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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-1908330

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-1908330

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-1908330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET MEROTTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 décembre 2019 et 29 juin 2021, le GFA du Petit Arve, représenté par Me Merotto, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 14 octobre 2019 par laquelle le conseil municipal d'Etrembières a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Etrembières une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le dossier soumis à enquête publique ne comportait ni une note de présentation ni un bilan de la concertation, en méconnaissance de l'article R. 123-8 du code de l'environnement ;

- il n'est pas justifié du respect par l'arrêté prescrivant l'enquête publique des dispositions de l'article R. 123-13 du code de l'environnement ;

- il n'est pas justifié du respect par l'avis d'enquête publique des dispositions de l'article R. 123-14 du code de l'environnement;

- la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme n'a pas été transmise au centre national de propriété forestière, en méconnaissance de l'article R. 130-20 du code de l'urbanisme ;

- la suppression de l'OAP du chemin de l'Arve et de l'OAP les Iles initialement prévues, qui ne procède pas de l'enquête publique et porte atteinte à l'économie générale du document d'urbanisme, aurait dû faire l'objet d'une nouvelle enquête publique ;

- le classement en zone agricole de l'ensemble de ses parcelles devant initialement être classées en zone AU est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 mai 2021 et le 12 juillet 2021, la commune d'Etrembières, représentée par Me Duraz, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et demande au tribunal de mettre à la charge du GFA du Petit Arve une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- les conclusions de Mme Bedelet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tourt pour le GFA du Petit Arve, et de Me Duraz, avocate de la commune d'Etrembières.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 11 juin 2012, le conseil municipal d'Etrembières a prescrit la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Le projet de plan local d'urbanisme a été arrêté par une délibération du 11 juin 2018 et soumis à enquête publique du 23 avril 2019 au 31 mai 2019. Par une délibération du 14 octobre 2019, le conseil municipal de la commune d'Etrembières a adopté le plan local d'urbanisme de la commune. Par la présente requête, le GFA du Petit Arve en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 130-20 du code de l'urbanisme applicable à la date de la délibération du 11 juin 2012 prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme de la commune : " Le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale informe le Centre national de la propriété forestière des décisions prescrivant l'établissement du plan local d'urbanisme ou du document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que de classements d'espaces boisés intervenus en application du premier alinéa de l'article L. 130-1 du code de l'urbanisme ".

3. En l'espèce, le GFA du Petit Arve soutient sans être sérieusement contesté que la délibération du 11 juin 2012 prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme n'a pas été transmise au centre national de la propriété forestière. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la délibération du 11 juin 2018 arrêtant le projet de plan local d'urbanisme a été transmise au centre national de la propriété forestière par courrier du 29 juin 2018. Dans ces conditions, et à supposer que la délibération initiale n'ait pas été transmise, ce défaut de transmission n'a pu, en tout état de cause, avoir une quelconque incidence sur le sens de la délibération approuvant finalement le plan local d'urbanisme.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme applicable à la date de l'enquête publique : " I - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté les informations mentionnées à l'article L. 123-10, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et après concertation avec le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête. Cet arrêté précise notamment : / 1° Concernant l'objet de l'enquête, les caractéristiques principales du projet, plan ou programme ainsi que l'identité de la ou des personnes responsables du projet, plan ou programme ou de l'autorité auprès de laquelle des informations peuvent être demandées ; / 2° En cas de pluralité de lieux d'enquête, le siège de l'enquête, où toute correspondance postale relative à l'enquête peut être adressée au commissaire enquêteur ou au président de la commission d'enquête ; / 3° L'adresse du site internet comportant un registre dématérialisé sécurisé auxquelles le public peut transmettre ses observations et propositions pendant la durée de l'enquête. En l'absence de registre dématérialisé, l'arrêté indique l'adresse électronique à laquelle le public peut transmettre ses observations et propositions ; / 4° Les lieux, jours et heures où le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête, représentée par un ou plusieurs de ses membres, se tiendra à la disposition du public pour recevoir ses observations ; / 5° Le cas échéant, la date et le lieu des réunions d'information et d'échange envisagées ; / 6° La durée, le ou les lieux, ainsi que le ou les sites internet où à l'issue de l'enquête, le public pourra consulter le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête ; / 7° L'information selon laquelle, le cas échéant, le dossier d'enquête publique est transmis à un autre Etat, membre de l'Union européenne ou partie à la convention sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement dans un contexte transfrontière, signée à Espoo le 25 février 1991, sur le territoire duquel le projet est susceptible d'avoir des incidences notables ; / 8° L'arrêté d'ouverture de l'enquête précise, s'il y a lieu, les coordonnées de chaque maître d'ouvrage ou de la personne publique responsable des différents éléments du ou des projets, plans ou programmes soumis à enquête. () ".

5. En l'espèce, l'arrêté du 29 mars 2019 prescrivant l'ouverture de l'enquête publique comporte toutes les informations requises par les dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 123-11 du code de l'urbanisme applicable à la date de l'enquête publique : " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. Pour les projets d'importance nationale et les plans et programmes de niveau national, cet avis est, en outre, publié dans deux journaux à diffusion nationale quinze jours au moins avant le début de l'enquête () ".

