vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2000340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | GUICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2020 et le 23 janvier 2020, la société anonyme d'économie mixte (SAEM) Les remontées mécaniques du Grand Bornand, représentée par Me Olivier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2019 par laquelle la ministre du travail a refusé l'autorisation de rupture anticipée pour faute grave du contrat de travail de M. A B ;
2°) d'enjoindre à la ministre du travail de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits en ce qu'elle considère que les fautes imputables au salarié sont dénuées d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2020, M. A B, représenté par Me Guichard, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 2 400 euros soit mise à la charge de la SAEM Les remontées mécaniques du Grand Bornand en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le recours hiérarchique de la SAEM a été formé par son directeur délégué qui n'était pas compétent ;
- il appartient au ministre du travail de justifier de la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- son employeur n'a pas prononcé à son encontre de mise à pied à titre conservatoire ;
- il n'a fait l'objet d'aucune sanction antérieure pour des faits similaires ;
- certains de ses collègues ont été moins sévèrement sanctionnés pour des faits similaires ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- les griefs retenus sont en tout état de cause dénués de gravité suffisante ;
- le licenciement est en lien avec son mandat.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2020, la ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, employé par la société anonyme d'économie mixte (SAEM) Les remontées mécaniques du Grand Bornand en vertu d'un contrat de travail à durée déterminée saisonnier depuis décembre 2012, renouvelé chaque année, occupait un emploi d'agent des remontées mécaniques et exerçait par ailleurs les mandats de membre titulaire du comité social et économique et de délégué syndical. Son employeur, lui reprochant des fautes commises le 5 février 2019 dans l'exercice de ses missions, a sollicité de l'inspection du travail, par courrier du 11 mars 2019, l'autorisation de rupture anticipée de son contrat de travail. Par une décision du 12 avril 2019, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser ce licenciement. La SAEM Les remontées mécaniques du Grand Bornand a formé le 7 juin 2019 un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision devant la ministre du travail. Par décision expresse du 18 novembre 2019, la ministre du travail a retiré la décision implicite de rejet qui était née le 12 octobre 2019 du silence qu'elle avait gardé sur ce recours hiérarchique, a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 12 avril 2019 et a refusé d'autoriser la rupture anticipée du contrat de M. B. Par sa requête, la SAEM demande au tribunal d'annuler la décision de la ministre du travail en tant qu'elle refuse de l'autoriser à licencier M. B.
Sur la fin de non-recevoir opposée par M. B :
2. Si M. B oppose le fait qu'il ne serait pas établi que le directeur délégué de la SAEM qui a signé le recours hiérarchique adressé au ministre était compétent pour le faire, cette fin de non-recevoir est dépourvue des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée, alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que c'est le même directeur qui a signé le contrat de travail de l'intéressé ainsi que le courrier de saisine de l'inspecteur du travail et qu'il ressort en outre de la note de synthèse du 24 septembre 2019 de la directrice régionale adjointe du travail établie à l'occasion du recours hiérarchique que cette personne y est mentionnée comme directeur salarié de l'entreprise. Elle doit dès lors être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 1243-1 du code du travail : " Sauf accord des parties, le contrat de travail à durée déterminée ne peut être rompu avant l'échéance du terme qu'en cas de faute grave, de force majeure ou d'inaptitude constatée par le médecin du travail. () ". Aux termes de l'article L. 2412-2 du même code : " La rupture du contrat de travail à durée déterminée du délégué syndical avant l'échéance du terme en raison d'une faute grave ou de l'inaptitude constatée par le médecin du travail, ou à l'arrivée du terme lorsque l'employeur n'envisage pas de renouveler un contrat comportant une clause de renouvellement, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. () ". Aux termes de l'article L. 2412-3 de ce code : " La rupture du contrat de travail à durée déterminée d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique ou d'un représentant syndical au comité social et économique avant l'échéance du terme en raison d'une faute grave ou de l'inaptitude constatée par le médecin du travail, ou à l'arrivée du terme lorsque l'employeur n'envisage pas de renouveler un contrat comportant une clause de renouvellement, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. () ".
4. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés sous contrat de travail à durée déterminée légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, la rupture anticipée du contrat de travail ou son non-renouvellement s'il comporte une telle clause ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de rupture est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié revêtent le caractère d'une faute grave justifiant son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
5. Pour solliciter l'autorisation de rupture anticipée pour faute grave du contrat de travail de M. B, la SAEM Les remontées mécaniques du Grand Bornand lui reproche, d'une part, d'avoir, le 5 février 2019 vers 13 heures 30, quitté la zone d'embarquement du télésiège où il était en poste en méconnaissance des règles de sécurité, d'autre part, de ne pas avoir demandé à être remplacé alors qu'il quittait la zone d'embarquement, enfin de ne pas avoir informé sa hiérarchie de l'accident survenu alors qu'il s'était éloigné de la zone d'embarquement, consistant en la chute d'un usager du télésiège. Pour refuser l'autorisation de licenciement, la ministre du travail a considéré que si la matérialité de ces trois griefs était établie et qu'ils revêtaient un caractère fautif, en revanche, ils étaient dénués d'une gravité suffisante pour justifier la rupture anticipée du contrat de travail de l'intéressé. La société requérante soutient que la ministre du travail a entaché sa décision d'erreur d'appréciation quant au défaut de gravité suffisante des faits reprochés à son salarié.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B était employé par la SAEM requérante depuis 2012 en qualité d'agent des remontées mécaniques et était, à ce titre, parfaitement informé de ses obligations d'assurer la sécurité des passagers des télésièges. En particulier, il ne pouvait ignorer l'interdiction qui lui était faite de s'absenter de son poste de travail sans l'autorisation de son supérieur hiérarchique et son obligation de signaler à sa hiérarchie tout accident ou incident dont il avait connaissance, ainsi que le stipule l'article 8 de son contrat de travail. Il ressort également des pièces du dossier que trente minutes avant la survenance de l'accident évoqué au point 5, le chef d'exploitation a constaté que M. B ne surveillait pas l'embarquement du télésiège et lui a rappelé les règles de sécurité et ses devoirs. Lors de l'accident, qui a causé à sa victime une incapacité totale de travail d'une durée de quatre jours et un arrêt de travail d'un mois, le requérant s'était à nouveau éloigné de la zone d'embarquement. Enfin, il n'est pas contesté que l'intéressé, après avoir constaté la survenance d'un accident, n'en a pas informé sa hiérarchie. Dans ces circonstances et alors même que M. B n'avait fait l'objet jusqu'alors d'aucune sanction disciplinaire pour des faits identiques et que pour les faits litigieux son employeur n'a pas prononcé à son encontre une mise à pied à titre conservatoire, la société requérante est fondée à soutenir que l'accumulation de ces faits, dont la matérialité est établie, constitue, eu égard à la nature des fonctions de l'intéressé, une faute grave justifiant la rupture anticipée de son contrat de travail.
7. En second lieu, M. B soutient que la demande d'autorisation de licenciement de son employeur présente un lien avec l'exercice de ses mandats. S'il fait ainsi valoir que la direction de la SAEM a tenté de faire obstruction à la présentation de la liste qu'il conduisait lors des élections professionnelles et que pour des faits similaires d'autres salariés non titulaires d'un mandat n'auraient pas été sanctionnés, les pièces qu'il verse à l'instance ne suffisent pas à établir l'existence d'un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et les mandats détenus par l'intéressé.
8. Il résulte de ce qui précède que la SAEM Les remontées mécaniques du Grand Bornand est fondée à soutenir que c'est à tort que la ministre du travail a refusé d'autoriser la rupture anticipée du contrat de travail de M. B et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2019 en tant qu'elle lui oppose un tel refus.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'article 3 de la décision de la ministre du travail du 18 novembre 2019 est annulé.
Article 2 : Les conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAEM Les remontées mécaniques du Grand Bornant, à M. A B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026