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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1906776

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1906776

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1906776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP MERMET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 octobre 2019, le 14 octobre 2019 et le 23 juin 2021, l'agence BARNOUD SAS, représentée par Me Noetinger-Berlioz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2019 par lequel le maire de la commune d'Evian-les-Bains s'est opposé à sa déclaration préalable portant sur la modification d'une devanture commerciale et le remplacement d'enseignes existantes sur un terrain situé au 1 avenue Jean Léger sur le territoire de la commune ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Evian-les-Bains de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Evian-les-Bains une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le projet consistant en la pose de vitrophanies à l'intérieur de la vitrine existante du local, aucune autorisation d'urbanisme n'était requise en application des dispositions de l'article R. 425-29 du code de l'urbanisme et une demande d'autorisation d'enseigne a été transmise à la préfecture au titre du code de l'environnement ;

- l'aménagement intérieur du local ne peut être qualifié de changement de destination et n'était pas soumis à autorisation en application des dispositions du b) de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal et, par voie d'exception, l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal en ce que :

* il méconnaît les dispositions de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme ;

* l'interdiction est générale et absolue ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est illégal.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 2 juillet 2020 et le 15 juillet 2020, la commune d'Evian-les-Bains conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2021 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delattre, représentant l'agence BARNOUD SAS.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mai 2019, l'agence BARNOUD SAS a déposé une déclaration préalable portant sur la modification graphique d'une enseigne et la pose de vitrophanies sur un bâtiment, cadastré section AL n° 400, situé au 1 avenue Jean Léger sur le territoire de la commune d'Evian-les-Bains. Par un arrêté du 9 août 2019, le maire de la commune d'Evian-les-Bains s'est opposé à cette déclaration préalable aux motifs que " le projet induit l'aménagement d'une agence immobilière en lieu et place d'un commerce ", " par conséquent, la demande aurait également dû porter sur un changement de destination étant donné que, au regard des dispositions du PLU, il s'agit de transformer un commerce en activité de services ; en effet, dans le règlement du PLU, dans la liste des définitions figurant en annexe, il est précisé que " [parmi] les activités de services, on trouve les agences immobilières, les agences bancaires ou encore les cabinets d'assurance ". Au-delà du problème de forme, le projet ne respecte pas, quoiqu'il en soit, les dispositions de l'article UA 1 du règlement du PLU ". En outre, l'arrêté mentionne que " la modification de la devanture commerciale consiste en la pose de vitrophanies qui sont de nature, selon les termes de l'avis de M. l'architecte des bâtiments de France daté du 5 juin 2019, à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur des monuments historiques aux abords desquels est situé l'immeuble accueillant le projet ", que " en effet, M. l'architecte des bâtiments de France demande de " ne pas obstruer "[la devanture] par des panneaux en vitrophanie ni en support opaque " et enfin, que " la teinte de ces vitrophanies n'est pas appropriée à l'environnement existant ; par conséquent, le projet doit également être refusé en vertu des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dans la mesure où il porte atteinte par son aspect au caractère des lieux avoisinants ". Par la présente requête, l'agence BARNOUD SAS demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la modification graphique de l'enseigne existante :

2. Aux termes de l'article R. 425-29 du code de l'urbanisme : " L'installation de dispositifs de publicité, enseignes ou pré-enseignes, régie par les dispositions du chapitre Ier du titre VIII du livre V du code de l'environnement, est dispensée de déclaration préalable ou de permis de construire ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 581-2 du code de l'environnement : " Afin d'assurer la protection du cadre de vie, le présent chapitre fixe les règles applicables à la publicité, aux enseignes et aux préenseignes, visibles de toute voie ouverte à la circulation publique, au sens précisé par décret en Conseil d'État. Ses dispositions ne s'appliquent pas à la publicité, aux enseignes et aux préenseignes situées à l'intérieur d'un local, sauf si l'utilisation de celui-ci est principalement celle d'un support de publicité. ". Enfin, aux termes de l'article L. 581-3 du même code : " Au sens du présent chapitre :/ 1° Constitue une publicité, à l'exclusion des enseignes et des préenseignes, toute inscription, forme ou image, destinée à informer le public ou à attirer son attention, les dispositifs dont le principal objet est de recevoir lesdites inscriptions, formes ou images étant assimilées à des publicités; / 2° Constitue une enseigne toute inscription, forme ou image apposée sur un immeuble et relative à une activité qui s'y exerce; / 3° Constitue une préenseigne toute inscription, forme ou image indiquant la proximité d'un immeuble où s'exerce une activité déterminée. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'installation de dispositifs de publicité, enseignes ou pré-enseignes est régie par les dispositions du chapitre Ier du titre VIII du livre V du code de l'environnement, et n'entre ainsi pas dans le champ des dispositions au regard desquelles il appartient à l'autorité administrative de contrôler les demandes de déclaration préalable. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article R. 425-29 du code de l'urbanisme, la modification graphique de l'enseigne existante en tant que dispositif publicitaire était dispensée d'autorisation d'urbanisme. Par suite, le maire ne pouvait légalement s'y opposer.