7. En l'espèce, l'avis d'enquête publique comporte toutes les informations requises par les dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 123-11 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 123-8 du code de l'environnement applicable à la date de l'enquête publique : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : / 1° Lorsqu'ils sont requis, l'étude d'impact et son résumé non technique, le rapport sur les incidences environnementales et son résumé non technique, et, le cas échéant, la décision prise après un examen au cas par cas par l'autorité environnementale mentionnée au IV de l'article L. 122-1 ou à l'article L. 122-4, ainsi que l'avis de l'autorité environnementale mentionné au III de l'article L. 122-1 et à l'article L. 122-7 du présent code ou à l'article L. 104-6 du code de l'urbanisme ; / 2° En l'absence d'évaluation environnementale le cas échéant, la décision prise après un d'examen au cas par cas par l'autorité environnementale ne soumettant pas le projet, plan ou programme à évaluation environnementale et, lorsqu'elle est requise, l'étude d'incidence environnementale mentionnée à l'article L. 181-8 et son résumé non technique, une note de présentation précisant les coordonnées du maître d'ouvrage ou de la personne publique responsable du projet, plan ou programme, l'objet de l'enquête, les caractéristiques les plus importantes du projet, plan ou programme et présentant un résumé des principales raisons pour lesquelles, notamment du point de vue de l'environnement, le projet, plan ou programme soumis à enquête a été retenu ; / 3° La mention des textes qui régissent l'enquête publique en cause et l'indication de la façon dont cette enquête s'insère dans la procédure administrative relative au projet, plan ou programme considéré, ainsi que la ou les décisions pouvant être adoptées au terme de l'enquête et les autorités compétentes pour prendre la décision d'autorisation ou d'approbation ; / 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme ; / 5° Le bilan de la procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, de la concertation préalable définie à l'article L. 121-16 ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision. Il comprend également l'acte prévu à l'article L. 121-13. Lorsque aucun débat public ou lorsque aucune concertation préalable n'a eu lieu, le dossier le mentionne ; / 6° La mention des autres autorisations nécessaires pour réaliser le projet dont le ou les maîtres d'ouvrage ont connaissance. / L'autorité administrative compétente disjoint du dossier soumis à l'enquête et aux consultations prévues ci-après les informations dont la divulgation est susceptible de porter atteinte aux intérêts mentionnés au I de l'article L. 124-4 et au II de l'article L. 124-5 ".

9. Le GFA du Petit Arve soutient que le dossier soumis à enquête publique ne comportait ni une note de présentation ni le bilan de la concertation. D'une part, dans la mesure où le projet de plan local d'urbanisme a fait l'objet d'une évaluation environnementale, il résulte des dispositions précitées qu'une note de présentation n'était pas requise. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du commissaire enquêteur, que le dossier soumis à enquête publique comportait le bilan de la concertation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / () / 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8 ". Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan d'occupation des sols après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

11. Le GFA du Petit Arve soutient que la suppression de l'orientation d'aménagement et de programmation du chemin de l'Arve et la suppression de l'orientation d'aménagement et de programmation des Iles ne procèdent pas de l'enquête publique et remettent en cause l'économie générale du projet. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, d'une part, dans leurs avis respectifs, tant le syndicat mixte d'aménagement de l'Arve et de ses affluents, que la chambre d'agriculture ou les services de l'Etat ont demandé la suppression partielle voire totale de ces deux orientations d'aménagement et de programmation en raison des risques d'inondation qui pèsent sur ce secteur, révélés notamment par la crue de l'Arve en 2015, et également en raison de la valeur agricole de ces terrains. Dans ces conditions, et même si le commissaire enquêteur ne préconisait pas la suppression totale de ces deux orientations d'aménagement et de programmation, celles-ci doivent être regardés comme procédant de l'enquête publique. D'autre part, alors que les parcelles concernées représentent moins d'un hectare et que la constructibilité a été augmentée dans d'autres secteurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la suppression de ces deux orientations d'aménagement et de programmation remet en cause l'économie générale du projet de plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme dispose : " Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

13. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste, fondée sur des faits matériellement inexacts ou entaché d'un détournement de pouvoir.

14. En l'espèce, les parcelles cadastrées section B n° 153, 154, 1040, 3186, 3187, d'une part, et les parcelles cadastrées section B n° 132, 133, 1 573, 3 129, 3 130, 3131, 3 132, 3 133, 3 134, 3 135 et 3 136, d'autre part, sont vierges de toute construction, formant avec les parcelles voisines de vastes espaces à l'état naturel. Elles présentent en outre une forte valeur agronomique selon la chambre d'agriculture et sont actuellement exploitées. Elles sont de plus situées à la périphérie de la commune. Par suite, leur classement en zone agricole n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le GFA du Petit Arve doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Etrembières, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le GFA du Petit Arve au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

17. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du GFA du Petit Arve le versement à la commune d'Etrembières d'une somme de 1 500 euros à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GFA du Petit Arve est rejetée.

Article 2 : Le GFA du Petit Arve versera 1 500 euros à la commune d'Etrembières en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au GFA du Petit Arve et à la commune d'Etrembières.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRYLe greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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