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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000280

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000280

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 janvier 2020, le 22 mars 2021 et le 25 janvier 2022, Mme C D, représentée par Me Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 24 septembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Courchevel a déclassé du domaine public communal et céder la parcelle cadastrée section AD n° 97 (845 m2), une emprise de 298 m2 issue du domaine public communal et un volume tréfonds sous la voie communale du jardin alpin sis au lieu-dit " Jardin Alpin " à Courchevel et a autorisé le maire a signé une convention synallagmatique de vente sous conditions suspensives et l'acte authentique de vente, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 19 novembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Courchevel une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le droit à l'information des élus n'a pas été respecté en méconnaissance de l'article

L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- le périmètre de la cession n'est pas identique à celui examiné par le service des domaines ;

- une enquête publique était nécessaire conformément à l'article L. 141-3 du code de la voirie routière ;

- la délibération méconnaît l'article L. 2141-2 du code général de la propriété des personnes publiques à défaut de prévoir une provision correspondant au montant des pénalités ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le prix de cession est inférieur à la valeur du marché ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2021, la commune de Courchevel, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 6 novembre 2020 et le 28 juin 2021, la société Metropole 1850, représentée par le cabinet CMS Francis Lefebvre Avocats, conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la régularisation du vice retenu en adoptant un nouvel acte d'approbation avec effet rétroactif dépourvu de vice et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut de produire l'acte attaqué ;

- la requérante ne dispose d'aucun intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a produit un mémoire le 3 janvier 2023 postérieurement à la clôture d'instruction du 18 février 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme B ;

-les conclusions de Mme A ;

-et les observations de Me Valette, représentant Mme D, de Me Saint-Lager, représentant la commune de Courchevel et de Me Cherel, représentant la société Metropole 1850.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° 244-19 du 24 septembre 2019, le conseil municipal de la commune de Courchevel a déclassé du domaine public et cédé la parcelle cadastrée section AD n° 91 (845 m2), une emprise de 298 m2 issues du domaine public communal et un volume tréfonds sous la voie communale du jardin Alpin au lieu-dit " Jardin Alpin " à Courchevel. Par la même délibération, le conseil municipal a autorisé le maire a signé une convention synallagmatique de vente sous conditions suspensives et l'acte authentique de vente à venir. Mme D demande l'annulation de cette décision ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur l'admission de l'intervention volontaire :

2. La société Metropole 1850, qui a un projet de construction sur les parcelles concernées par le déclassement, est le bénéficiaire de la cession. L'annulation de la délibération litigieuse est susceptible de préjudicier aux droits de cette société. Par suite, son intervention est admise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'information des conseillers municipaux :

3. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2241-1 du même code : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité ".

4. En application de ces dispositions, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération.

5. S'il résulte de ces dispositions que la teneur de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat doit, préalablement à la séance du conseil municipal durant laquelle la délibération relative à la décision de cession doit être prise, être portée utilement à la connaissance de ses membres, ces mêmes dispositions n'imposent pas que le document lui-même établi par l'autorité compétente de l'Etat soit remis aux membres du conseil municipal avant la séance sous peine d'irrégularité de la procédure d'adoption de cette délibération.

6. D'une part, il résulte des mentions du compte-rendu de la séance du conseil municipal que les convocations ainsi que l'ordre du jour à cette réunion étaient accompagnés notamment du projet de délibération litigieux. Ont été également transmis les documents annexés à cette délibération soit le projet d'acte de cession, le plan de déclassement du domaine public et les arrêtés n° 376-2019 et n° 77-2019 de désaffectation des parcelles. Aucune disposition législative ou réglementaire imposait au maire de donner explicitement des informations concernant l'indemnisation qui serait due par la commune en cas d'application de la clause résolutoire pour non désaffectation des dépendances communales alors que ces informations étaient contenues dans le projet d'acte, qui avait été communiqué aux élus. La requérante n'apporte aucun élément circonstancié de nature à établir que les élus ont été privés de la possibilité d'exercer utilement leur mandat, alors notamment qu'il leur était loisible de solliciter, le cas échéant, des précisions ou explications complémentaires sur les documents reçus ou la transmission de document complémentaire.

