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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1908276

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1908276

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1908276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPINTO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I / Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 1908276 le 20 décembre 2019 et le 22 décembre 2021, M. H C, représenté par Me Pinto, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 19 novembre 2018 pour un montant de 10 000 euros ;

2°) d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 6 novembre 2019 pour un montant de 11 000 euros ;

3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 11 000 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 2 000 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre de perception a été émis par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas signé ;

- il ne mentionne pas les bases de liquidation ;

- la créance afférente ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- la créance correspond à une sanction financière qui lui a été irrégulièrement infligée ;

- la sanction financière lui a été infligée en violation des droits de la défense ;

- le montant de la pénalité financière est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère indique s'en remettre à la décision à intervenir du tribunal quant à la régularité du titre de perception contesté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est du 26 juin 2017 étant devenue définitive, M. C n'est pas recevable à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette délibération au soutien de ses conclusions dirigées contre le titre de perception émis le 19 novembre 2018.

Une réponse au moyen d'ordre public présentée pour M. C a été enregistrée le 21 octobre 2022.

II / Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2004535 le 7 août 2020 et le 2 septembre 2020, M. H C, représenté par Me Pinto, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle rejetant tacitement son recours préalable obligatoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle a expressément rejeté son recours préalable obligatoire ;

3°) de prononcer la décharge de la sanction financière qui lui a été infligée à hauteur de 10 000 euros, subsidiairement de la réduire à la somme de 1 000 euros ;

4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- il a été privé de la possibilité d'exercer ses droits de la défense devant la commission locale d'agrément et de contrôle ;

- le procureur de la République n'a pas été régulièrement informé des opérations de contrôle effectuées tant sur le chantier à Lyon qu'au siège de la société SFS ;

- la société en charge des travaux du chantier contrôlé n'a pas été informée de la possibilité de s'opposer à la visite des lieux ;

- le contrôleur du Conseil national des activités privées de sécurité a eu un comportement déloyal pour procéder à son audition ;

- le compte-rendu de contrôle dénature les propos tenus, lors de son audition, par l'agent de la société SFS ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que les investigations menées concernaient seulement la société SFS et non son dirigeant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant aux motifs qui ont été retenus pour lui infliger la sanction litigieuse ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, les dispositions de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure excluant qu'une pénalité financière puisse être infligée à un gérant de société salarié ;

- la sanction financière qui lui a été infligée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité, représentée par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive, le recours préalable obligatoire ayant été exercé plus d'un an et demi après la notification de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au jour même en application des articles R. 611-1-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de commerce ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,

- les observations de Me Pinto, représentant M. C, et celles de Me Punzano, représentant le Conseil national des activités privées de sécurité.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL société française de services (SFS), dont M. C était l'un des gérants, a fait l'objet, le 6 décembre 2016, d'une procédure de contrôle par la délégation territoriale Sud-Est du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). A l'issue du contrôle, le directeur du CNAPS a engagé une action disciplinaire à l'encontre de M. C et, par une délibération du 26 juin 2017, la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Sud-Est a prononcé à son encontre une interdiction temporaire d'exercer une activité de surveillance, de sécurité ou de gardiennage pendant une durée d'un an et lui a infligé une sanction financière d'un montant de 10 000 euros. Le 19 novembre 2018, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère a notifié à M. C un titre de perception d'un montant de 10 000 euros. Puis, par un courrier en date du 6 novembre 2019, le directeur départemental des finances publiques l'a informé procéder à une saisie administrative à tiers détenteur pour le montant du titre de perception non réglé, soit la somme de 10 000 euros, assortie d'une majoration de 1 000 euros. Par un courrier du 22 janvier 2019, M. C a adressé une contestation préalable au directeur départemental des finances publiques de l'Isère. Par une requête enregistrée sous le n° 1908276, M. C demande au tribunal d'annuler le titre de perception du 19 novembre 2018 ainsi que l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en date du 6 novembre 2019 et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 11 000 euros. Par ailleurs, par un courrier du 30 décembre 2019, l'intéressé a formé auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) un recours administratif préalable à l'encontre de la délibération du 26 juin 2017 de la CLAC. Son recours a été rejeté par la CNAC, tacitement le 1er mars 2020, puis par une décision expresse du 20 juillet 2020. M. C, sous la requête n° 2004535, demande au tribunal d'annuler les décisions du 1er mars 2020 et du 20 juillet 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 1908276 et n° 2004535 concernent la situation du même requérant, se rapportent à la même procédure administrative et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 2004535 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la CNAC du 1er mars 2020 :

