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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000323

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000323

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantEUVRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 et 28 janvier 2020, 18 décembre 2021 et 6 juin 2022, M. F, représenté par Me Euvrard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2019 par laquelle le SDIS de l'Isère a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision implicite du 25 février 2022 par laquelle le SDIS a rejeté sa demande indemnitaire tendant à la prise en charge des honoraires des consultations de psychologie effectuées auprès de Mme C et de condamner le SDIS à lui verser la somme de 1 545 euros en remboursement des honoraires de la psychologue spécialisée en prévention des risques psychosociaux consultée entre juillet 2012 et juin 2017, assortie des intérêts aux taux légal à compter du 7 juillet 2018, date de sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, avec capitalisation ;

3°) d'enjoindre au SDIS de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du SDIS une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 17 juillet 2019 est entachée d'incompétence ;

- Les troubles dépressifs, du sommeil et cardiaques dont il souffre sont imputables au management toxique qu'il a subi depuis 2002.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 avril 2021, 22 février et 1er mars 2022, le SDIS de l'Isère, représenté par Me Bontaux conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le SDIS conteste les moyens invoqués.

Un mémoire enregistré pour le SDIS le 1er août 2022 n'a pas été communiqué.

Vu :

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 20 septembre 2021 par laquelle le juge des référés a taxé les frais d'expertise réalisée par le docteur A à la somme de 900 euros.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de M. F, et de Me Baujard, représentant le SDIS de l'Isère.

Une note en délibéré présentée par M. F a été enregistrée le 15 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, lieutenant-colonel a été successivement affecté depuis 1999 au commandement d'un groupement territorial puis d'un groupement de prévision et de prévention des risques au SDIS de l'Isère, avant son admission à la retraite le 1er janvier 2019. Le 7 juillet 2018, il a formé une demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de troubles dépressifs, du sommeil et cardiaques apparus en 2002, qui ont connu un paroxysme en 2012 avec l'apparition d'idées suicidaires et qui se poursuivent à ce jour. Le SDIS, ne suivant pas l'avis favorable rendu par de la commission de réforme rendu le 16 mai 2019, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie par une décision du 17 juillet 2019. Par la présente requête, M. F demande notamment l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2. La décision du 17 juillet 2019 a été signée par le colonel B qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 23 mai 2018, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () "..

4. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

5. M. F impute les troubles dépressifs, du sommeil et cardiaques dont il souffre à ses conditions de travail et notamment à des agissements de ses supérieurs, qui s'il ne peuvent être qualifiés de harcèlement moral, le tribunal ayant rejeté une précédente requête de l'intéressé sur ce point, relèvent, selon ses termes, d'un " management par la peur ".

6. M. F date le début de ses troubles à l'année 2002. Toutefois, hormis les déclarations de l'intéressé reprises par les certificats et expertises médicaux produits au dossier, aucune des pièces produites ne permet d'établir l'existence en amont de l'apparition de ces troubles d'une situation conflictuelle ou des " faits managériaux " précis relevant d'une " surveillance permanente " ou d'une " recherche de mise en défaut " de son travail qui auraient été les éléments déclencheurs de sa pathologie selon les dires du requérant.

7. Si de nombreux contentieux introduits devant la juridiction administrative ont opposé l'intéressé au SDIS à compter de la fin de l'année 2012 et témoignent de désaccords entre le requérant et sa hiérarchie, ils ne sauraient être regardés comme étant à l'origine d'une pathologie installée depuis 10 ans. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que ces contentieux aient été à l'origine d'une aggravation de l'état de santé de M. F.

8. Si le management du SDIS a pu faire l'objet de critiques de la part des organisations syndicales à compter de 2013, les pièces produites sur ce point ne comportent pas d'éléments relatifs à la situation personnelle de M. F.

9. Enfin, la circonstance que les troubles anxio-dépressifs d'un autre agent du SDIS aient été reconnus imputables au service demeure sans incidence sur la qualification de la pathologie dont souffre le requérant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. F a nourri une certaine rancœur pour avoir été privé d'une promotion au grade supérieur alors qu'il remplissait les conditions statutaires et avait occupé des fonctions importantes dès son début de carrière, qu'il a été amené à critiquer la gestion du SDIS et était opiniâtre dans ses positions, ce qui a généré des réactions rudes, voire par moment inadaptées de ses supérieurs qui se sont succédés sur une période de plus de 15 ans et, qualifiées au demeurant de non conviviales par certains témoins du début de la période en cause. Dans son rapport du 3 septembre 2021, l'expert médical désigné par le juge des référés a d'ailleurs, estimé : que " l'une des parties vit un état de souffrance permanent auto-entretenu et que l'autre partie est confrontée à des injonctions judiciarisées en permanence ". Dans ces circonstances, le fait personnel de l'agent conduit à détacher la maladie du service.

10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de lien direct établi entre le service et la pathologie de M. F, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de droit. Les conclusions à fins d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions à fins d'injonction.

11. Compte tenu de l'absence d'imputabilité au service de sa pathologie, les conclusions tendant à ce que le SDIS soit condamné à rembourser les frais de psychothérapie qu'il a engagés pour le traitement de sa maladie ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais d'expertise :

12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

13. Les frais de l'expertise réalisée par le docteur A ont été taxés et liquidés par une ordonnance du 20 septembre 2021 à la somme de 900 euros TTC. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'affaire, de partager cette somme entre les parties. Par suite, une somme de 450 euros sera mise à la charge définitive du SDIS de l'Isère ainsi que de M. F.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. F, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du SDIS de l'Isère.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive du SDIS de l'Isère et de M. F à hauteur de 450 euros chacun.

Article 3 : Les conclusions du SDIS présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au SDIS de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

F. D

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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