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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000276

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000276

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2020, Mme E C, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite du 31 décembre 2019 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rejetant son recours administratif formé le 29 octobre 2019 à l'encontre des décisions des 21 et 30 août 2019 lui ayant retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de fait s'agissant du refus de la proposition d'hébergement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été rétabli au profit de Mme C.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par une décision du 2 mars 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-47 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane né en 1998, a accepté le 12 février 2018 une offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil, à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile le même jour. Les 21 et 30 août 2019, la directrice territoriale de l'OFII lui a notifié deux décisions de retrait de ses conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle a commis des manquements graves au règlement de son lieu d'hébergement. Le 29 octobre 2019, Mme C a présenté le recours administratif préalable obligatoire devant le directeur général de l'OFII prévu par les dispositions de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Elle demande dans la présente instance l'annulation du rejet implicite de ce recours.

Sur l'étendue du litige :

2. Les dispositions de l'article D. 744-37-1 ont été annulées par la décision du Conseil d'État nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019 et ont ainsi disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique. Par suite, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation, ensemble, des décisions initiales des 21 et 30 août 2019 et de la décision implicite de rejet de son recours administratif.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 2 mars 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a refusé d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requérante aux fins d'obtention du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le droit applicable au présent litige :

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : () 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis ". Si les termes de ces dispositions ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. Il ressort des décisions des 21 et 30 août 2019 que la demande d'asile de Mme C a été enregistrée le 12 février 2018. Elle s'est vue accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le même jour. Dès lors, les décisions des 21 et 30 août 2019 relèvent des articles L. 744-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version antérieure à la loi du 10 septembre 2018.

En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées :

6. En premier lieu, les décisions des 21 et 30 août 2019 énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles reposent, et notamment le fait que l'intéressée a commis des manquements graves au règlement de son lieu d'hébergement. D'autre part, Mme C ne soutient pas avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, Mme C soutient que la décision du 21 août 2019 serait entachée d'erreur de fait, dans la mesure où elle mentionne qu'elle a refusé un transfert d'hébergement le 7 décembre 2018. Elle soutient que sa demande de transfert d'hébergement était devenue caduque à la date des décisions attaquées, dès lors qu'elle ne rencontrait plus de difficultés avec son concubin, de sorte que son refus a permis de préserver l'unicité familiale. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que suite à des violences répétées au sein du couple, elle a demandé aux services d'hébergement de disposer d'un logement indépendant de celui de son concubin, elle ne produit aucun élément de nature à établir que ce climat de violence dans le couple avait cessé. En outre, elle a déposé plainte pour violences conjugales le 8 avril 2019. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait.

8. En troisième lieu, il ressort de la décision attaquée que la directrice territoriale de l'OFII a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la requérante, au motif qu'elle a commis des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. Il ressort des pièces du dossier que le 1er avril 2019, M. D, son concubin, a été destinataire d'un avertissement de l'organisme qui l'héberge, relevant des disputes récurrentes et parfois violentes au sein du foyer, actes interdits et sanctionnés. Il lui a également été rappelé qu'il a sollicité à plusieurs reprises l'aide de l'organisme pour une évolution de sa situation mais a toujours refusé les propositions qui lui ont été faites. Par un second avertissement du 28 mai 2019, le même organisme a interpellé Mme C ainsi que M. D sur leur comportement inadapté au sein du foyer. En outre, il ressort de la main courante déposée par le médiateur social de cet organisme le 6 juin 2019 que le couple a détérioré des éléments du mobilier de la cuisine au cours d'une violente dispute du même jour. Dans ces circonstances, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait commis aucune dégradation de l'appartement qu'elle occupait, ni aucun manquement au règlement du lieu d'hébergement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs () ".

10. A ressort des pièces du dossier qu'à la suite de conflits répétés entre Mme C et son concubin, plusieurs offres de relogement ont été proposées au couple, dans le but notamment d'assurer la protection de leur enfant et de l'éloigner d'un climat familial violent. Ces offres de relogement ont été soit refusées par les intéressés, pour divers motifs, soit acceptées un temps avant que Mme C ne retourne dans le logement initial. En outre, le couple a été averti plusieurs fois des conséquences potentielles d'un manquement au règlement du lieu d'hébergement, constitué par l'existence de violences répétées. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas pris en compte la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvait, notamment, l'enfant mineur du couple. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que suite au comportement violent du concubin de Mme C et dans un contexte de relations conflictuelles entre les parents, ces derniers ont été avertis, à deux reprises, que leur comportement était susceptible d'avoir des conséquences sur le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Alors qu'un logement séparé a été mis à sa disposition, la requérante est retournée vivre avec son concubin malgré les incidences pouvant en résulter sur la situation de leur enfant. Ainsi, et bien que Mme C soit la mère d'un enfant en bas âge, le directeur territorial de l'OFII a pu lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans méconnaître les stipulations précitées.

13. En sixième lieu, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 10 du présent jugement.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C aux fins d'annulation des décisions des 21 et 30 août 2019 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours administratif doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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