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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000114

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000114

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 janvier et le 25 août 2020, la société Jsf Bottollier, représentée par Me Lacroix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2019 par lequel le maire du Grand-Bornand a refusé de lui délivrer un permis d'aménager, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire du Grand-Bornand de lui délivrer le permis d'aménager dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, passé ce délai, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Grand-Bornand une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'arrêté de refus de permis d'aménager est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

-il est fondé sur un avis conforme du préfet qui méconnait l'article L.122-1 du code de l'urbanisme dès lors d'une part que le terrain d'assiette n'est pas inscrit dans le système d'exploitation local et d'autre part qu'il est constructible ;

-il méconnait l'article L.111-3 du code rural et de la pêche maritime qui ne trouve pas à s'appliquer en l'espèce.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mai et le 28 octobre 2020, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de la société Jsf Bottollier ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2020, la commune du Grand-Bornand, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Jsf Bottollier à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté est inopérant du fait de sa situation de compétence liée et les autres moyens ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, il convient de substituer à l'article L.111-3 du code rural et de la pêche maritime les dispositions de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental de la Haute -Savoie comme base légale du second motif de refus du permis d'aménager.

Par ordonnance du 22 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 avril 2022.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Plenet, avocat de La SARL Jsf Bottollier et de Me Saint-Lager avocat de la commune du Grand-Bornand.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Jsf Bottollier a déposé le 19 avril 2019 une demande de permis d'aménager six lots constructibles sur un terrain situé sur la commune du Grand-Bornand (74), au lieu-dit " La communaille ", cadastré Section A numéros 1304, 3812, 3814, 3816 et 3818 pour une contenance cadastrale de 1 ha 08 a 40. Par un arrêté du 15 juillet 2019 visant l'avis défavorable du préfet de la Haute-Savoie en date du 14 mai 2019, le maire du Grand-Bornand a refusé ce permis. La société Jsf Bottollier a formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté, qui a été rejeté par une décision explicite du 8 novembre 2019. Par la présente requête, la société Jsf Bottollier demande l'annulation de l'arrêté et du rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité de l'avis conforme du 14 mai 2019 du préfet de la Haute-Savoie :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; ". D'autre part si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

3. Le plan d'occupation des sols de la commune du Grand-Bornand est devenu caduc le 27 mars 2017 et le plan local d'urbanisme a été approuvé le 28 novembre 2019. Par suite, le maire du Grand-Bornand a agi, à la date des décisions contestées, au nom de la commune sur avis conforme du préfet de la Haute-Savoie, qui a fondé son avis défavorable au projet sur l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme. La société Jsf Bottollier est recevable à exciper de l'illégalité de cet avis à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du maire en date du 15 juillet 2019.

4. Aux termes de l'article L.122-10 du code de l'urbanisme : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition. "

5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est un vaste tènement, d'une surface de plus d'un hectare, est situé en pied de versants à proximité du centre du chef-lieu, ce qui le rend exploitable une grande partie de l'année, en particulier pour l'élevage, alors que l'enneigement fait obstacle à l'usage d'autres terres de la commune moins faciles d'accès. Il ressort par ailleurs des cartes versées au débat que l'urbanisation a raréfié les surfaces agricoles dans ce secteur où les besoins liés à l'appellation d'origine protégée laitière du reblochon sont importants. De surcroît, une grande partie des parcelles concernées par la demande de permis d'aménager est incluse dans une surface de 0.69 hectare inscrite au registre parcellaire graphique de 2019 comme étant exploitées en prairie permanente pour le fourrage des vaches laitières par le Groupement Agricole d'Exploitation en Commun (GAEC) Le Tavaillon. La requérante n'apporte pas d'élément probant de nature à démontrer que ces parcelles ne seraient en réalité pas exploitées, et les photographies versées au débat établissent au contraire que le terrain litigieux n'est pas laissé en friche, mais qu'il se trouve en état de prairie. Par ailleurs, il est constant que le terrain d'assiette du projet d'aménagement se trouve, en son point le plus proche, à 10 mètres du bâtiment de l'exploitation agricole et il ressort des pièces du dossier qu'un passage les connecte en contrebas de la ripisylve qui se développe plus au nord. Enfin, la société Jsf Bottollier ne peut utilement se prévaloir de la constructibilité du terrain d'assiette, au regard des règles du règlement national de l'urbanisme, qui n'est pas un critère énoncé à l'article L.122-10 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, au regard de sa situation particulièrement favorable et recherchée pour l'agropastoralisme et du fait de sa proximité avec une exploitation de vaches laitières en activité située dans une zone d'appellation d'origine protégée " reblochon ", les parcelles concernées par le projet sont nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles et pastorales. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme pour émettre un avis conforme défavorable à la demande de permis d'aménager déposée par la société Jsf Bottollier.

6. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de l'avis conforme du préfet de la Haute-Savoie, soulevée par la voie de l'exception, doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 15 juillet 2019 du maire du Grand-Bornand portant refus de permis d'aménager :

7. En raison de la compétence liée du maire à s'opposer au projet qui résulte du caractère légal de l'avis conforme défavorable du préfet, le maire du Grand-Bornand était tenu de refuser la demande de permis d'aménager de la société Jsf Bottollier. Par suite, les moyens tirés d'une part de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté du 15 juillet 2019 et d'autre part de la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pèche maritime doivent être écartés comme étant inopérants.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux du 15 juillet 2019 par lequel le maire du Grand-Bornand a refusé un permis d'aménager à la société Jsf Bottollier, et de la décision rejetant son recours gracieux, ainsi par voie de conséquence les conclusions en injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Grand-Bornand qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance une somme au titre des frais exposés par la société Jsf Bottollier. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Jsf Bottollier, partie perdante, une somme de 1 500 euros au profit de la commune du Grand-Bornand au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de la société Jsf Bottollier est rejetée.

Article 2 :La société Jsf Bottollier versera à la commune du Grand-Bornand une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société Jsf Bottollier, au préfet de la Haute-Savoie et à la commune du Grand-Bornand.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000114

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