7. D'autre part, à supposer même que les conseillers municipaux n'auraient pas eu la teneur de l'avis de la direction départementale des finances publiques de la Savoie du 4 mars 2019 qui est visé dans la délibération litigieuse, il ressort de cet avis que le prix de cession proposé par la commune n'appelait pas de remarque de ce service. Ainsi, l'absence d'information sur la teneur de cet avis n'a eu en l'espèce aucune influence.

8. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la délibération en litige a été adoptée irrégulièrement, faute d'information suffisante des conseillers municipaux.

En ce qui concerne l'avis du service des domaines :

9. La délibération litigieuse fait état d'une cession de la parcelle section AD n° 97 pour 845 m2, d'une emprise de 298 m2 issues du domaine public communal et d'un volume tréfonds sous la voie communale. Si le périmètre de la cession a évolué depuis l'avis de la direction départementale des finances publiques de la Savoie du 4 mars 2019 qui indiquait une emprise de voirie de 250 m2 et une superficie de 885 m2 de la parcelle communale AD 97, cette différence de 8 m2 n'est pas de nature à avoir exercé une influence. En tout état de cause, la commune a demandé une actualisation de l'avis du 4 mars 2019 suite à cette modification de l'emprise cédée. Or, il ressort de l'avis du 12 février 2020 que la direction départementale des finances publiques de la Savoie a confirmé le prix de 10 millions d'euros hors taxe compte tenu de la constructibilité limitée de l'emprise cédée. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne l'absence d'enquête publique préalable :

10. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. () / Les délibérations concernant le classement ou le déclassement sont dispensées d'enquête publique préalable sauf lorsque l'opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie. / () ".

11. Il ressort expressément du projet d'acte de cession que le déclassement ne porte pas sur la voie soumise à la circulation publique mais sur le tréfonds de ladite voie et que son déclassement n'a pas pour effet à terme de supprimer la circulation publique sur la partie de voie concernée. Si la création du tunnel de liaison entre l'hôtel existant et le futur projet nécessitera la fermeture de la rue du jardin Alpin et la mise en place d'un itinéraire de substitution, cette circonstance temporaire durant l'exécution des travaux ne saurait imposer à la commune lors du déclassement des parcelles en cause la réalisation d'une enquête publique. La mention que le rétablissement de la voirie et des équipements existants sera à la charge de la société a uniquement pour but que cette dernière prenne en charge le montant des travaux induits par la création de son tunnel. En outre, l'opération ne porte pas sur les candélabres existants le long de la voirie et les arrêtés de désaffectation des 5 février et 16 septembre 2019 les exclus tel que cela ressort des plans de géomètres joints. Enfin, le dévoiement définitif porte uniquement sur les réseaux pour la réalisation du tunnel piétonnier et non sur la voie elle-même. Ainsi, l'opération projetée n'affecte pas les conditions de desserte et de circulation de la voirie et aucune enquête publique n'était nécessaire.

En ce qui concerne l'absence de pénalités en cas de non-respect de la clause résolutoire de désaffectation :

12. Aux termes de l'article L. 2141-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Par dérogation à l'article L. 2141-1, le déclassement d'un immeuble appartenant au domaine public artificiel des personnes publiques et affecté à un service public ou à l'usage direct du public peut être prononcé dès que sa désaffectation a été décidée alors même que les nécessités du service public ou de l'usage direct du public justifient que cette désaffectation ne prenne effet que dans un délai fixé par l'acte de déclassement. Ce délai ne peut excéder trois ans. Toutefois, lorsque la désaffectation dépend de la réalisation d'une opération de construction, restauration ou réaménagement, cette durée est fixée ou peut être prolongée par l'autorité administrative compétente en fonction des caractéristiques de l'opération, dans une limite de six ans à compter de l'acte de déclassement. En cas de vente de cet immeuble, l'acte de vente stipule que celle-ci sera résolue de plein droit si la désaffectation n'est pas intervenue dans ce délai. L'acte de vente comporte également des clauses relatives aux conditions de libération de l'immeuble par le service public ou de reconstitution des espaces affectés à l'usage direct du public, afin de garantir la continuité des services publics ou l'exercice des libertés dont le domaine est le siège. / () pour les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics, l'acte de vente doit, à peine de nullité, comporter une clause organisant les conséquences de la résolution de la vente. Les montants des pénalités inscrites dans la clause résolutoire de l'acte de vente doivent faire l'objet d'une provision selon les modalités définies par le code général des collectivités territoriales ".

