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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1907873

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1907873

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1907873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2019, Mme A B, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 juin 2019 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil et la décision implicite du 26 septembre 2019 ayant rejeté son recours gracieux du 26 juillet 2019 ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 28 juin 2019 est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 744-8, 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- son âge et de son isolement caractérisent une situation de particulière vulnérabilité ;

- un motif légitime justifie qu'elle ait déposé sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France ;

- la décision implicite de rejet du 26 septembre 2019 méconnaît l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 22 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°36-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 26 septembre 1998, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 28 juin 2019. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressée a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 26 juillet 2019, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 26 septembre 2019. Par ailleurs, Mme B a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, le 3 décembre 2019, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance du 17 décembre 2019, le juge des référés a ordonné la suspension de la décision du 28 juin 2019 par laquelle l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation, d'une part, de la décision du 28 juin 2019 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, d'autre part, de la décision implicite du 26 septembre 2019 rejetant son recours gracieux présenté le 26 juillet 2019.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 août 2020. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 28 juin 2019 :

3. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date d'enregistrement de la demande d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code, alors en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; / 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; / 3° En cas de fraude. ".

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B par une décision du 28 juin 2019 sans énoncer le motif sur lequel ce refus était fondé. Si la décision attaquée vise les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune des cases relatives à l'énonciation littérale des différents motifs de refus n'était cochée, ce qui n'a pas permis à l'intéressée d'avoir connaissance du motif pour lequel sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil avait fait l'objet d'un refus. Dans ces conditions, l'OFII a entaché la décision attaquée d'insuffisance de motivation et méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 28 juin 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 26 septembre 2019 :

6. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 du présent jugement que la décision du 26 septembre 2019, par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a implicitement rejeté le recours gracieux de Mme B doit être annulée par voie de conséquence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Sauf changement dans la situation de droit ou de fait de Mme B, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de l'intéressée quant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et de prendre une nouvelle décision en tenant compte des motifs du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Les conclusions étant dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie à l'instance, elles ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.

Article 2 : La décision du 28 juin 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé d'accorder à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : La décision du 26 septembre 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a implicitement rejeté le recours gracieux présenté par Mme B le 26 juillet 2019, est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme B et de prendre une décision dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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