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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1907697

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1907697

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1907697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDESCHAMPS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 novembre 2019, le 17 janvier 2021, le 24 mai 2021 et le 6 octobre 2021, Mme J B, Mme I L et M. H B, représentés par Me Deschamps, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le maire de Roussillon a rejeté leur demande de retirer le permis de construire PC 038 344 16 10012 accordé par arrêté du 29 septembre 2016 à M. et Mme E et le permis de construire modificatif PC 038 344 16 10012 M02 accordé par arrêté du 10 mai 2019 aux pétitionnaires ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2019 par lequel le maire de Roussillon a accordé à M. et Mme E le permis de construire modificatif PC 038 344 16 10012 M02 ;

3°) d'enjoindre au maire de Roussillon d'ordonner l'interruption des travaux et de procéder au retrait des permis de construire litigieux, de produire certaines pièces et d'ordonner avant dire droit une expertise judiciaire visant à constater le non-conformité des travaux de construction aux permis de construire ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Roussillon la somme de 1 200 euros à verser à chacun d'eux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des époux E la somme de 1 200 euros à verser à chacun d'eux sur le même fondement.

Les requérants soutiennent que :

- les permis de construire ayant été obtenus par la fraude, ils peuvent être retirés à tout moment, en application de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ils sont fondés à contester la décision du maire de Roussillon, lequel a refusé de retirer les permis de construire obtenus par la fraude ;

- la fraude est constituée par la circonstance que les pétitionnaires n'ont pas fait état de leur qualité dans leur demande de permis de construire, qu'ils n'ont pas fait appel à un architecte inscrit à l'ordre des architectes, comme l'exigent les prescriptions de l'article L. 431-3 du code de l'urbanisme et qu'ils ont donné des informations erronées qui ont trompé le service instructeur (implantation par rapport aux limites séparatives, hauteur maximale des constructions, surface habitable, ouvertures et abattage d'arbres ) ;

- le permis de construire modificatif, contre lequel ils ont intérêt à agir, est entaché de l'illégalité du permis de construire initial et de vices propres.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février 2020 et 24 février 2021, M. et Mme C E, représentés par la société d'avocats Ferraro, concluent au rejet de la requête, au besoin en faisant application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme E font valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir en application de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme contre le permis de construire modificatif ;

- la fraude n'est pas établie ; les moyens sont infondés.

Par des mémoires en défense enregistré le 15 janvier 2021 et le 5 juillet 2021, la commune de Roussillon, représentée par la société d'avocats Conseil Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Roussillon fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir contre le permis de construire modificatif ; les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 10 mai 2019 sont irrecevables ;

- la fraude n'est pas établie ; elle n'avait pas à retirer les permis de construire litigieux ;

- subsidiairement, aucun des moyens n'est fondé.

Par une lettre du 16 août 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 7 octobre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 6 décembre 2021.

Par lettre du 2 novembre 2022, le tribunal a demandé aux requérants qu'ils produisent, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la preuve de la notification de leur recours contentieux à l'auteur de la décision attaquée (portant refus de retrait du permis de construire initial) et au titulaire de l'autorisation en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme (CE, 27 septembre 2022, n° 456071, B).

Par lettre du 3 novembre 2022, les parties ont été informées de la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en ce qui concerne le défaut d'architecte pour une construction d'une surface supérieure à 150 m² et la méconnaissance de l'article Ud 11 "Aspect extérieur des constructions et

aménagement de leur abords" quant au volume de la construction.

La commune de Roussillon a présenté des observations, enregistrées le 7 novembre 2022, sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

M. et Mme E ont présenté des observations, enregistrées le 7 novembre 2022, sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Les consorts B ont présenté des observations, enregistrées le 7 novembre 2022, sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et ont transmis une pièce complémentaire.

