vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2000274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2020, M. B E, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite du 31 décembre 2019 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant rejeté son recours formé le 29 octobre 2019 à l'encontre des décisions lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des 21 et 30 août 2019 ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de fait s'agissant du refus de la proposition d'hébergement ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision explicite du 21 août 2019 et la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire de M. E sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Par une décision du 2 mars 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. E.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 91-47 du 10 juillet 1991 ;
- la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillères, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant nigérian né en 1991, a accepté le 12 mars 2018 une offre de prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et bénéficié des conditions matérielles d'accueil, à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile le 7 mars 2018. Les 21 et 30 août 2019, la directrice territoriale de l'OFII lui a notifié deux décisions de retrait de ses conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il a commis des manquements graves au règlement de son lieu d'hébergement. Le 29 octobre 2019, il a formé le recours administratif préalable obligatoire devant le directeur général de l'OFII prévu par les dispositions de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Il demande dans la présente instance l'annulation du rejet implicite de ce recours.
Sur l'étendue du litige :
2. Les dispositions de l'article D. 744-37-1 ont été annulées par la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 et ont ainsi disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique. Par suite, M. E doit être regardé comme demandant l'annulation, ensemble, des décisions initiales des 21 et 30 août 2019 et de la décision implicite de rejet de son recours administratif.
Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 2 mars 2020, postérieure à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a refusé d'accorder à M. E le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions du requérant aux fins d'obtention du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le droit applicable au présent litige :
4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / () / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis ". Si les termes de ces dispositions ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
5. Il ressort des décisions des 21 et 30 août 2019 que la demande d'asile de M. E a été enregistrée le 7 mars 2018. Il s'est vu accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 12 mars 2018. Dès lors, les décisions des 21 et 30 août 2019 relèvent des articles L. 744-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version antérieure à la loi du 10 septembre 2018.
En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées :
6. En premier lieu, les décisions des 21 et 30 août 2019 énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles reposent, et notamment le fait que l'intéressé a commis des manquements graves au règlement de son lieu d'hébergement. D'autre part, M. E ne soutient pas avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, M. E soutient que la décision du 21 août 2019 serait entachée d'erreur de fait, dans la mesure où elle mentionne qu'il a " refusé le transfert au CADA de Marnaz " le 16 mai 2019. Il soutient que la demande de transfert était devenue caduque à la date des décisions attaquées, dès lors qu'il ne rencontrait plus de difficultés avec sa concubine, de sorte qu'il n'avait plus besoin d'obtenir un transfert d'hébergement. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que suite à des violences répétées au sein du couple, Mme D, sa concubine, a demandé aux services d'hébergement de disposer d'un logement indépendant, la requérant ne produit aucun élément de nature à établir que ce climat de violence conjugale avait cessé. En outre, sa concubine a déposé plainte pour violence conjugale contre lui le 8 avril 2019. Enfin, il ressort de la note sociale du 20 mai 2019 que M. E aurait refusé le transfert de logement non pas à la suite d'une réconciliation du couple mais au motif que le logement ne lui permettrait pas d'accueillir son enfant et que Mme D a continué d'affirmer, jusqu'au 30 avril 2019, vouloir vivre séparément de lui. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait.
8. En troisième lieu, il ressort de la décision attaquée que la directrice territoriale de l'OFII a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du requérant, au motif qu'il a commis des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. Il ressort des pièces du dossier que le 1er avril 2019, M. E a été destinataire d'un avertissement de l'organisme qui l'héberge, relevant des disputes récurrentes et parfois violentes au sein du foyer, actes interdits et sanctionnés. Il lui a également été rappelé qu'il a sollicité à plusieurs reprises l'aide de l'organisme pour une évolution de sa situation mais a toujours refusé les propositions qui lui ont été faites. Par un second avertissement du 28 mai 2019, le même organisme l'a de nouveau interpellé sur un comportement inadapté au sein du foyer. En outre, il ressort de la main courante déposée par le médiateur social de cet organisme le 6 juin 2019 que le couple a détérioré des éléments du mobilier de la cuisine au cours d'une violente dispute du même jour. Dans ces circonstances, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait commis aucune dégradation de l'appartement qu'il occupait et aucun manquement au règlement du lieu d'hébergement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs () ".
10. A ressort des pièces du dossier qu'à la suite de conflits répétés entre M. E et sa concubine et mère de son enfant, plusieurs offres de relogement ont été proposées au couple, dans le but notamment d'assurer la protection de leur enfant et de l'éloigner d'un climat familial violent. Ces offres de relogement ont été soit refusées par les intéressés, pour divers motifs, soit acceptées un temps avant que la concubine de M. E ne retourne dans le logement initial. En outre, le couple a été averti plusieurs fois des conséquences potentielles d'un manquement au règlement du lieu d'hébergement, constitué par l'existence de violences répétées. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas pris en compte la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvait, notamment, l'enfant mineur de M. E. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que suite au comportement violent de M. E et dans un contexte de relations conflictuelles au sein du couple, ces derniers ont été avertis, à deux reprises, que leur comportement était susceptible d'avoir des conséquences sur le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En dépit de ces avertissements et des incidences potentielles de son comportement sur la situation de son enfant, M. E a continué à avoir des agissements contraires au règlement du lieu de son hébergement. Ainsi, et bien que M. E soit père d'un enfant en bas âge, le directeur territorial de l'OFII a pu lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans méconnaître les stipulations précitées.
13. En sixième lieu, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 10 du présent jugement.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'OFII, que les conclusions de M. E aux fins d'annulation des décisions des 21 et 30 août 2019 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours administratif doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026