permettant de confirmer sa version des faits. Si M. C soutient qu'il n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés, il ressort du rapport d'enquête du 12 novembre 2018 qu'il a déclaré avoir constaté la dégradation du caillebotis au retour de sa promenade, sans pour autant avoir averti le surveillant de cette dégradation de matériel. En outre, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il n'était pas dans sa cellule au moment des faits. Dans ces circonstances, et M. C disposant librement des lieux où les dégradations ont été commises du fait de la détention d'une clef, les détériorations constatées ne peuvent que lui être imputées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () / 7° La mise en cellule disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-43 du même code : " La mise en cellule disciplinaire prévue au 7° de l'article R. 57-7-33 et à l'article R. 57-7-36 consiste dans le placement de la personne détenue dans une cellule aménagée à cet effet et qu'elle doit occuper seule ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 de ce code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré () ". Aux termes de l'article R. 57-7-54 de ce code : " Le président de la commission de discipline peut accorder le bénéfice du sursis pour tout ou partie de l'exécution de la sanction disciplinaire soit lors du prononcé de celle-ci, soit au cours de son exécution ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-55 de ce code : " Lorsqu'il octroie le bénéfice du sursis, le président de la commission de discipline fixe un délai de suspension de la sanction sans que celui-ci puisse excéder six mois lorsque la personne détenue est majeure () ".
11. M. C a fait l'objet d'une sanction de placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours, soit le quantum maximal prévu par les dispositions de l'article R. 57-7-47 du code de procédure pénale. Toutefois, cette sanction a été intégralement assortie d'un sursis avec un délai de suspension de six mois. Dans ces circonstances, la sanction disciplinaire retenue n'est pas disproportionnée compte tenu de la gravité de la faute commise, qui porte sur une destruction importante du matériel nécessaire à la sécurité de l'établissement. Par suite, le moyen tiré du caractère excessif de la sanction doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation de la décision du 9 janvier 2019 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Segard et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
C. BILLON
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026