Vu :

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Beytout,

- et les observations de Me Djeffal, pour la commune de Roussillon.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 septembre 2016, le maire de Roussillon a accordé à M. et Mme E un permis de construire n° PC 038 344 16 10012 pour la construction d'une maison d'habitation et d'un bâtiment à usage de stationnement sur les parcelles cadastrées section BM n° 173 et BM n° 174 (devenues BM n° 231, BM n° 232 et BM n° 236), sur le territoire communal, impasse de la Yette. Ce permis est devenu définitif. Les pétitionnaires ont entrepris les travaux de construction. Le maire de Roussillon a fait dresser un procès-verbal d'infraction et a pris un arrêté interruptif de travaux. Une première demande de permis de construire modificatif a été refusée par arrêté du 13 juin 2018. Par arrêté du 10 mai 2019, le maire de Roussillon a accordé aux pétitionnaires un permis de construire modificatif n° PC 038 344 16 10012 M02. Mme J B, Mme I L et M. H B, qui sont les propriétaires indivis de la parcelle voisine cadastrée section BM n°172, ont présenté des recours gracieux le 20 juillet 2019, reçus le 24 et le 27 juillet 2019, tendant à ce que les permis de construire accordés aux époux E soient retirés. Il n'a pas été répondu aux consorts B. Dans la présente instance, les consorts B demandent l'annulation des décisions implicites de rejet de leur demande de retrait des permis de construire litigieux et qu'il soit enjoint au maire de Roussillon de retirer les permis de construire litigieux et d'ordonner l'interruption des travaux réalisés en application de ces permis de construire, au besoin en diligentant une expertise judiciaire. Les requérants demandent également l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2019 délivrant aux pétitionnaires le permis de construire modificatif n° PC 038 344 16 10012 M02 et présentent des conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions en annulation du refus implicite de retrait des permis de construire :

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de cette décision. Passé ce délai, la décision de non-opposition ou le permis ne peuvent être retiré que sur demande explicite de leur bénéficiaire () ".

3. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait. Une telle fraude ne peut être constatée que s'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire s'est personnellement livré, à l'occasion de l'instruction de sa demande, à des manœuvres de nature à fausser l'appréciation de l'administration qui était saisie d'une demande de permis de construire, en application de la réglementation en vigueur.

En ce qui concerne la qualité des pétitionnaires :

4. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire () ". Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.

5. Il ressort des pièces du dossier que les époux E sont les propriétaires des parcelles section cadastrées BM n° 231, BM n° 232 et BM n° 236 sur lesquelles a été édifiée la construction litigieuse, depuis le 23 décembre 2016. Aucune disposition n'imposait qu'ils le soient le jour de l'octroi du permis de construire initial. En outre, la circonstance qu'ils seraient des professionnels de la construction est sans incidence sur la qualité pour demander et obtenir un permis de construire. Dès lors, il n'existe aucune fraude quant à la qualité des demandeurs du permis de construire initial et du permis de construire modificatif dont ils sont les bénéficiaires.

En ce qui concerne la nécessité de recourir à un architecte :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " () la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire ".

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme dans sa version applicable à la date de la demande de permis de construire initial, antérieure au 1er mars 2017 : " Conformément à l'article 1er du décret n° 77-190 du 3 mars 1977, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques ou les exploitations agricoles qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : a) Une construction à usage autre qu'agricole dont à la fois la surface de plancher et l'emprise au sol, au sens de l'article R. 420-1, de la partie de la construction constitutive de surface de plancher n'excèdent pas cent soixante-dix mètres carrés ()". Aux termes du même article R. 431-2, dans sa version en vigueur à la date de demande de permis de construire modificatif issue du décret n° 2016-1738 du 14 décembre 2016 : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques ou les exploitations agricoles qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés () Les demandeurs d'un permis de construire sont tenus de recourir à un architecte pour les projets de travaux sur construction existante conduisant soit la surface de plancher, soit l'emprise au sol de l'ensemble à dépasser l'un des plafonds fixés par le présent article. ". Il incombe à l'autorité investie du pouvoir réglementaire d'édicter, pour des motifs de sécurité juridique, les mesures transitoires qu'implique, s'il y a lieu, une réglementation nouvelle. Il en va ainsi en particulier lorsque l'application immédiate de celle-ci entraîne, au regard de l'objet et des effets de ses dispositions, une atteinte excessive aux intérêts publics ou privés en cause.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-14 du code de l'urbanisme : " () la surface de plancher de la construction s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 m, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment. () ". Aux termes de l'article R. 111-22 de ce code : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction :