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du 1er mars 2020 doivent être regardées comme tendant, en réalité, à l'annulation de la décision du 20 juillet 2020 par laquelle la CNAC a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire présenté par M. C.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision de la CNAC du 20 juillet 2020 :

S'agissant de la fin de non-recevoir opposée en défense :

5. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. " Aux termes de l'article R. 632-11 du même code, alors en vigueur : " La Commission nationale d'agrément et de contrôle : () / 2° Statue sur les recours administratifs préalables formés à l'encontre des décisions des commissions régionales et interrégionales, sur le fondement de l'article L. 633-3. " Aux termes de l'article R. 633-9 de ce code, alors en vigueur : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle. "

6. Il résulte de ces dispositions que la saisine de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité, préalable obligatoire à l'exercice de tout recours contentieux à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle à peine d'irrecevabilité de ce dernier, est seule de nature à conserver le délai de recours contentieux.

7. Il résulte de l'instruction que la délibération du 26 juin 2017 de la CLAC Sud-Est a été notifiée à M. C le 19 juillet 2017 et retournée à l'administration avec la mention " pli avisé et non retiré ". M. C a saisi la CNAC le 30 décembre 2019 d'un recours préalable obligatoire à l'encontre de la délibération du 26 juin 2017. Par une délibération du 20 juillet 2020, la CNAC, après avoir constaté que le recours préalable avait été formé par l'intéressé hors du délai de deux mois courant à compter de la notification de la décision de la commission locale, a rejeté comme étant irrecevable le recours.

8. M. C soutient que la délibération du 26 juin 2017 lui a été irrégulièrement notifiée dès lors qu'elle a été envoyée à l'adresse de sa société, à Saint-Egrève, laquelle était liquidée depuis le 28 février 2017 et que son nom ne figurait plus sur la boîte aux lettres, sur laquelle était uniquement indiqué le nom de son ancien associé, M. B, avec lequel il était en conflit. Il ressort des pièces du dossier que le CNAPS avait connaissance, d'une part, de l'adresse personnelle de M. C qui était notamment mentionnée sur l'extrait K-bis du registre du commerce et des sociétés de la SARL SFS consulté lors des opérations de contrôle, d'autre part, que ladite société était liquidée dans la mesure où la délibération de la CLAC du 26 juin 2017 mentionne expressément que " la société a fait l'objet d'une dissolution anticipée en date du 17 janvier 2017 ". Par suite, il appartenait au CNAPS, s'agissant d'une sanction infligée à une personne physique en sa qualité de gérant d'une société liquidée, de la notifier à l'adresse personnelle de l'intéressé. Si le CNAPS fait valoir en défense que l'accusé de réception du courrier envoyé à M. C à l'adresse de son ancienne société a été retournée avec la mention " pli avisé et non réclamé " et non avec la mention " inconnu à l'adresse indiquée ", d'une part ce pli a été adressé à M. C " chez M. G A ", d'autre part le requérant fait valoir des circonstances particulières permettant de douter qu'il ait été effectivement destinataire de l'avis de passage l'avisant de la mise en instance du courrier recommandé. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir que la délibération de la CLAC Sud-Est ne lui a pas été régulièrement notifiée et, par conséquent, que son recours administratif préalable formé devant la CNAC le 30 décembre 2019 n'était pas tardif. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par le CNAPS doit être écartée.

