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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000040

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000040

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 janvier et 14 octobre 2020, Mme C B, représentée par Me Mollion demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Fontanil Cornillon a accordé la prorogation du permis de construire du 2 juillet 2013 délivré à la SCI Les terrasses du Fontanil pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2013 par lequel le maire de la commune de Fontanil Cornillon a accordé un permis de construire à la SCI Les terrasses du Fontanil ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fontanil Cornillon une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- compte tenu de l'atteinte portée aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien immobilier, elle dispose d'un intérêt à agir ;

- la contestation de l'arrêté de prorogation implique celle du permis de construire ; les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2013 ne sont pas tardives ;

- le permis de construire du 2 juillet 2013 était périmé lorsque la demande de prorogation est intervenue le 18 septembre 2019 ; l'arrêté du 4 novembre 2019 ne pouvait donc légalement proroger la validité de ce permis de construire ;

- si la demande de prorogation est qualifiée de nouvelle demande d'autorisation, le dossier de demande serait incomplet et un sursis à statuer serait opposé au vu de l'élaboration avancée du PLUi;

-la demande de prorogation de la validité du permis méconnaît l'article R.424-22 du code de l'urbanisme en ce qu'elle n'a pas été déposée deux mois avant l'expiration du délai de validité et n'a pas été présentée en deux exemplaires ;

- l'arrêté du 4 novembre 2019 méconnaît l'article R.424-21 du code de l'urbanisme eu égard à l'état d'avancement du PLUi adopté le 20 décembre 2019 qui classe le tènement en zone Ud3d dont le règlement comprend des dispositions bien plus sévères que le PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2020, la commune du Fontanil Cornillon, représentée par Me Thiry, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du permis de construire du 2 juillet 2013 sont tardives et donc irrecevables ;

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2019 sont irrecevables dès lors, d'une part, que Mme B n'ayant pas demandé l'annulation en temps utile l'annulation de l'arrêté initial du 2 juillet 2013, la prorogation n'est qu'une émanation de l'arrêté initial devenu définitif et, d'autre part, que les travaux autorisés sont achevés ;

- le permis était valide jusqu'au 4 janvier 2020 par les effets conjugués du recours contentieux engagé contre le permis et de la double majoration de validité d'un an par application du décret du 29 décembre 2014 et de l'article 7 du décret du 5 janvier 2016 ;

- le moyen tiré de la méconnaissance les dispositions de l'article R.424-22 du code de l'urbanisme n'est pas fondé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.424-21 du code de l'urbanisme est inopérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2020, la SCI Les terrasses du Fontanil, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le recours tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2013 du permis de construire est tardif et donc irrecevable ;

-le recours à l'encontre de l'arrêté du 4 novembre 2019 portant prorogation est irrecevable dans la mesure où cet arrêté revêt un caractère superfétatoire puisque les travaux ont démarré avant l'expiration de la durée de validité du permis de construire ; Mme B n'a pas d'intérêt à agir à l'encontre d'un tel arrêté

- le permis était valide lors de la demande de prorogation par les effets conjugués du recours contentieux engagé contre le permis et de la double majoration de validité d'un an par application du décret du 29 décembre 2014 et de l'article 7 du décret du 5 janvier 2016 ;

- le moyen tiré de la méconnaissance les dispositions de l'article R.424-22 du code de l'urbanisme n'est pas fondé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.424-21 du code de l'urbanisme est inopérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2014-1661 du 29 décembre 2014 ;

- le décret n° 2016-6 du 5 janvier 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique,