() 4° Des surfaces de plancher aménagées en vue du stationnement des véhicules motorisés ou non () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire précise : () /f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ".

9. Les requérants soutiennent que la surface de plancher créée est supérieure à 170 m², telle qu'annoncée dans les dossiers de permis de construire successifs et qu'en conséquence, les époux E auraient dû faire appel à un architecte. Les pétitionnaires, qui ne contestent pas que les autorisations de construire ont été présentées sans qu'il ait été fait appel à un architecte, font valoir qu'ils n'y étaient pas tenus.

10. Premièrement, il ressort des pièces du dossier que les dossiers de permis de construire portent notamment sur la construction d'un garage d'une surface de 120,80 m², dans le permis de construire initial puis d'une surface de 114,50 m², dans le permis de construire modificatif n° 2. En application des dispositions L. 111-14 et R. 111-22 précitées du code de l'urbanisme, cette surface est déduite de la surface de plancher construite. Les requérants ajoutent qu'un seul emplacement de stationnement est prévu pour 112 m² et que la surface du garage représente environ 40 % de la surface totale construite, ce qui permet de déduire que la surface de plancher déclarée ne correspond pas aux dimensions réelles du projet et ce, depuis l'origine. Toutefois, la circonstance qu'un seul véhicule soit dessiné sur le plan de coupe figurant sur la notice descriptive ne suffit pas pour retenir que le garage ne comporte qu'un seul emplacement. En outre, et alors qu'aucune surface ou longueur maximale n'est instituée en zone Ud du plan local d'urbanisme communal pour la construction d'un garage, les requérants n'établissent pas que les 120,80 m², puis 114,50 m² de surface auraient une destination autre que celle d'un garage.

11. Deuxièmement, les requérants soutiennent que la surface de plancher est en réalité bien supérieure aux 169 m² annoncés dans les dossiers de permis de construire, d'environ 36 m², ce que le retrait de 3,85 m² dans le permis de construire initial, puis de 4,12 m² dans le permis de construire modificatif litigieux ne permet pas d'expliquer. Toutefois, contrairement à ce que prétendent les requérants, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de toiture et du plan de masse, que l'espace situé entre la maison d'habitation et le garage, d'une surface de 35,76 m² dans le permis de construire initial (9,29 m par 3,85m), portée à 41,90 m² dans le permis de construire modificatif n°2 (10,17 m par 4,12 m), n'est pas clos. Par conséquent, il n'a pas à être compté dans la surface de plancher. En outre, s'il est vrai que l'architecte mandaté par la commune de Roussillon, M. G, a constaté le 20 novembre 2017 sur la façade Nord que la maison avait une largeur de 23,98 m alors que le permis de construire initial mentionne une largeur de 23,55 m, soit une différence de 43 cm, celui-ci a précisé que les plans intérieurs définitifs pouvaient confirmer que la surface était respectée. En tout état de de cause, cette différence n'est pas de nature à constituer une fraude.

12. Il résulte des deux points précédents que la surface de plancher du projet de construction porte sur 169 m².

13. Dans ces conditions, d'une part, le permis de construire initial, dont la demande a été déposée avant le 1er mars 2017, pouvait être déposée sans recourir à un architecte. D'autre part, s'agissant de la demande de permis de construire modificatif n° 2, déposée postérieurement au 1er mars 2017, la surface de plancher est supérieure à la surface de 150 m² telle que fixée par l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à la date de dépôt du permis de construire modificatif n° 2, qui, en l'absence d'atteinte excessive aux intérêts publics ou privés en cause, est d'application immédiate. Elle aurait dû être déposée avec le recours à un architecte. Toutefois, et alors que la surface du projet de construction est demeurée inchangée, cette illégalité n'est pas constitutive d'une fraude.