S'agissant de la légalité de la décision de la CNAC du 20 juillet 2020 :

9. En premier lieu, selon les dispositions déjà citées au point 5 de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 632-10 du même code : " Un vice-président, chargé de suppléer le président en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci et d'assurer l'intérim en cas de vacance momentanée du poste de président, est élu dans les mêmes conditions ". Il résulte de ces dispositions que les décisions prises sur recours administratif préalable à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle relèvent de la compétence de la commission nationale d'agrément et de contrôle, le président ou le vice-président de la commission se bornant à authentifier ces décisions par leur signature, sans qu'il leur soit nécessaire de justifier à cette fin d'une délégation de signature régulièrement publiée.

10. Il résulte de l'instruction que la décision en litige a été adoptée par le collège de la CNAC lors d'une délibération du 20 juillet 2020, dont le relevé a été signé par M. D F, vice-président de la commission, " pour la Commission nationale d'agrément et de contrôle, pour le président empêché ". Il résulte de ce qui précède qu'il y était habilité par sa seule nomination en sa qualité de vice-président, qui n'est pas contestée, sans qu'il lui soit nécessaire de disposer à cette fin d'une délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte notamment des dispositions de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction alors en vigueur, que les " pénalités sont prononcées dans le respect des droits de la défense ".

12. M. C soutient qu'il a été privé de la possibilité d'exercer ses droits de la défense en l'absence de convocation régulière devant la CLAC qui s'est réunie le 29 mai 2017. Toutefois, il est constant qu'il a été régulièrement convoqué et invité à se présenter devant la CNAC qui s'est réunie le 18 juin 2020 pour examiner son recours administratif et qu'il a produit à l'attention de la commission des observations écrites les 15 et 17 juin 2020. Dans ces circonstances, et à supposer même que M. C n'ait pas été régulièrement convoqué devant la CLAC, il n'a été privé d'aucune garantie dès lors qu'il a pu pleinement exercer ses droits de la défense lors de l'examen de son recours préalable devant la CNAC, dont la décision du 20 juillet 2020 s'est substituée à celle de la CLAC en date du 26 juin 2017. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 634-1 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur : " Les membres et les agents du Conseil national des activités privées de sécurité ainsi que les membres des commissions d'agrément et de contrôle assurent le contrôle des personnes exerçant les activités mentionnées aux titres Ier, II et II bis. Ils peuvent, pour l'exercice de leurs missions, accéder aux locaux à usage professionnel de l'employeur, du donneur d'ordres ou du prestataire de formation, à l'exclusion des locaux affectés au domicile privé, ainsi qu'à tout site d'intervention des agents exerçant les activités mentionnées aux mêmes titres Ier et II, en présence de l'occupant des lieux ou de son représentant. Le procureur de la République territorialement compétent en est préalablement informé ". Aux termes de l'article L. 634-2 du même code : " En cas d'opposition du responsable des lieux ou de son représentant, la visite ne peut se dérouler qu'avec l'autorisation du juge des libertés et de la détention statuant au siège du tribunal de grande instance dans le ressort duquel sont situés les locaux à visiter. / Ce magistrat est saisi à la requête du président de la Commission nationale ou de la commission d'agrément et de contrôle territorialement compétente. Il statue par une ordonnance motivée, conformément aux dispositions des articles 493 à 498 du code de procédure civile. La procédure est sans représentation obligatoire. / La visite s'effectue sous l'autorité et le contrôle du juge qui l'a autorisée. Celui-ci peut se rendre dans les locaux durant l'intervention. A tout moment, il peut décider de l'arrêt ou de la suspension de la visite. / Le responsable des lieux ou son représentant est informé de la faculté de refuser cette visite et du fait qu'en ce cas elle ne peut intervenir qu'avec l'autorisation du juge des libertés et de la détention. ".

