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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1906386

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1906386

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1906386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 septembre 2019 et le 22 juin 2021,

M. C B, représenté par Me Vives, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2019 portant création d'une servitude de passage sur le territoire des communes d'Allemont et d'Oz-en-Oisans au bénéfice du syndicat intercommunal d'études et de programmation pour l'aménagement de la vallée de l'eau d'Olle (SIEPAVO) et, à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté en tant qu'il instaure une servitude sur sa propriété ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le rapport et les conclusions du commissaire-enquêteur sont insuffisants en méconnaissance de l'article R. 123-9 du code de l'environnement ; il n'a pas analysé le périmètre de la servitude, répertorié les propriétaires impactés, la durée et les contours de la servitude ainsi que les travaux générés par la servitude ; le rapport ne contient aucune analyse de la servitude, le commissaire-enquêteur ne s'est pas positionné sur l'utilité publique du projet ; il n'a pas pris en compte et analysé les observations du public ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 342-22 du code du tourisme ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2020, le préfet de l'Isère, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense du 31 mars 2020 et du 7 juillet 2021, le syndicat intercommunal d'études et de programmation pour l'aménagement de la Vallée de l'Eau d'Olle (SIEPAVEO), représenté par Me Manhes, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code du tourisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme D ;

-les conclusions de Mme A ;

-et les observations de Me Vives, représentant M. B et de Me Fessler, représentant le SIEPAVEO.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 novembre 2016, le préfet de l'Isère a autorisé la création d'une unité touristique nouvelle d'une liaison téléportée entre la vallée d'Allemont et Oz-en-Oisans. Il a ensuite, par un arrêté du 9 avril 2019, prescrit l'ouverture d'une enquête publique unique comportant une enquête publique parcellaire préalable à la constitution d'une servitude, qui s'est déroulée du 9 mai 2019 au 7 juin 2019. Par l'arrêté attaqué du 25 juillet 2019, le préfet de l'Isère, à la demande du syndicat intercommunal d'études et de programmation pour l'aménagement de la Vallée de l'Eau d'Olle (SIEPAVEO), a décidé de frapper de la servitude instituée par l'article L. 342-20 du code du tourisme, notamment la parcelle cadastrée section B n° 2212 située au lieudit " Le Boulangeard " appartenant à M. B. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité du rapport du commissaire-enquêteur :

2. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet () ". En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique.

3. Dans son rapport remis à l'issue de l'enquête publique, en date du 26 juin 2019, le commissaire enquêteur, a présenté la nature du projet, la composition du dossier soumis à enquête, l'organisation et le déroulement de l'enquête et notamment les avis des personnes publiques associées. Il a émis ses remarques personnelles sur les pièces du dossier d'enquête. Il a également répertorié l'ensemble des observations du public au sein des annexes A1 à A4 de son rapport. La partie 3 de son rapport (pp. 18 à 43) est consacrée à l'analyse de ses observations regroupées par thèmes. Il fait part tant de la réponse apportée par le maitre d'ouvrage que de son opinion personnelle sur chacun de ses thèmes : gestion des flux automobiles, gestion des impacts négatifs temporaires du chantier, risques naturels (inondation, glissement de terrains et avalanche), cohérence de l'ascenseur valléen avec les télécabines de Poutran et de l'Alpette, le stationnement des bus, l'économie du projet et l'indemnisation du foncier. En outre, si l'article L. 342-22 du code du tourisme impose que la décision instituant la servitude détermine sa consistance et notamment son tracé, sa largeur et ses caractéristiques, le commissaire-enquêteur n'est pas tenu de le faire dans son rapport et n'avait pas à répertorier les propriétaires impactés. La circonstance que le commissaire-enquêteur n'a pas répondu à l'ensemble des observations formulées et que dans le cadre de l'institution d'une servitude sur la commune des Houches le commissaire-enquêteur a analysé l'emprise et les caractéristiques de la servitude n'est pas de nature à caractériser une insuffisance du rapport contesté dans la présente requête. Enfin, dans son avis, le commissaire-enquêteur a porté une appréciation sur l'utilité publique du projet de liaison téléportée relevant l'accès d'un public plus large au grand domaine de l'Alpe d'Huez, le développement de l'activité économique et sociale d'une vallée alpine, l'amélioration du bilan environnemental et une contribution à la sécurisation du domaine de Oz-Vaujany par la diversification de l'accès. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité du rapport du commissaire-enquêteur doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne la motivation de l'arrêté :

4. Aux termes de l'article L. 342-20 du code du tourisme : " Les propriétés privées ou faisant partie du domaine privé d'une collectivité publique peuvent être grevées, au profit de la commune, du groupement de communes, du département ou du syndicat mixte concerné, d'une servitude destinée à assurer le passage, l'aménagement et l'équipement des pistes de ski alpin et des sites nordiques destinés à accueillir des loisirs de neige non motorisés organisés, le survol des terrains où doivent être implantées des remontées mécaniques, l'implantation des supports de lignes dont l'emprise au sol est inférieure à quatre mètres carrés, le passage des pistes de montée, les accès nécessaires à l'implantation, l'entretien et la protection des pistes et des installations de remontée mécanique ". Aux termes de l'article L. 342-21 du même code : " La servitude est créée par décision motivée de l'autorité administrative compétente () ".