- et les osbervations de Me Djeffal représentant Mme B, de Me Thiry représentant la commune de Fontanil-Cornillon et de Me Poncin représentant la société Fifo.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 décembre 2012, la société Fifo a déposé en mairie de Fontanil-Cornillon une demande de permis d'aménager portant sur un ensemble de sept lots maximum destiné à la construction de six maisons individuelles et d'un bâtiment collectif comportant onze logements sur les parcelles cadastrées section AE n° 40, 211 et 214 d'une superficie totale de 7753 m2. Par arrêté du 10 juin 2013 le maire de Fontanil-Cornillon a accordé cette autorisation. Un permis de construire a été délivré à la société Les Terrasses du Fontanil le 2 juillet 2013 pour la construction du bâtiment collectif sur l'un des lots du permis d'aménager. Par courrier du 18 septembre 2019, la société Les Terrasses du Fontanil a demandé une prorogation du permis de construire du 2 juillet 2013. Par arrêté du 4 novembre 2019, le maire a fait droit à cette demande. Par sa requête, Mme B demande l'annulation des arrêtés du 2 juillet 2013 et du 4 novembre 2019.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2013 :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du constat d'huissier établi le 5 juillet 2013, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que le permis de construire délivré le 2 juillet 2013 a été affiché sur le terrain le 5 juillet 2013 conformément aux exigences de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Il en résulte que le délai de recours de deux mois mentionné à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, qui a couru à compter du 5 juillet 2013, était expiré à la date du 3 janvier 2020 à laquelle la requête de Mme B tendant à l'annulation de ce permis a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Grenoble. Eu égard à l'objet et à la portée de ces deux actes, la circonstance que Mme B demande également l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2019 portant prorogation du permis de construire du 2 juillet 2013 ne saurait avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux contre ce permis. Dès lors, les conclusions d'annulation du permis de construire du 2 juillet 2013 sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les fins de non-recevoir opposées aux conclusions dirigées contre l'arrêté du 4 novembre 2019 :

En ce qui concerne le caractère superfétatoire de l'arrêté du 4 novembre 2019 :

4. En produisant un procès-verbal de constat établi sur les lieux les 21 novembre 2019, 29 novembre 2019 et 16 décembre 2019, la société Les Terrasses du Fontanil n'établit pas avoir entrepris les travaux autorisés par le permis de construire du 2 juillet 2013 à la date du 4 novembre 2019 à laquelle le maire a prorogé la validité de ce permis. Dès lors, faute de commencement significatif d'exécution des travaux, et à supposer que le permis du 2 juillet 2013 n'était pas devenu périmé, une prorogation de ce permis était nécessaire pour engager les travaux autorisés et, à ce titre, l'arrêté du 4 novembre 2019 ne saurait présenter un caractère superfétatoire. Par suite, contrairement à ce que fait valoir la société Les Terrasses du Fontanil, il est susceptible de faire grief aux tiers et de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

En ce qui concerne l'intérêt à agir de Mme B contre l'arrêté du 4 novembre 2019 :

5. Mme B est propriétaire d'une maison d'habitation sur les parcelles cadastrées AE 37, 213 et 215 qui se situent à proximité immédiate du lot 7 sur lequel a été autorisé par le permis de construire du 2 juillet 2013 la construction d'un immeuble de onze logements. Eu égard à son ampleur, l'exécution de ces travaux est de nature à affecter les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien de Mme B. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'arrêté du 4 novembre 2019 prorogeant la validité du permis du 10 juin 2013 ne présente pas un caractère superfétatoire, de sorte que Mme B conserve un intérêt à faire constater la caducité du permis du 2 juillet 2013. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de Mme B doit être écartée.

Sur les conclusions d'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2019 :

6. L'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue, applicable aux permis du 10 juin 2013: " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de deux ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. () ".

7. L'article 3 du décret du 5 janvier 2016 a porté à trois ans le délai mentionné au premier alinéa de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme. Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les dispositions prévues aux articles 3 et 6 du présent décret s'appliquent aux autorisations en cours de validité à la date de publication du présent décret. Lorsque ces autorisations relèvent du 1° ou du 2° de l'article 3, si elles ont fait l'objet avant la date de publication du présent décret d'une prorogation dans les conditions définies aux articles R.* 424-21 à R.* 424-23 du code de l'urbanisme ou de la majoration prévue à l'article 2 du décret n° 2014-1661 du 29 décembre 2014 susvisé, le délai de validité résultant de cette prorogation ou de cette majoration est majoré d'un an ".