14. Il résulte de l'instruction, d'une part, que le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lyon a été informé, le 6 décembre 2016, à 9 heures 49, du contrôle par les agents de la direction territoriale Sud-Est du CNAPS, le même jour, des activités de gardiennage exercées par société SFS sur un chantier de construction à Lyon, d'autre part, que ce contrôle a effectivement eu lieu vers 15 heures 50. Aussi, contrairement à ce que soutient M. C, le procureur de la République a bien été informé par le CNAPS préalablement aux opérations de contrôle. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que l'information faite au procureur de la République, le 6 décembre 2016, ne mentionne pas le contrôle effectué ensuite le 12 décembre 2016 au siège de la société SFS à Saint-Egrève, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 634-2 du code de la sécurité intérieure, les garanties tenant aux conditions dans lesquelles les opérations de contrôle sur site sont effectuées sont assurées par le juge des libertés et de la détention. Enfin, la société SFS n'étant pas responsable du chantier contrôlé le 6 décembre 2016 par la direction Sud-Est du CNAPS, le requérant ne peut utilement soutenir que la société en charge des travaux de construction, à savoir la société Fontanel, n'aurait pas été informée de la possibilité de s'opposer à cette visite, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 634-2 du code de la sécurité intérieure. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

15. En quatrième lieu, aucun texte ni principe n'obligeait l'agent de contrôle de la direction du Sud-Est du CNAPS à informer préalablement M. C de son souhait de l'auditionner lors d'un rendez-vous qui devait se tenir dans les locaux de la société en charge du chantier de construction. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le rédacteur du compte-rendu de contrôle ait dénaturé les propos tenus, lors de son audition, par l'agent de la société SFS. Ces moyens ne peuvent donc qu'être écartés.

16. En cinquième lieu, M. C soutient que la procédure qui a conduit aux sanctions qui lui ont été infligées est entachée d'irrégularité, dès lors que les investigations conduites par la direction Sud-Est du CNAPS ne le concernaient pas directement mais seulement la société SFS. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C est l'un des associés et gérants de cette société et qu'il a été mis en cause en cette qualité lors de la procédure litigieuse. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la procédure n'a été diligentée qu'à l'encontre de la société SFS.

17. En sixième lieu, aux termes l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur : " Tout manquement aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques applicables aux activités privées de sécurité peut donner lieu à sanction disciplinaire. Le Conseil national des activités privées de sécurité ne peut être saisi de faits remontant à plus de trois ans s'il n'a été fait aucun acte tendant à leur recherche, leur constatation ou leur sanction. / Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis sont, compte tenu de la gravité des faits reprochés : l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder cinq ans. En outre, les personnes morales et les personnes physiques non salariées peuvent se voir infliger des pénalités financières. Le montant des pénalités financières est fonction de la gravité des manquements commis et, le cas échéant, en relation avec les avantages tirés du manquement, sans pouvoir excéder 150 000 €. Ces pénalités sont prononcées dans le respect des droits de la défense ".

18. Par ailleurs, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

19. Si la décision de la CNAC du 20 juillet 2020 rejette, à tort comme il a été dit au point 5 à 8, le recours préalable de M. C au motif de son irrecevabilité sans examiner le bien-fondé des poursuites disciplinaires engagées à son encontre, il ressort toutefois des écritures en défense que le CNAPS s'est approprié les motifs retenus par la CLAC Sud-Est pour sanctionner le requérant et que la commission nationale aurait pris la même décision que la commission locale si elle avait examiné le recours préalable au fond. Le requérant ayant été mis à même de présenter ses observations sur les motifs ayant justifié la sanction, il y a lieu de les substituer au motif d'irrecevabilité sur le fondement duquel a été pris la décision du 20 juillet 2020.

20. Ainsi, pour justifier qu'une sanction disciplinaire soit infligée à M. C, le CNAPS fait valoir que ni la société SFS, ni son gérant, ne disposaient des autorisations nécessaires à l'exercice d'une activité privée de sécurité, que la société employait un agent sans carte professionnelle propre à une entreprise de sécurité, enfin que l'intéressé a eu un comportement déloyal vis-à-vis de l'administration en faisant obstacle au bon déroulement du contrôle de sa société.