13. La délibération litigieuse autorise notamment le maire à signer la promesse synallagmatique de vente des parcelles désaffectée qui prévoit que dans l'hypothèse où la présence de réseaux dans le volume c'est-à-dire le volume en tréfonds pour la réalisation d'un tunnel permettant de relier les constructions à édifier à l'actuel hôtel " Cheval Blanc " serait avérée la désaffectation effective du volume devra intervenir au plus tard dans un délai de trois ans à compter de la délibération, prononçant le déclassement par anticipation. Les dispositions précitées du code général de la propriété des personnes publiques prévoient uniquement que les clauses organisant les conséquences d'une éventuelle résolution de la vente doivent être traitées dans l'acte de vente. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions citées au point précédent pour faire valoir que la délibération en cause auraient également dû traiter de cette question et notamment indiquer les pénalités à la charge de la commune en cas d'absence de désaffectation et la provision à constituer. En tout état de cause, il ne ressort pas de l'article L. 2141-2 du code général de la propriété des personnes publiques que des pénalités doivent nécessairement être prévues dans la clause résolutoire de l'acte de vente. Ainsi, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le prix de cession :

14. Pour déterminer si la décision par laquelle une collectivité publique cède à une personne privée, poursuivant des fins d'intérêt privé, un élément de son patrimoine à un prix inférieur à sa valeur est, pour ce motif, entachée d'illégalité, il incombe au juge de vérifier si elle est justifiée par des motifs d'intérêt général. Si tel est le cas, il lui appartient ensuite d'identifier, au vu des éléments qui lui sont fournis, les contreparties que comporte la cession, c'est-à-dire les avantages que, eu égard à l'ensemble des intérêts publics dont la collectivité cédante a la charge, elle est susceptible de lui procurer, et de s'assurer, en tenant compte de la nature des contreparties et, le cas échéant, des obligations mises à la charge des cessionnaires, de leur effectivité. Il doit, enfin, par une appréciation souveraine, estimer si ces contreparties sont suffisantes pour justifier la différence entre le prix de vente et la valeur du bien cédé.

15. La requérante se borne à soutenir que le prix de vente fixé par la délibération litigieuse est insuffisant dès lors que le prix du marché est au minimum de 16 000 euros le m2 dans la station de Courchevel et que la commune a consenti une libéralité à la société Métropole 1850. Compte tenu de la configuration des lieux et de la constructibilité limitée des parcelles, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas de l'avis du service compétent de l'Etat, qui a indiqué que la cession de l'ensemble au prix de dix millions d'euros hors taxe n'appelait pas de remarque, que ce montant serait sous-évalué. Ainsi, il n'apparaît pas que la commune aurait cédé un élément de son patrimoine à un prix inférieur à sa valeur à une personne poursuivant des fins d'intérêt privé. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne le détournement de pouvoir :

16. Il ressort de la page 9 et 10 du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Courchevel que l'un de ses axes est de conforter et diversifier le positionnement touristique de la commune en créant de nouveaux lits touristiques et notamment en priorité aux établissements hôteliers. Or, la vente est soumise à la condition suspensive de l'obtention d'un arrêté portant délivrance d'un permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier à destination exclusivement hôtelière. Ainsi, ce projet est de nature à satisfaire les objectifs définis par les auteurs du plan local d'urbanisme en permettant la création d'un nouvel hôtel qui contribuera ainsi au développement économique de la station. Ainsi, un tel motif d'intérêt général est au nombre de celui qui peut légalement justifier une décision de déclassement du domaine public. Ainsi, quand bien même le déclassement profiterait à la société Métropole 1850, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 24 septembre 2019, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais de justice :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Courchevel qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Courchevel et la société Metropole 1850 sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société Metropole 1850 est admise.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Courchevel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Metropole 1850 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la commune de Courchevel et à la société Metropole 1850.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000280

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