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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1907001

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1907001

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1907001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 octobre 2019 et le 18 juillet 2022 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. B, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Ofii de lui indiquer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un lieu d'hébergement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai et de procéder au versement de l'allocation due aux demandeurs d'asile, avec effet rétroactif au 27 novembre 2018, dans un délai de 48h jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, qui sera versée à Me Cans en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait et méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que contrairement à ce qu'a retenu l'Ofii, il a bien déposé sa demande d'asile dans le délai de 120 jours à compter de son entrée en France ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'il souffre de graves difficultés psychologiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 février 2021, la clôture d'instruction a été fixée à la même date.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, demande l'annulation de la décision du 16 avril 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code dans sa version applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / () / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ", soit un délai de cent vingt jours à compter de l'entrée en France.

3. Par la décision attaquée du 16 avril 2019, l'Ofii a refusé d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a déposé sa demande d'asile le 27 novembre 2018, plus de 120 jours après son entrée en France, sans motif légitime. Toutefois il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France le 1er décembre 2016, alors mineur, s'est rendu le 23 mars 2017 à la plateforme d'accueil des demandeurs d'asile, soit 111 jours plus tard, afin de déposer une demande d'asile et que les services de la préfecture ont été sollicités pour la nomination d'un administrateur ad hoc. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfecture aurait donné suite à cette demande.

4. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et méconnait les dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à en demander, pour ces motifs, l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Il ressort des pièces du dossier qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 6 novembre 2019, l'Ofii a versé à M. B l'allocation pour demandeur d'asile du 1er décembre 2019 au 31 juillet 2020. La demande d'asile de M. B ayant été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 juillet 2020, notifiée le 4 août suivant, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'Ofii de poursuivre le versement de cette allocation.

6. En revanche, M. B est fondé à soutenir qu'il aurait dû percevoir cette allocation à compter du 27 novembre 2018. Il y a lieu d'enjoindre à l'Ofii de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile du 27 novembre 2018 au 30 novembre 2019.

7. Enfin, la demande d'asile de M. B ayant été définitivement rejetée à la date du présent jugement, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'Ofii de lui proposer un lieu d'hébergement.

Sur les conclusions relatives aux frais de procès :

8. L'Etat n'étant pas partie dans la présente instance, les conclusions de M. B dirigées à son encontre au titre des frais de procès ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision attaquée est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser à M. B l'allocation pour demandeur d'asile du 27 novembre 2018 au 30 novembre 2019.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Cans et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président-rapporteur,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. A

L'assesseur le plus ancien,

S. Hamdouch La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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