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. ". Et aux termes de l'article L. 612-9 du même code : " L'exercice d'une activité mentionnée à l'article L. 611-1 est subordonné à une autorisation distincte pour l'établissement principal et pour chaque établissement secondaire ". M. C, qui se borne à soutenir que les manquements retenus par la CNAC ne couvrent que la période courant entre le 21 octobre 2015 et le 6 décembre 2016, ne conteste pas qu'il était dépourvu de l'agrément prévu aux dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure pour diriger la société SFS, ni que cette dernière ne disposait pas de l'autorisation nécessaire à l'exercice d'activités privées de sécurité et de gardiennage. Ces seuls motifs justifiaient que M. C fasse l'objet de sanctions disciplinaires sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

22. En septième lieu, M. C se prévaut de sa qualité de gérant salarié de la SARL SFS, alors que les dispositions précitées de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure ne permettent pas d'infliger une amende à un salarié. Toutefois, si les dispositions de l'article L. 311-3 du code de la sécurité sociale assimilent le gérant d'une SARL à un salarié, ce n'est qu'au regard de la législation sociale, alors que les dispositions de l'article L. 233-18 du code de commerce, quant à elles, investissent le gérant d'une SARL " des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société ". Par suite, compte tenu des pouvoirs étendus du gérant d'une SARL dans la direction de l'entreprise, c'est sans commettre d'erreur de droit que le CNAPS a infligé à M. C une sanction pécuniaire en sa qualité d'ancien gérant de la SARL SFS.

23. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le contrôle dont ont fait l'objet M. C et la SARL SFS par les agents du service de contrôle du CNAPS a mis en évidence divers manquements aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques relatifs aux activités privées de sécurité. En particulier, a été relevé le fait que l'intéressé n'était pas titulaire de l'agrément prévu aux dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure pour diriger la société SFS et que cette dernière ne disposait pas de l'autorisation nécessaire à l'exercice d'activités privées de sécurité et de gardiennage. Comme il a été dit au point 21 ces faits sont établis et constitutifs de manquements au code de la sécurité intérieure. Dès lors, et quand bien même les manquements retenus n'ont été constatés que pour une année, la sanction d'interdiction temporaire d'un an d'exercer toute activité privée de sécurité et la pénalité financière infligée de 10 000 euros sont proportionnées à la gravité des faits reprochés.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la CNAC du 20 juillet 2020.

Sur la requête n° 1908276 :

25. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Il en résulte que l'administration qui met en recouvrement un état exécutoire doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

26. Le titre de perception attaqué comporte la mention " délibération n° DD/CLAC/SE/N°1/2017/05/29 du 26 juin 2017 au titre des pénalités financières prévues à l'article L. 634-4 du CSI " et précise le montant de la somme à payer, à savoir 10 000 euros. Si cette mention est succincte, comme le soutient le requérant, il résulte également de l'instruction, notamment de ce qui a été dit au point 8, que la délibération de la CLAC du 26 juin 2017, sur le fondement de laquelle le titre litigieux a été émis, n'a pas été régulièrement notifiée à M. C, alors même qu'elle a été retournée à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces circonstances, dès lors que l'intéressé n'était pas en mesure d'identifier avec certitude les bases légales de liquidation de la créance dont le paiement lui était demandé, l'état exécutoire contesté ne peut être regardé comme régulièrement motivé.

27. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le titre de perception émis le 19 novembre 2018 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 novembre 2019. L'annulation du titre de perception emporte nécessairement la décharge de la majoration de 10 %, soit 1 000 euros, correspondant aux frais de recouvrement pour défaut de paiement de l'amende. En revanche, compte tenu du motif d'annulation, le requérant n'est pas fondé à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 000 euros correspondant au montant de l'amende qui, comme il a été dit, est par ailleurs fondée.

Sur les frais liés au litige :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 19 novembre 2018 et l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 novembre 2019 sont annulés.

Article 2 : M. C est déchargé de l'obligation de payer la majoration de 1 000 euros mise à sa charge par l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 6 novembre 2019.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du Conseil national des activités privées de sécurité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, au Conseil national des activités privées de sécurité et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

Mme ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2004535

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