En ce qui concerne la pose de vitrophanies sur les vitres de la façade du bâtiment :

4. D'une part, il ressort des dispositions précitées de l'article L. 581-2 du code de l'environnement citées au point 2 du présent jugement que les publicités et enseignes situées à l'intérieur d'un local n'entrent pas dans le champ d'application du chapitre 2 du livre V du même code visant à assurer la protection du cadre de vie, sauf dans l'hypothèse où le local est utilisé principalement comme un support de publicité.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies jointes au dossier de déclaration préalable, que le projet de l'agence BARNOUD SAS prévoit la pose de vitrophanies sur les vitrines de la façade du bâtiment et que le reste du local est dédié à l'activité de l'agence immobilière. Dès lors, ce local n'est pas utilisé principalement comme support de publicité. Dans ces conditions, la pose de vitrophanie n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 581-2 précité du code de l'environnement.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-13 du code de l'urbanisme : " Les travaux exécutés sur des constructions existantes sont dispensés de toute formalité au titre du code de l'urbanisme à l'exception : / a) Des travaux mentionnés aux articles R. 421-14 à R. 421-16, qui sont soumis a permis de construire ; / b) Des travaux mentionnés à l'article R. 421-17, qui doivent faire l'objet d'une déclaration préalable. / () / Les changements de destination ou sous-destination de ces constructions définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 sont soumis a permis de construire dans les cas prévus à l'article R. 421-14 et à déclaration préalable dans les cas prévus à l'article R. 421-17/ () / ". Aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis a permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / () c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / () Pour l'application du c du présent article, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal. " Aux termes de l'article R. 421-17 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis a permis de construire en application des articles R. 421-14 à R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : / a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement ; /b) Les changements de destination d'un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l'article R. 151-27; pour l'application du présent alinéa, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal et le contrôle des changements de destination ne porte pas sur les changements entre sous-destinations d'une même destination prévues à l'article R. 151-28 ; / c) Les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration, immeubles par nature ou effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure, au sens des articles 524 et 525 du code civil, lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par un plan de sauvegarde et de mise en valeur et, pendant la phase de mise à l'étude de ce plan, les travaux susceptibles de modifier l'état des parties intérieures du bâti situé à l'intérieur du périmètre d'étude de ce plan ; () "

7. Il ressort des pièces du dossier que la pose de vitrophanies à l'intérieur de la façade du bâtiment ne modifie aucunement les structures porteuses, la façade du bâtiment ou l'aspect extérieur du bâtiment au sens des dispositions de l'article R. 421-14 et de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article R. 421-13 du code de l'urbanisme, la poste de vitrophanie du projet litigieux était dispensée de toute formalité au titre du code de l'urbanisme. Par suite, le maire ne pouvait légalement s'y opposer.

En ce qui concerne le changement de destination :

8. Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme : " Les destinations de constructions sont : / () ; / 3° Commerce et activités de service ; / (). " Aux termes de l'articler R. 151-28 du code de l'urbanisme : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : / () / 3° Pour la destination " commerce et activités de service " : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, cinéma, hôtels, autres hébergements touristiques ; / () / "

9. En l'espèce, le maire de la commune d'Evian-les-Bains s'est opposé à la déclaration préalable litigieuse au motif que " le projet induit l'aménagement d'une agence immobilière en lieu et place d'un commerce ", " par conséquent, la demande aurait également dû porter sur un changement de destination étant donné que, au regard des dispositions du PLU, il s'agit de transformer un commerce en activité de services ; en effet, dans le règlement du PLU, dans la liste des définitions figurant en annexe, il est précisé que " [parmi] les activités de services, on trouve les agences immobilières, les agences bancaires ou encore les cabinets d'assurance ". Il est constant que les modalités d'occupation du local commercial en cause, que ce soit par un magasin de vêtements et jeux pour enfants ou une agence immobilière, relèvent de la même destination prévue au 3° de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme cité au point précédent. Contrairement à ce que fait valoir la commune, et dès lors qu'aucun changement de destination ne saurait ainsi être caractérisé, le projet de l'agence BARNOUD SAS n'entre pas dans le champ d'application du b) de l'article R. 421-17 du même code cité au point 6 du présent jugement, un changement entre sous-destinations au sein d'une même destination n'étant en lui-même soumis à aucune autorisation d'urbanisme. Par ailleurs, si la commune fait valoir que ce changement de sous-destination est illégal en application de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la modification simplifiée n°1 adoptée le 1er avril 2019, cette nouvelle version n'était, en tout état de cause, pas entrée en vigueur à la date des travaux en cause effectués. Par suite, est illégal le motif de la décision attaquée tiré de la nécessité pour l'agence BARNOUD SAS de déposer une déclaration préalable.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dès lors que le projet litigieux n'était soumis à aucune formalité préalable, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 9 août 2019 par lequel le maire de la commune d'Evian-les-Bains s'est opposé à la déclaration préalable de l'agence BARNOUD SAS portant sur la modification d'une devanture commerciale et le remplacement d'enseignes existantes sur un terrain situé au 1 avenue Jean Léger sur le territoire de la commune.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. En l'espèce, le projet de la société requérante n'était pas soumis à autorisation préalable. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire de la commune d'Evian-les-Bains de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'agence BARNOUD SAS, qui ne présente pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la commune d'Evian-les-Bains, et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Evian-les-Bains une somme globale de 1 500 euros à verser à l'agence BARNOUD SAS au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 août 2019 par lequel le maire de la commune d'Evian-les-Bains s'est opposé à la déclaration préalable de l'agence BARNOUD SAS portant sur la modification d'une devanture commerciale et le remplacement d'enseignes existantes sur un terrain situé au 1 avenue Jean Léger sur le territoire de la commune est annulé.

Article 2 : La commune d'Evian-les-Bains versera à l'agence BARNOUD SAS une somme globale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune d'Evian-les-Bains présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'agence BARNOUD SAS et à la commune d'Evian-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

P. A

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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