En ce qui concerne la hauteur de la construction :

14. Aux termes du titre II - " Définitions réglementaires ou usuelles " du plan local d'urbanisme communal : " () La hauteur des constructions est mesurée en tout point du bâtiment à partir du sol naturel : - soit jusqu'au sommet de toiture (faîtage) () ; - soit à l'égout de toiture. La hauteur maximale est déterminée à l'article 10 de chaque zone mais aussi en fonction de la distance de la limite séparative () ". Aux termes de l'article Ud 10 du plan local d'urbanisme : " Hauteur maximale des constructions : La hauteur des constructions est mesurée en tout point du bâtiment à partir du niveau du terrain naturel avant travaux jusqu'à l'égout de toiture (). En secteur Ud : La hauteur maximale des constructions est limitée à 7 m. A cas de construction sur limite et jusqu'à 4 mètres de cette limite, la hauteur est limitée à 4 m au faîtage (). ".

15. Les requérants soutiennent que la hauteur de la construction est supérieure à 7 m et que, même si la commune de Roussillon a accordé un permis de construire modificatif, la hauteur demeure excessive, ce qui révèle une fraude de la part des pétitionnaires.

16. Il ressort des pièces du dossier et notamment du dossier de permis de construire que la hauteur de la construction, mesurée en tout point à partir du sol naturel jusqu'à l'égout de toiture, était de 5,87 m dans le permis de construire initial, ce qui était conforme aux dispositions du plan local d'urbanisme.

17. Toutefois, les constatations faites par l'architecte, M. G, à la demande de la commune de Roussillon, en cours d'exécution des travaux de construction avant la délivrance du permis de construire modificatif n° 2, ont permis d'établir que la hauteur effective de la construction était supérieure de près d'un mètre (0,9 m) de la hauteur maximale autorisée, du fait de la création d'un vide-sanitaire qui ne figurait pas dans la demande de permis de construire initial. Du permis de construire modificatif n° 2 qui a été délivré aux pétitionnaires, il ressort que la hauteur à l'égout de toiture est de 5,95 m, ce qui est inférieur à la hauteur maximale autorisée par les dispositions précitées de l'article Ud 10 du plan local d'urbanisme. Si les consorts B soutiennent que la limite de la hauteur autorisée a été dépassée du fait d'un remblaiement du terrain naturel par les pétitionnaires, ils ne l'établissent pas et cela ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des constatations faites par M. G. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les pétitionnaires ont commis une fraude quant à la hauteur de la construction.

En ce qui concerne l'abattage des arbres :

18. Les requérants soutiennent qu'il y a eu fraude en ce que les pétitionnaires ont abattu des essences, côtés Ouest et Sud de leur ténement, malgré un courrier de la commune du 27 juillet 2016 leur demandant que son caractère boisé soit préservé en application de l'article Ud 13 " Espaces libres, aires de jeux et de loisirs, plantations " du plan local d'urbanisme, ce qui aggrave selon eux potentiellement les risques de glissement de terrain. Il ressort des pièces du dossier et notamment, d'une part, du permis de construire initial et de son plan de masse qu'il comporte la mention " arbres conservés ", pour 5 spécimens, le long de l'allée permettant l'accès à la construction et, d'autre part, du permis de construire modificatif contesté, et plus précisément de son plan de masse, que de nombreuses espèces d'arbres y figurent sur l'ensemble du tènement. Aucune pièce du dossier ne permet de retenir que les pétitionnaires ont procédé à l'abattage d'arbres pour rendre réalisable leur projet de construction. Par suite, les requérants ne peuvent pas invoquer l'existence d'une fraude sur ce point.

