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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000487

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000487

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2020, Mme A B, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour du 2 juillet 2019 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil si l'aide juridictionnelle lui est accordée ou à elle-même si l'aide juridictionnelle lui est refusée.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour en application des dispositions du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une lettre du 27 janvier 2021, le tribunal a mis en demeure le préfet de l'Isère de produire, dans un délai de 30 jours, ses observations en réponse à la requête de Mme B en application des dispositions des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative.

Mme B été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ban, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 16 juin 2001, soutient être entrée sur le territoire français avec ses parents le 13 juin 2012. Le 2 juillet 2019, elle a déposé en sous-préfecture de La Tour du Pin une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Le 25 novembre 2019, elle a demandé en vain au préfet de l'Isère la communication des motifs du refus implicite de délivrance du titre de séjour né quatre mois après le dépôt de sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. La requête de Mme B a été communiquée au préfet de l'Isère qui a été mis en demeure de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure étant restée sans effet, le préfet de l'Isère doit être réputé avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par Mme B dès lors qu'ils ne sont pas contredits par les pièces versées au dossier.

4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 2° A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France avec au moins un de ses parents légitimes, naturels ou adoptifs depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ou, à Mayotte, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, avec au moins un de ses parents légitimes, naturels ou adoptifs titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de résident, la filiation étant établie dans les conditions prévues à l'article L. 314-11 ; la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée (). "

5. Compte tenu de l'acquiescement aux fait mentionné au point 2, il doit être tenu pour établi que Mme B, née le 16 juin 2001, est entrée avec ses parents sur le territoire français le 13 juin 2012 ainsi que l'indique le récépissé de demande de titre de séjour versé à l'instance et qu'elle y réside habituellement depuis cette date avec ses parents. L'inexactitude de ces faits ne ressort d'aucune pièce versée au dossier. Le 2 juillet 2019, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, elle a déposé en sous-préfecture de La Tour du Pin une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, elle remplit les conditions d'âge et de résidence habituelle pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le préfet de l'Isère a méconnu ces dispositions en refusant implicitement de lui accorder ce titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen tiré du défaut de motivation, que cette décision implicite de rejet doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Sous réserve de toute modification de fait ou de droit pouvant affecter la situation de Mme B, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Isère d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement de la somme de 900 euros à Me Lantheaume, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 900 euros à Me Lantheaume, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Lantheaume renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lantheaume et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

Le rapporteur,

J-L. Ban

Le président,

V. L'Hôte

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000487

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