mercredi 10 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-1907271 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | YVER |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant-dire droit n°1907271 du 31 décembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble a avant de statuer sur la requête présentée par M. A C enregistrée le 6 mars 2019 et tendant à l'annulation de la décision du 18 février 2019 par laquelle le ministre des armées a rejeté sa demande d'aggravation de pension militaire d'invalidité, ordonné une expertise médicale pour déterminer, en se plaçant au jour de l'enregistrement de la demande de révision de la pension, soit le 27 janvier 2017, le taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles de fulguration au niveau du membre supérieur gauche, atteinte fonctionnelle au niveau de la main gauche et atteinte sensitive non systématisable " et l'éventuelle infirmité " état de stress post-traumatique ".
Par une ordonnance du 20 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Grenoble a désigné les docteurs B et F en qualité d'experts.
Les docteurs F et B ont déposé respectivement leurs rapports d'expertise le 24 février 2022 et le 31 mars 2022.
M. C, représenté par Me Yver, a présenté des observations sur les rapports d'expertise qui ont été enregistrées le 10 mai 2022 et le 3 juin 2022 et maintient ses conclusions aux fins :
1°) d'annuler la décision du 18 février 2019 par laquelle le ministre des armées a rejeté sa demande d'aggravation de pension militaire d'invalidité ;
2°) de fixer son taux d'invalidité à 55% ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- le docteur B a fixé son taux d'incapacité concernant l'atteinte fonctionnelle au niveau de la main gauche à 35% ;
- le docteur F a fixé son taux d'incapacité concernant son état de stress post-traumatique à 20 % ;
- son taux global d'invalidité doit être fixé à 55%.
Par un mémoire enregistré le 23 mai 2022, le ministre des armées conclut à titre principal à ce que la pension militaire d'invalidité de M. C soit révisée dans le cadre de l'infirmité " séquelles de fulguration au niveau du membre supérieur gauche " au taux de 35% à compter du 27 janvier 2017 et au rejet du surplus de la requête, et à titre subsidiaire, à ce que son taux global d'invalidité soit fixé à 51,25% arrondi à 55%. Il soutient qu'il n'y a pas lieu de fixer un taux d'invalidité pour l'infirmité " état de stress post-traumatique ".
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2021.
Par une ordonnance du 20 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Le mémoire présenté par le ministre des armées et enregistré le 22 juin 2022 après la clôture d'instruction n'a pas été communiqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 27 avril 2022, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B à la somme de 2 066,65 euros et par le docteur F à la somme de 720 euros.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public,
- et les observations de Me Yver, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, retraité de la gendarmerie, est titulaire d'une pension militaire d'invalidité qui lui a été accordée le 8 janvier 2018 à effet du 1er mars 2016, au taux de 15%, suite à une décharge de foudre subie le 23 août 1995. Il a demandé le 27 janvier 2017 que le taux pour l'infirmité affectant son bras et sa main gauche soit majoré et que soient constatés ses droits au titre de deux infirmités nouvelles, " Troubles de la personnalité " et " Etat de stress post-traumatique ". Par une décision du 18 février 2019, le ministère des armées a refusé de réviser sa pension. M. C a demandé l'annulation de cette décision devant ce tribunal, lequel a, par un jugement avant-dire-droit du 31 décembre 2020 rejeté sa demande au titre de l'infirmité " troubles de la personnalité " et a ordonné deux expertises concernant les infirmités du bras et de la main gauche et l'état de stress post-traumatique. Les experts désignés ont déposé leurs rapports le 24 février 2022 et le 31 mars 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. "
3. Aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. /Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. "
4. Il résulte du rapport d'expertise du docteur B que M. C présentait à la date de sa demande de révision de la pension, soit le 27 janvier 2017, une infirmité du bras et de la main gauche pour un taux de 35%. Ce taux n'est pas contesté par le ministre des armées, de même que le lien de causalité entre cette infirmité et l'accident du 23 août 1995, et il convient par conséquent de le retenir.
5. Il résulte du rapport d'expertise du docteur F que M. C présentait à la date de sa demande de révision de la pension, un état de stress post-traumatique pour un taux de 20%. Si le ministre des armées ne conteste pas le lien de causalité entre l'état de stress post-traumatique et l'accident du 23 août 1995, il conteste l'existence au jour de la demande d'un état de stress post-traumatique. Toutefois, il n'assortit son affirmation d'aucun justificatif pertinent de nature à remettre en cause les conclusions de l'expert et il convient par conséquent de le retenir au taux de 20 % retenu par l'expert.
6. Aux termes de l'article L. 125-3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le taux de la pension définitive ou temporaire est fixé, dans chaque grade, jusqu'au taux de 100 %, par référence au taux d'invalidité apprécié de 5 en 5. / Quand l'invalidité est intermédiaire entre deux échelons, l'intéressé bénéficie du taux afférent à l'échelon supérieur. () ".
7. Aux termes de l'article L. 125-8 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 125-9, dans le cas d'infirmités multiples dont aucune n'entraîne une invalidité de 100 %, le taux d'invalidité est calculé ainsi qu'il suit : 1° Les infirmités sont classées par ordre décroissant de taux d'invalidité ; 2° L'infirmité la plus grave est prise en considération pour l'intégralité du taux qui lui est applicable ; 3° Le taux de chacune des infirmités supplémentaires est pris en considération proportionnellement à la validité restante ; 4° Quand l'infirmité principale entraîne une invalidité d'au moins 20 %, le taux d'invalidité de chacune des infirmités supplémentaires est majoré de 5, 10, 15 %, et ainsi de suite, suivant qu'elles occupent les deuxième, troisième, quatrième rangs dans la série décroissante de leur gravité. ".
8. L'infirmité la plus grave (infirmité du bras et de la main gauche) est de 35 %. La seconde infirmité (état de stress post-traumatique) est évaluée à un taux de 20 %, taux qui doit être majoré de 5 % en application de l'article L. 14 précité, soit un taux de 25 %. La validité restante après la première infirmité étant de 65 %, le taux d'invalidité en relation avec la seconde infirmité peut ainsi être évalué à 16,25 % (25 % x 65 %), ce qui aboutit à un taux d'invalidité de 51,25 %. Il résulte de l'instruction que ce taux d'invalidité étant intermédiaire entre deux échelons, M. C a par conséquent droit à une pension d'invalidité au taux global de 55 %.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 18 février 2019 et à ce qu'une pension militaire d'invalidité au taux global de 55% lui soit allouée à compter du 27 janvier 2017.
Sur les frais d'expertise :
10. Selon l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les dépens sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties.
11. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise, liquidés et taxés aux sommes de 720 euros et 2 066,65 euros, par une ordonnance du 27 avril 2022 à la charge définitive de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Yver, avocat de cette dernière, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement de 1 500 euros à Me Yver.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 18 février 2019 du ministre des armées est annulée.
Article 2 : Les droits à pension militaire d'invalidité de M. C au titre des infirmités " infirmité du bras et de la main gauche " et " état de stress post-traumatique " sont ouverts au taux d'invalidité fixé à 55 % à compter du 27 janvier 2017.
Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés par l'ordonnance susvisée du juge des référés du tribunal à une somme totale de 2 786,65 euros sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 4 : L'Etat versera à Me Yver une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Yver renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Yver et au ministre des armées.
Copie en sera transmise pour information aux Drs B et F, experts.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
M. D et Mme E, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2022.
La rapporteure,
AS. E
Le président,
J-P. WYSS
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun entre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026