En ce qui concerne l'implantation par rapport aux limites séparatives :

19. Les requérants soutiennent que les pétitionnaires, en produisant des documents et plans dont les cotes étaient fausses, ont entendu édifier leur projet de construction alors même qu'il ne respectait pas, en particulier, les limites séparatives fixées à au moins 4 m selon l'article Ud 7 du plan local d'urbanisme, évaluées selon eux à 2,72 m, ce qui leur cause de graves nuisances.

20. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des constatations effectuées par M. G, intervenu notamment le 20 novembre 2017, que " la distance de la construction à la limite Ouest du terrain est bien celle indiquée sur les plans, soit supérieure à 4 m ". Cette constatation et alors que l'implantation du projet sur le terrain n'a pas été modifiée ultérieurement à cette visite, permet de conclure à l'absence de fraude.

En ce qui concerne les ouvertures :

21. Les requérants soutiennent que la position des ouvertures ne correspond pas à la construction projetée. Il est vrai, ainsi que l'a relevé à plusieurs reprises l'architecte, M. G, que les ouvertures qui ont été pratiquées dans le projet de construction n'étaient pas conformes au permis de construire initial. Toutefois, ces vices étaient régularisables et il ressort du permis de construire modificatif qu'il autorise des ouvertures et entérine l'absence d'ouvertures telles qu'elles ont été constatées par l'expert. Par suite, les requérants n'établissent pas l'existence d'une fraude sur ce point.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation des décisions implicites de rejet de retrait des permis de construire accordés doivent être rejetées.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense quant au permis de construire modificatif :

23. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

24. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

25. Il ressort du permis de construire modificatif, délivré après que la commune de Roussillon a constaté que les pétitionnaires n'avaient pas respecté certaines dispositions du permis de construire initial, qu'il porte principalement sur la hauteur du projet de construction en litige et sur ses ouvertures. Dans ces conditions, compte tenu des dimensions importantes de la maison en litige et du fait qu'elle surplombe la propriété des consorts B, voisins immédiats du projet, ces derniers justifient d'un intérêt à agir contre l'arrêté du 10 mai 2019. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions en annulation du permis de construire modificatif :

En ce qui concerne la qualité des pétitionnaires :

26. Ainsi qu'il a été dit au point 5, les époux E pouvaient présenter une demande de permis de construire en application de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de leur absence de qualité doit être écarté.

En ce qui concerne la nécessité de recourir à un architecte :

27. Ainsi qu'il a été dit au point 13, le permis de construire modificatif n° 2 portant sur une surface de plancher supérieure à 150 m² a été délivré sans le recours à un architecte, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme applicables à la date de dépôt du permis de construire modificatif n° 2. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est fondé.

En ce qui concerne l'aggravation des risques par le permis de construire modificatif :

28. Aux termes de l'article Ud 11 du plan local d'urbanisme : " () Adaptation au site : Les constructions, les terrassements et l'aménagement de leurs abords () doivent s'intégrer au terrain naturel et à l'environnement dans lequel ils se réalisent. / Les terrassements non justifiés par la nature de la construction ou du terrain sont interdits. () ".

29. Le titre IX du plan local d'urbanisme précise que " La notion d'aléa faible suppose qu'il n'y a pas de risques pour la vie des personnes, ni pour la pérennité des biens. La protection de ces derniers peut être techniquement assurée par des mesures spécifiques, dont la mise en œuvre relève de la responsabilité du maitre d'ouvrage ".

30. Les requérants soutiennent que le permis de construire aggrave les risques que le projet de construction fait peser sur leur parcelle, en particulier au regard des remblaiements effectués en limite de parcelles voisine, de la surélévation de la construction et des risques de ruissellement du fait de l'écoulement erratique des eaux pluviales.

31. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet de construction se trouve hors du périmètre de l'aléa fgn, défini à l'article 7 du plan local d'urbanisme comme étant un " aléa faible de glissement de terrain ". Le risque fgn affecte uniquement la partie Nord du terrain d'assiette qui a une altimétrie plus importante que la partie Sud du terrain (altimétrie maximale de 213,48 au droit de l'accès du terrain et altimétrie minimale de 209,15 au Sud du terrain, selon le plan topo du 14 décembre 2017), sur laquelle est édifiée la construction. En outre, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, et notamment du permis de construire modificatif, qu'une cuve de rétention des eaux pluviales de 5 000 à 6 000 litres est prévue sur le terrain d'assiette, dont rien ne permet de retenir qu'elle ne permet pas de recevoir effectivement les eaux pluviales de la construction. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que des travaux de remblaiement ont été effectués sur le terrain d'assiette en plus de ce qu'impliquent normalement les travaux de construction qui ont été entrepris après la délivrance du permis de construire initial. Si une partie de la construction a été rehaussée du fait de la création d'un vide-sanitaire qui n'était pas prévu initialement, cette modification apportée au permis de construire initial ne suffit pas pour retenir l'existence d'un risque de glissement de terrain aggravé. Par suite, le moyen doit être écarté comme non fondé.

En ce qui concerne le volume des constructions :

32. Aux termes de l'article Ud 11 du plan local d'urbanisme : " Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords " : " Volume et aspect : Les constructions doivent présenter des volumes simples en évitant une trop grande complexité de volumes et de toitures () ".

33. Le permis de construire modificatif a eu pour effet de modifier le permis de construire initial, notamment en procédant à un décroché de la toiture de la maison d'habitation, en réponse aux préconisations de l'architecte, M. G, aux fins de respecter les règles maximales de hauteur. Si du fait de cette modification, la toiture du projet de construction n'est pas constituée d'un seul tenant, mais de deux éléments de toitures édifiés à des hauteurs différentes par rapport au niveau de l'égout de toiture, cette construction ne présente pas une trop grande complexité au sens des dispositions précitées de l'article Ud 11 précité. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les aires de stationnement :

34. Les requérants soutiennent que les dispositions de l'article Ud 12 " Aires de stationnement " du plan local d'urbanisme ont été méconnues. Toutefois, il ne ressort pas du permis de construire modificatif qu'il porte sur les aires de stationnement du projet de construction. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la desserte du terrain d'assiette par les voies publiques ou privée :

35. Les requérants soutiennent que les dispositions de l'article Ud 3 " Desserte des terrains par les voies publiques ou privées, accès aux voies ouvertes au public " du plan local d'urbanisme ont été méconnues. Toutefois, il ne ressort pas du permis de construire modificatif qu'il porte sur les conditions d'accès au terrain d'assiette, qui sont inchangées. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le périmètre de protection AC 1 :

36. Les requérants soutiennent que les pétitionnaires n'ont pas obtenu l'avis de l'architecte des bâtiments de France alors que leur projet de construction se trouve dans le périmètre des abords AC1 de protection du château de Roussillon, en méconnaissance des dispositions de l'article Ud 11 du plan local d'urbanisme. Toutefois, le permis de construire modificatif ne porte pas sur l'implantation du projet de construction par rapport au périmètre de protection AC1, dans lequel il ne se situe d'ailleurs pas. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté comme tel.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-1-5 du code de l'urbanisme :

37. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

38. Le vice mentionné au point 27 tenant à la méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme apparait régularisable. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de fixer aux bénéficiaires du permis de construire modificatif n° 2 un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire la ou les mesures de régularisation nécessaires.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis de construire modificatif n° 2, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à M. et Mme E et à la commune de Roussillon pour notifier au tribunal un permis de construire modificatif régularisant le vice retenu au point 27.

Article 2 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I L, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Roussillon et à M. et Mme C et D E.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

S. WEGNER

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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