lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1906637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET URBAN CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, une lettre, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2019, le 19 mai 2022, le 30 mai 2022 et le 27 septembre 2022 (non communiqué), M. B C, Mme A C, la société civile immobilière (SCI) des Barbières et le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier situé au 145 rue de la Paix, représentés par Me Petit, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Chasse-sur-Rhône a refusé de faire droit à leur demande de cessation de l'emprise irrégulière sur leur parcelle, cadastrée section AD n° 231, ou à régulariser le transfert de propriété ;
2°) d'enjoindre à la commune de Chasse-sur-Rhône de régulariser le transfert de propriété en procédant au rachat amiable de la surface de 375 m² occupée au prix de 56 000 euros, correspondant à sa valeur vénale actuelle ou, à défaut, d'enjoindre à la commune de Chasse-sur-Rhône de procéder au retrait de l'ouvrage public ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Chasse-sur-Rhône une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent qu'une partie de la rue de la Paix et du chemin des Barbières est implantée irrégulièrement sur la parcelle cadastrée section AD n° 231 leur appartenant.
Une mesure d'instruction a été effectuée le 27 juin 2022, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, tendant à obtenir la communication de la délibération actant le transfert de compétences.
En réponse à cette mesure d'instruction, des pièces ont été produites le 5 juillet 2022 par la commune de Chasse-sur-Rhône qui ont été communiquées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, la commune de Chasse-sur-Rhône, représentée par Me Bourillon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Chasse-sur-Rhône fait valoir que :
- à titre principal, l'emprise prétendument irrégulière étant intervenue en 1999, leur demande est prescrite en application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 ;
- à titre subsidiaire, par une délibération du 19 février 1999, le conseil municipal avait entériné l'acquisition par la commune de la parcelle des requérants au prix de 12 000 francs ; en conséquence, l'emprise n'est pas irrégulière et la vente en raison de cet accord sur la chose et le prix présente un caractère parfait ;
- à titre infiniment subsidiaire, l'emprise présente un caractère régularisable.
Par un mémoire en observations, enregistré le 13 septembre 2022, la communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération, représentée par Me Petit, observe, à titre principal, l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, qu'elle ne peut qu'être rejetée au fond, et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération observe que :
- à titre principal, les conclusions tendant à ce que le tribunal prononce la cession de la parcelle au prix de 56 000 euros sont irrecevables, dès lors que le juge administratif ne peut contraindre l'administration à acquérir une parcelle à un prix fixé non contradictoirement par les requérants ;
- à titre subsidiaire, elle est incompétente pour procéder en lieu et place de la commune à l'acquisition de la parcelle litigieuse ; en effet, si par un arrêté préfectoral du 17 novembre 2018, la communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération est devenue compétente en matière de " création ou aménagement et entretien de voirie d'intérêt communautaire ", il ressort toutefois de la délibération du 1er octobre 2019 du conseil communautaire que les acquisitions foncières ne relèvent pas de l'intérêt communautaire ;
- à titre infiniment subsidiaire, la demande des requérants tendant à la démolition de l'ouvrage public doit être rejetée.
Vu :
- l'avis de renvoi d'audience adressé aux parties le 22 septembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Corbalan représentant les requérants, de Me Bourillon, représentant la commune de Chasse-sur-Rhône et de Me Dumas, représentant la communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) des Barbières, représentée par M. et Mmes C, est propriétaire de la parcelle, cadastrée section AD n° 231, située chemin des Barbières, sur le territoire de la commune de Chasse-sur-Rhône. En 1999, la commune de Chasse-sur-Rhône a procédé à un élargissement des voiries sur des portions situées rue de la Paix et chemin des Barbières. En l'absence d'accord sur un prix de cession amiable, la commune de Chasse-sur-Rhône aurait procédé à l'élargissement de la voie en empiétant illégalement sur la parcelle dont ils sont propriétaires sur une surface de 375 m². Par plusieurs courriers, le dernier datant du 2 juillet 2019, notifié le 3 juillet suivant à la commune, la SCI des Barbières et autres ont mis en demeure la commune de régulariser et de faire cesser cette emprise irrégulière en procédant à l'acquisition de cette surface en leur versant le prix correspondant à la valeur estimée du bien ou, à défaut, de faire cesser cette emprise irrégulière en libérant le terrain. La commune a rejeté cette demande par une décision implicite du 3 septembre 2019. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler cette décision implicite de refus et d'enjoindre à la commune de régulariser le transfert de propriété en procédant au rachat amiable de la surface de 375 m² occupée au prix de 56 000 euros, correspondant sa valeur vénale actuelle ou, à défaut, d'enjoindre à la commune de Chasse-sur-Rhône de procéder au retrait de l'ouvrage public.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Par courrier du 2 juillet 2019, reçu le 3 juillet suivant, la SCI des Barbières et autres ont mis en demeure la commune de régulariser et de faire cesser cette emprise irrégulière en procédant à l'acquisition de cette surface en leur versant le prix correspondant à la valeur estimée du bien ou, à défaut, de faire cesser cette emprise irrégulière en libérant le terrain. Dans la présente instance, ils demandent l'annulation de cette décision et d'enjoindre à la commune de Chasse-Sur-Rhône de cesser une emprise irrégulière sur leur propriété qui constitue un recours de plein contentieux visant à faire constater et cesser une emprise irrégulière. Par suite, ils ne peuvent utilement se prévaloir des vices propres de la décision de rejet de l'administration qui n'a eu pour effet que de lier le contentieux.
