mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2000177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
Considérant de ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant angolais, né le 12 février 1979, a déposé une demande d'asile en France le 6 juin 2018, enregistrée en procédure dite " Dublin ". L'arrêté de transfert à destination du Portugal pris par la préfecture de l'Isère a été annulé par le tribunal administratif de Grenoble par jugement du 26 octobre 2018. Aucun nouvel arrêté de transfert n'a été pris à son encontre. La demande d'asile a été requalifiée en procédure normale le 22 juillet 2019. Le 8 août 2019, M. A, se plaignant de percevoir une allocation amoindrie de 115 euros à 125 euros chaque mois, a sollicité la régularisation de sa situation au titre des conditions matérielles d'accueil. Il conteste la décision implicite de rejet résultant du silence gardé sur sa demande.
Sur la fin de non-recevoir :
2. En dehors des cas prévus aux articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration. L'office français de l'immigration et de l'intégration soutient qu'en demandant par le biais d'une requête en annulation le versement de la somme de 3 175,60 euros, le requérant a fait un usage inadapté des voies de droit existantes. Toutefois, contrairement à ce que soutient le défendeur, les conclusions présentées par le requérant tendant à ce que le tribunal enjoigne au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser la somme de 1 516,40 euros, sont présentées à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite résultant du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa demande de rétablissement complet des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, ces conclusions pouvant être regardées comme une demande d'injonction ne sont pas présentées à titre principal. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.
Sur l'étendue du litige :
3. L'office français de l'immigration et de l'intégration soutient que le requérant a perçu l'allocation pour demandeur d'asile entre janvier 2019 et juin 2019, impactée d'une régulation négative, que cette régulation négative a été supprimée et a été régularisée lors du versement du mois de janvier 2020 et que M. A a perçu, ainsi, au mois de janvier 2020 la somme de 2 080,80 euros au titre la période comprise entre janvier 2019 et décembre 2019. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entendu faire valoir que les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de rétablissement complet des conditions matérielles d'accueil sont sans objet, le requérant soutient, sans être utilement contredit, qu'étant demandeur d'asile et hébergé à titre gratuit par l'OFII, avec deux enfants en bas âge, il aurait dû recevoir, selon les barèmes en vigueur, la somme de 4 964 euros pour la période de janvier 2019 à décembre 2019, qu'en réalité, il a perçu un total de 1 788,40 euros, que si en janvier 2020, l'OFII lui a versé une régularisation d'un montant de 2080,80 euros, la régularisation aurait dû s'élever à la somme de 3 175,60 euros augmentée de l'ADA correspondant au mois de janvier 2020 (421,60 euros), soit au total 3 597,20 euros, qu'il manque une somme de 1 516,40 euros. Dans ces circonstances, dès lors que le rétablissement des conditions matérielles d'accueil n'a été que partiel, les conclusions aux fins de non-lieu présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
4. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 744-1 du même code dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013, " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". L'article L. 744-9 de ce même code prévoit que " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile () ".
5. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. ()". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
6. Ainsi que le fait valoir M. A, l'OFII n'établit aucunement que sa demande d'asile était frauduleuse ou qu'il aurait dissimulé ses ressources financières ou fourni des informations mensongères sur sa situation familiale. Il soutient, également, sans être contredit, qu'il n'a jamais eu de comportement violent ou manqué au règlement intérieur de son centre d'hébergement, qu'il n'a pas non plus présenté plusieurs demandes sous des identités différentes et que sa demande d'asile a été traitée en procédure normale par la préfecture de l'Isère. Par suite, il est fondé à soutenir que les dispositions des articles L. 744-1 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues et à demander, pour ce motif, l'annulation la décision implicite par laquelle l'OFII a refusé le rétablissement complet de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions en injonction :
7. Aux termes de l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 (). ".
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que l'OFII rétablisse complétement, si tel n'était pas déjà le cas à la date du présent jugement, M. A dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à compter du 1er janvier 2019 et pour toute la période en cause, tant que l'intéressé a continué à remplir la condition d'être titulaire de l'attestation de demande d'asile prévue à l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de l'enjoindre à y procéder dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, au bénéfice de Me Schürmann sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à M. A le rétablissement complet des conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir complètement M. A dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er janvier 2019 et pour toute la période en cause, tant que l'intéressé a continué à remplir la condition d'être titulaire de l'attestation de demande d'asile prévue à l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Schürmann, avocate de M. A, une somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Schürmann, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le président-rapporteur,
C. C
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
P-H d'ARGENSON Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026