5. L'arrêté attaqué, auquel est annexé le plan parcellaire des servitudes de survol et d'accès qu'il institue, vise les textes applicables et notamment les articles L. 342-7 à L. 342-26 du code du tourisme relatifs aux remontées mécaniques et pistes de ski. Il mentionne que la servitude s'inscrit dans le cadre du développement et de l'aménagement du domaine skiable de la commune d'Oz-en-Oisans, que les servitudes sont nécessaires à la réalisation du téléporté entre la Fonderie à Allemond et l'Olmet à Oz-en-Oisans et pour l'aménagement, l'entretien et la protection des installations de remontées mécaniques et enfin que l'institution d'une telle servitude permettra aux ayants-droits de solliciter une indemnité. Est annexé à cet arrêté un plan du tracé et les caractéristiques des servitudes qui précisent notamment que la servitude autorise l'accès et le passage de toute personne mandatée par le SIEPAVEO avec les engins nécessaires pour assurer l'entretien et la maintenance de la remontée mécanique et l'évacuation des usagers de la remontée en situation d'arrêt prolongé. Cette motivation suffit à satisfaire aux exigences des dispositions précitées. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne les conditions de réalisation des travaux et les périodes d'application de la servitude :

6. Aux termes de l'article L. 342-22 du code du tourisme : " Cette décision définit le tracé, la largeur et les caractéristiques de la servitude, ainsi que les conditions auxquelles la réalisation des travaux est subordonnée. Elle définit, le cas échéant, les conditions et, éventuellement, les aménagements de protection auxquels la création de la servitude est subordonnée et les obligations auxquelles le bénéficiaire est tenu du fait de l'établissement de la servitude. Elle définit également les périodes de l'année pendant lesquelles, compte tenu de l'enneigement et du cours des travaux agricoles, la servitude s'applique partiellement ou totalement ".

7. D'une part, les servitudes demandées concernent la création d'une remontée mécanique. L'annexe de l'arrêté précise qu'elles comprennent une servitude de survol et l'implantation des supports de lignes, les accès nécessaires à l'implantation et les accès nécessaires à l'entretien et à la protection des installations de remontée mécaniques. L'état parcellaire joint à l'arrêté contesté fait état pour chaque propriétaire de la surface de la parcelle, de la nature de la servitude survol ou accès, de sa longueur ainsi que de la surface de la servitude. Les conditions de réalisation des travaux sont précisées dans un point 2 de l'annexe qui précise que le bénéficiaire de la servitude est autorisé à accéder aux terrains concernés par les travaux, à débroussailler, à décaper et stocker de la terre végétale sur tout ou partie des parcelles, à réaliser tous travaux de préparation du sol nécessaire à l'implantation des remontées mécaniques, des terrassements et de construction nécessaires à l'édification de la remontée mécanique. Contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions de l'article L. 342-22 du code du tourisme n'imposait pas de préciser ni la date précise d'intervention des travaux à réaliser sur chaque parcelle ni leur consistance.

8. D'autre part, il ressort sans ambigüité de l'annexe de cet arrêté que les servitudes sont octroyées à titre permanent dès lors qu'il s'agit d'une remontée mécanique pérenne, et non une piste de ski. Il est ainsi indiqué que le propriétaire conserve la pleine propriété de son terrain mais s'engage sur celui-ci à supporter l'implantation permanente des supports de ligne et le survol des terrains sur une largeur de 24 mètres.

9. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 342-22 du code du tourisme doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

10. Par un arrêté du 17 novembre 2016, une unité touristique nouvelle a été créée sur les communes d'Allemont et d'Oz-en-Oisans pour la liaison téléportée entre la vallée d'Allemont et la station d'Oz-en-Oisans. Le recours formé contre cet arrêté préfectoral du 17 novembre 2016 a été rejeté par un jugement du 18 juillet 2019 du tribunal administratif de Grenoble confirmé par la Cour administrative d'appel de Lyon le 16 mars 2021. L'arrêté en cause a pour objet d'instituer les servitudes nécessaires à l'implantation de cet ascenseur valléen. Ce projet a pour ambition d'offrir une alternative de liaison avec le domaine de l'Alpe d'Huez neutre en carbone et sécurisée. Contrairement à ce que soutient le requérant, le commissaire-enquêteur a porté une appréciation sur l'utilité publique du projet de liaison téléportée relevant l'accès d'un public plus large au grand domaine de l'Alpe d'Huez, le développement de l'activité économique et sociale d'une vallée alpine, l'amélioration du bilan environnemental et une contribution à la sécurisation du domaine de Oz-Vaujany par la diversification de l'accès. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les inconvénients du projet seraient excessifs par rapport à son utilité publique. L'intéressé n'apporte aucun élément probant permettant de contester l'implantation de cette servitude alors que le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable et a indiqué que l'analyse multicritères des risques naturels (géologique, climatique, nivologique entre autres) a été effectuée, a fait l'objet de restitutions et a été conduite par différents experts. Si M. B soutient que les risques naturels n'ont pas été suffisamment prises en compte, il ne l'établit pas. M. B ne peut utilement contester les considérations d'opportunité du choix du tracé, qui échappent au contrôle du juge de l'excès de pouvoir. Enfin, le projet de gare de départ téléporté est autorisée sous réserves de prescriptions par le plan local d'urbanisme de la commune d'Allemont. Ainsi le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2019.

Sur les frais de justice :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le SIEPAVEO sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du SIEPAVEO présentées sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au syndicat intercommunal d'études et de programmation pour l'aménagement de la Vallée de l'Eau d'Olle (SIEPAVEO).

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

E. D

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1906386

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