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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1906423

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1906423

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1906423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL TREQUATTRINI ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 septembre 2019 et le 16 novembre 2020, la société anonyme (SA) KAIROS CONCEPT, représentée par Me Trequattrini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2019 par lequel le maire de la commune d'Evian-les-Bains a refusé sa demande de permis de construire portant sur la construction d'un bâtiment de dix logements sur un terrain situé au 1bis route de Baisinges sur le territoire de la commune d'Evian-les-Bains, ainsi que la décision du 1er août 2019 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Evian-les-Bains de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Evian-les-Bains, une somme de 5 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal ;

- l'article UD 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est illégal ;

- la substitution de motifs sollicitée par la commune n'est pas fondée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 juillet 2020 et le 7 septembre 2021, la commune d'Evian-les-Bains, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, elle sollicite une substitution de motifs ; il convient de substituer au motif de refus le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par une ordonnance du 13 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2021 à 12 heures en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Saint-Lager, représentant commune d'Evian-les-Bains.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 octobre 2018, la SA KAIROS CONCEPT a déposé une demande de permis de construire un bâtiment d'habitation de dix logements d'une surface de plancher créée de 761,39 m² sur un terrain, cadastré section AT n° 828, situé au 1bis route de Baisinges sur le territoire de la commune d'Evian-les-Bains. Par un arrêté du 23 avril 2019, le maire de la commune d'Evian-les-Bains a refusé cette demande au motif que le projet méconnaît les dispositions de l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par courrier du 18 juin 2019, reçu le 19 juin suivant par la commune, la SA KAIROS CONCEPT a formé un formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté. Ce recours a été rejeté par une décision du 23 avril 2019. Par la présente requête, la SA KAIROS CONCEPT demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " IMPLANTATION DES CONSTRUCTIONS PAR RAPPORT AUX LIMITES SÉPARATIVES / 1 -Généralités : / Les dispositions ci-dessous ne s'appliquent pas aux ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt général. / Les dispositifs techniques nécessaires au renforcement de l'isolation thermique par l'extérieur de constructions existantes ne sont pas pris en compte pour l'application du présent article, dans la limite de 30 cm. / Sur les tronçons identifiés au document graphique, les rives des cours d'eau doivent être maintenues en espace libre de toute nouvelle utilisation et occupation sur une bande de 10 m. minimum de part et d'autre de l'axe de ceux-ci. En cas d'encaissement du lit, les marges de recul sont calculées à partir du sommet de la rupture de pente. Les terrassements et dépôts de matériaux y sont également interdits. / Par ailleurs, il est précisé que le busage des cours d'eau est interdit. Toutefois, il pourra être autorisé d'effectuer des travaux de protection d'un cours d'eau dans le cadre d'un projet d'intérêt général, sous réserve d'un avis favorable de la D.D.T. "

3. En l'espèce, le maire de la commune d'Evian-les-Bains a refusé la demande de permis de construire de la SA KAIROS CONCEPT en se fondant sur un premier motif tiré de ce que " le projet porte sur l'édification d'un immeuble de dix logements sur un terrain cadastré section AT n° 828 pour une superficie de 1 312 m², situé au 1bis route de Baisinges à Evian-les-Bains pour une surface de plancher créée de 761,39 m² implanté à une distance de 6,40 mètres de la limite séparative Ouest ", qu'il existe " un cours d'eau à ciel ouvert à l'endroit de cette limite parcellaire " et que " par conséquent, le projet ne respecte par l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme " et que " pour s'affranchir de ce retrait de 10 mètres, le projet prévoit le busage du cours d'eau " et que " ce faisant, le projet ne respecte toujours pas l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme " qui interdit le busage des cours d'eau. Il ajoute, par ailleurs, que " le busage du cours d'eau est de toute façon contraire aux objectifs fixés par l'article L. 211-1 du code de l'environnement qui sont repris par les dispositions du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Rhône Méditerranée 2016-2017 ". Pour contester ce motif de refus, la SA KAIROS CONCEPT se borne à soutenir qu'elle peut bénéficier d'une dérogation aux dispositions de l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme en raison de l'absence de risque hydraulique de son projet en vertu d'une étude hydraulique du 12 juin 2019 qu'elle a fait réaliser. Toutefois, les dispositions précitées de l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme ne prévoient pas la possibilité d'une dérogation en l'absence de risque hydraulique. Dans ces conditions, et alors que la SA KAIROS CONCEPT ne conteste pas utilement le motif de refus, le moyen dirigé contre ce motif de refus ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, si la SA KAIROS CONCEPT excipe de l'illégalité de l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, elle n'assortit son moyen d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier la portée et le bien fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

6. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. En l'espèce, le maire de la commune d'Evian-les-Bains a refusé la demande de permis de construire de la SA KAIROS CONCEPT en se fondant sur un second motif tiré de ce que " le projet consiste en la construction d'un bâtiment comportant du zinc en toiture et des panneaux composites en façades " et que " ce type de matériaux est absent dans l'environnement immédiat, constitué de bâtiments à l'architecture traditionnelle comportant en très grande majorité des tuiles en toiture et de l'enduit ou du crépi en façades " et que " par conséquent, le projet doit être également refusé en vertu des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dans la mesure où il porte atteinte par son aspect et son architecture au caractère des lieux avoisinants ". Pour contester ce motif, la SA KAIROS CONCEPT soutient que les constructions environnantes ne sont pas homogènes. En l'espèce, le secteur d'implantation du projet litigieux présente un caractère hétérogène en ce qu'il est composé de maisons individuelles et de petits collectifs dont certains présentent des tuiles en toiture, de l'enduit ou du crépi et ne présente pas un intérêt particulier. En l'espèce, le projet litigieux porte sur la construction d'un bâtiment de dix logements qui présente une toiture en zinc et des panneaux en composites en façades. Ainsi, le projet litigieux, par son aspect, ne porte pas atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le moyen dirigé à l'encontre du motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

8. En troisième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Si la commune d'Evian-les-Bains sollicite une substitution de motifs. Elle fait valoir que la décision de refus de permis de construire était légale dès lors que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. Aux termes de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " ASPECT EXTERIEUR / 1 - Généralités / () / Pour toute construction neuve, il est demandé de composer des volumes, des façades et des toitures dont les proportions ne soient pas en rupture avec celles des constructions existantes dans le voisinage immédiat, notamment dans les proportions des ouvertures et l'emploi des matériaux, en façade comme en toiture, sans toutefois exclure l'innovation et la création architecturales, ni faire obstruction à la densification progressive de la zone, particulièrement en zone UDc. / () / 2- Implantation et volume / L'implantation, le volume et les proportions des constructions dans tous leurs éléments doivent être déterminés en tenant compte de l'environnement et en s'y intégrant le mieux possible, en particulier par leur adaptation au terrain et par leurs aménagements extérieurs. / () / 3 - Aspect des façades / () / Les teintes d'enduits, les ouvertures, les menuiseries et huisseries extérieures doivent être déterminés en tenant compte de leur environnement bâti. / Les façades latérales et postérieures des constructions doivent être traités avec le même soin que les façades principales en harmonie avec elles et celles des bâtiments existants sur les terrains contigus. / () / 5 - Aspect des toitures / () / Les matériaux et teintes de couverture doivent être déterminés en tenant compte de leur environnement bâti, sans forcément le copier (tuiles, zinc patiné, cuivre, inox plombé, ardoise, ) / () ".

11. Ainsi qu'il a déjà été mentionné au point 8 du présent jugement, le secteur d'implantation du projet litigieux présente un caractère hétérogène en ce qu'il est composé de maisons individuelles et de petits collectifs dont certains présentent des tuiles en toiture, de l'enduit ou du crépi et ne présente pas un intérêt particulier. En l'espèce, le projet litigieux porte sur la construction d'un bâtiment de dix logements qui présente une toiture en zinc et des panneaux en composites en façades. Ainsi, le projet litigieux, par son aspect, ne porte pas atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, la commune d'Evian-les-Bains n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article UD 11du règlement du plan local d'urbanisme et la substitution de motifs sollicitée doit être écartée.

12. Il résulte de ce qui précède que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est illégal et que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut fonder l'arrêté attaqué. Toutefois, le maire de la commune d'Evian-les-Bains s'est également fondé, pour refuser la demande de permis de construire de la SA KAIROS CONCEPT, sur un autre motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune d'Evian-les-Bains aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que cet autre motif pour s'opposer à la demande de la SA KAIROS CONCEPT.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SA KAIROS CONCEPT à l'encontre de l'arrêté du 23 avril 2019 par lequel le maire de la commune d'Evian-les-Bains a refusé sa demande de permis de construire portant sur la construction d'un bâtiment de dix logements, ainsi que de la décision du 1er août 2019 rejetant son recours gracieux, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Evian-les-Bains, qui ne présente pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la société requérante, et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SA KAIROS CONCEPT la somme que demande la commune d'Evian-les-Bains, au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SA KAIROS CONCEPT est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Evian-les-Bains présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SA KAIROS CONCEPT et à la commune d'Evian-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

La rapporteure,

P. A

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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