8. En vertu du deuxième alinéa de l'article 2 du décret n° 2014-1661 du 29 décembre 2014 alors en vigueur : " Lorsque ces autorisations ont fait l'objet, avant cette date, d'une prorogation dans les conditions définies aux articles R. 424-21 à R. 424-23, le délai de validité résultant de cette prorogation est majoré d'un an ".

9. L'article R. 424-19 du code de l'urbanisme dispose : " En cas de recours devant la juridiction administrative contre le permis ou contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable ou de recours devant la juridiction civile en application de l'article L. 480 13, le délai de validité prévu à l'article R. 424-17 est suspendu jusqu'au prononcé d'une décision juridictionnelle irrévocable ".

10. Enfin, selon l'article R. 424-22 du code de l'urbanisme : " La demande de prorogation est établie en deux exemplaires et adressée par pli recommandé ou déposée à la mairie deux mois au moins avant l'expiration du délai de validité ".

11. La société Les Terrasses du Fontanil doit être regardée comme ayant eu notification du permis de construire du 2 juillet 2013 au plus tard le 5 juillet 2013, date à laquelle elle a fait constater son affichage par un huissier de justice ainsi qu'il a été dit au point 3. Sa durée de validité était donc fixée, initialement, en application des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme alors en vigueur, au 5 juillet 2015. Du fait du recours introduit devant le tribunal le 2 août 2013 tendant à l'annulation du permis de construire du 2 juillet 2013, ce délai a été suspendu jusqu'au 4 février 2016, date à laquelle le tribunal a prononcé son annulation. Ce jugement est devenu définitif en l'absence de tout recours à son encontre. Cette durée a ensuite été portée au 8 juillet 2016 en raison de l'intervention de l'article 1er du décret n° 2014-1661 du 29 décembre 2014 qui a temporairement porté à trois ans le délai mentionné au premier alinéa de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, avant que cette durée de validité de trois ans ne soit pérennisée par l'article 3 du décret n° 2016-6 du 5 janvier 2016. Entre le 5 juillet 2013 et le 2 août 2013, 28 jours s'étant écoulés, la durée de validité du permis de construire a recommencé à courir à compter du 4 février 2016 pour 1067 jours en application des dispositions de l'article R. 424-19 du code de l'urbanisme. Il suit de là que le délai d'exécution pour entreprendre les travaux expirait le 6 janvier 2019.

12. Par ailleurs, la société Les Terrasses du Fontanil n'a demandé une prorogation de la durée de son permis de construire ni avant l'entrée en vigueur du décret du 29 décembre 2014 ni avant celle du décret du 5 janvier 2016. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la durée de validité de son permis de construire doit être majorée de deux périodes d'un an par l'effet conjugué de ces dispositions.

13. Il résulte de ce qui précède que la demande de prorogation présentée le 18 septembre 2019 par la société Les Terrasses du Fontanil est intervenue après l'expiration du délai de validité du permis de construire du 2 juillet 2013, qui était devenu caduc à cette date. Par suite, en faisant droit à cette demande, le maire de Fontanil-Cornillon a entaché son arrêté du 4 novembre 2019 d'une erreur de droit et a également méconnu les dispositions de l'article R. 424-22 du code de l'urbanisme citées au point 10.

14. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme n'est pas de nature à justifier l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2019.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2019.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la commune de Fontanil-Cornillon et la société Les Terrasses du Fontanil et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune du Fontanil-Cornillon la somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 novembre 2019 du maire de la commune de Fontanil-Cornillon accordant la prorogation du permis de construire du 2 juillet 2013 est annulé.

Article 2 : La commune de Fontanil-Cornillon versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, la SCI Les Terrasses du Fontanil et à la commune du Fontanil-Cornillon.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

J-L. A

Le président,

S. Wegner

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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