Sur les conclusions tendant à la démolition de l'ouvrage public :
3. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
En ce qui concerne la constatation d'une emprise irrégulière :
4. La réalisation, par une personne publique, de travaux dans le sol et le sous-sol d'une propriété privée, qui dépossède les propriétaires de la parcelle concernée d'un élément de leur droit de propriété, ne peut être régulièrement réalisée qu'après, soit l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, soit l'institution de servitudes légales, soit l'intervention d'un accord amiable avec les propriétaires de cette parcelle.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment du plan de bornage établi en août 1999 et des courriers de la commune de Chasse-sur-Rhône adressés aux requérants les 13 août 2018 et 3 mai 2019 que la rue de la Paix et le chemin des Barbières empiètent sur une surface de 375 m² sur la propriété des requérants, anciennement cadastrée section AD n° 231. L'implantation de cet ouvrage public n'est pas intervenue après l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, de l'institution de servitudes légales ou de l'intervention d'un accord amiable avec les propriétaires de cette parcelle. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la commune de Chasse-sur-Rhône en défense, si, par délibération du 19 février 1999, le conseil municipal avait entériné l'acquisition par la commune de la parcelle des requérants au prix de 12 000 francs, aucun acte authentique n'a été signé par la suite afin de conclure la vente de cette parcelle. Dans ces conditions, l'empiètement de la route sur la propriété des requérants constitue une emprise irrégulière.
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :
6. La prescription quadriennale n'est qu'un mode d'extinction des dettes des collectivités publiques et ne peut, par suite, être opposée qu'aux créances que les intéressés entendent faire valoir contre ces collectivités. Elle est en revanche sans effets sur les droits réels. L'action du propriétaire visant à la démolition et à la remise en état d'une construction empiétant sur sa propriété étant une action portant sur un droit réel, elle n'entre pas dans le champ d'application de la loi du 31 décembre 1968. L'exception de prescription opposée par la commune de Chasse-sur-Rhône aux conclusions de M. C et autres tendant à ce que la commune régularise le transfert de propriété en procédant au rachat amiable de la surface de 375 m² occupée au prix de 56 000 euros, correspondant à sa valeur vénale actuelle ou, à défaut, à ce qu'elle procède au retrait de l'ouvrage public, doit, en conséquence, être rejetée.
En ce qui concerne les possibilités de régularisation :
7. Il résulte de l'instruction que l'emprise irrégulière de l'ouvrage public sur la parcelle, anciennement cadastrée section AD n° 231, appartenant aux requérants n'apparaît régularisable que par une cession de l'assiette de cette emprise foncière par les requérants à la commune de Chasse-sur-Rhône. Alors que la procédure de médiation afin de trouver un accord amiable a échoué, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Chasse-sur-Rhône, qui a conservé la compétence pour ce faire en vertu de la délibération du 1er octobre 2019 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération qui précise que les acquisitions foncières ne relèvent pas de l'intérêt communautaire, d'initier une procédure d'expropriation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
8. La commune de Chasse-sur-Rhône versera la somme de 1 500 euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que les requérants soient condamnés à payer la somme que la commune de Chasse-sur-Rhône réclame sur leur fondement. Par ailleurs, les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération sur le fondement de ces mêmes dispositions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'emprise de la rue de la Paix et du chemin des Barbières, située sur la parcelle, anciennement cadastrée section AD n° 231, appartenant à M. C et autres est irrégulière.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Chasse-sur-Rhône d'initier une procédure d'expropriation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Chasse-sur-Rhône versera à M. C et autres une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la communauté d'agglomération Vienne Condrieu Agglomération et à la commune de Chasse-sur-Rhône.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Beauverger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
La rapporteure,
P. D
La présidente,
D. JOURDAN La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026