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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000727

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000727

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLARCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 février 2020 et le 31 mars 2020, Mme D A, représentée par Me Larcher, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de la Drôme l'a placée en disponibilité pour maladie pour une durée de six mois à compter du 25 juin 2019, renouvelable trois mois, soit jusqu'au 24 mars 2020, et lui a ainsi implicitement refusé le congé de longue maladie qu'elle avait sollicité ;

2°) d'enjoindre à titre principal, au département de la Drôme de lui accorder un congé de longue maladie au moins à compter du 12 septembre 2019 et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire, au département de la Drôme de procéder au réexamen de sa demande de congé de longue maladie ;

4°) de mettre à la charge du département de la Drôme la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

Sur la décision portant refus de congé de longue maladie :

- elle est entachée d'un vice de procédure, le comité médical n'a pas été consulté selon une procédure régulière ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le département s'est cru lié par l'avis rendu par le comité médical ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur la décision de mise en disponibilité d'office pour maladie :

- l'annulation du refus de congé de longue maladie entraîne, par voie de conséquence, l'annulation du placement en disponibilité d'office.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2020, le département de la Drôme, représenté par sa présidente en exercice, ayant pour avocat Me Cottignies, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante au paiement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2000728 rendue par le juge des référés le 25 février 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. B ;

- les observations de Me Larcher, représentant Mme D A.

- les observations de Me Deguerry, représentant le département de la Drôme.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, adjoint administratif principal de 2ème classe, exerce les fonctions d'assistante de direction au sein de la direction des bâtiments du conseil départemental de la Drôme. Depuis le mois de juin 2018, elle souffre d'un syndrome dépressif réactionnel à une fibromyalgie. En arrêt de travail depuis le 25 juin 2018, elle a sollicité, le 25 juillet 2018, un congé de longue maladie sur le fondement de cette pathologie. Le 4 septembre 2018, le comité médical départemental de la Drôme a émis un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie. Par arrêté du 5 septembre 2018, le Président du conseil départemental de la Drôme a, conformément à cet avis, refusé l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme A et a placé l'intéressée en congé de maladie ordinaire depuis le 25 juin 2018. Le 21 novembre 2018, Mme A a contesté ce refus et formé une nouvelle demande de congé de longue maladie toujours sur le fondement de cette pathologie et d'une dépression sévère. Le comité médical a ordonné une expertise médicale. Par courrier du 11 janvier 2019, elle a été informée par le département qu'il était sursis à statuer sur sa demande de congé de longue maladie dans l'attente des résultats de ladite expertise. Le médecin expert a rendu, le 12 juin 2019, des conclusions défavorables à l'octroi d'un congé de longue maladie. Le 2 juillet 2019, le comité médical départemental de la Drôme a émis un nouvel avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie. Par arrêté du 22 août 2019, le Président du conseil départemental de la Drôme a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie à l'intéressée qui a été placée à demi-traitement à compter du 25 juin 2019, date d'épuisement des droits à congé de maladie ordinaire. Après une rencontre avec le directeur général adjoint chargé des ressources humaines, elle a déposé, le 11 septembre 2019, une nouvelle demande de congé de longue maladie, fondée, selon elle, sur une nouvelle pathologie, à savoir un syndrome dépressif. Une expertise médicale a été réalisée par le Docteur C, expert psychiatre, à la demande du département. En dépit des conclusions favorables de l'expert, le comité médical départemental a émis, le 3 décembre 2019, un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme A. Par l'arrêté attaqué du 17 décembre 2019, le Président du Conseil départemental de la Drôme a placé Mme A en disponibilité pour maladie pour une durée de six mois à compter à du 25 juin 2019, pour une durée renouvelable de trois mois, soit jusqu'au 24 mars 2020 et a implicitement rejeté sa demande de congé de longue maladie. Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Lorsque l'administration réitère les termes d'une décision déjà intervenue, cette nouvelle décision statuant sur une demande ayant le même objet, le cas échéant au terme d'une nouvelle instruction, constitue une décision confirmative de la précédente. La notification d'une telle décision confirmative d'une décision initiale devenue définitive ne peut en toute hypothèse faire courir un nouveau délai de recours. En outre, une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

3. En l'espèce, le département de la Drôme fait valoir que la requête de Mme A est irrecevable en raison de sa tardiveté. Selon lui, l'arrêté litigieux est confirmatif de l'arrêté du 5 septembre 2018 et a minima de celui du 22 août 2019. Toutefois, en premier lieu, aucune décision n'a été prise par le département concernant le placement de Mme A en disponibilité d'office pour maladie antérieurement à la décision actuellement en litige. En second lieu, il ressort effectivement des pièces du dossier que le département de la Drôme a déjà refusé de lui octroyer un congé de longue maladie à compter du 25 juin 2018 sur le fondement de la même pathologie par deux décisions du 5 septembre 2018 et du 22 août 2019. Toutefois, Mme A peut se prévaloir de circonstances de fait nouvelles de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation de ses droits depuis l'édiction de ces arrêtés. En effet, le département de la Drôme l'a incitée, à la suite de sa décision du 22 août 2019 portant rejet de congé de longue maladie, à déposer une nouvelle demande et il a par ailleurs sollicité l'avis d'un expert, ce dernier ayant rendu un avis favorable, le 27 novembre 2019, à l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme A. Dès lors, l'arrêté en litige n'est pas confirmatif des deux précédents arrêtés du 5 septembre 2018 et du 22 août 2019. La requête de Mme A est ainsi recevable.

Sur les conclusions en annulation:

4. Aux termes de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : [] 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence [] ". Aux termes de l'article 4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 : "Le comité médical départemental est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Il est consulté obligatoirement pour : [] b) L'octroi et le renouvellement des congés de longue maladie ou de longue durée [] ".

5. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 17 décembre 2019, se bornant à viser l'avis du comité médical départemental du 3 décembre 2019 maintenant ses avis précédents défavorables à l'octroi d'un congé de longue maladie, sans se l'approprier, que le département de la Drôme s'est cru lié par cet avis.

6. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme A avait déposé, le 11 septembre 2019, une nouvelle demande de congé de longue maladie, fondée sur un syndrome dépressif. Une expertise médicale a alors été réalisée par le Docteur C, expert psychiatre, à la demande du conseil départemental. En dépit des conclusions favorables de l'expert, le comité médical départemental a émis, le 3 décembre 2019, un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie à Mme A. Aux termes de cet avis, le comité médical déplore le fait que cette expertise soit diligentée à la demande de l'administration, eu égard au risque de violation du secret médical. Cette rédaction ne permet pas de s'assurer que le comité médical a pris connaissance de cette nouvelle expertise du 27 novembre 2019 concluant que Mme A souffre d'une dépression et, qu'eu égard à sa gravité, elle justifie l'octroi d'un congé de longue maladie. La requérante a été privée d'une garantie. Par suite, elle est fondée à soutenir que la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de congé de longue maladie à Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision la plaçant en disponibilité d'office pour une durée de six mois à compter à du 25 juin 2019, pour une durée renouvelable de trois mois, soit jusqu'au 24 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au département de la Drôme de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme demandée par le département de la Drôme, partie perdante, au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 décembre 2019 par lequel le département de la Drôme a placé Mme A en disponibilité pour maladie pour une durée de six mois à compter du 25 juin 2019, pour une durée renouvelable de trois mois, soit jusqu'au 24 mars 2020 et a implicitement rejeté sa demande de congé de longue maladie est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au département de la Drôme de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois.

Article 3 : Le département de la Drôme versera une somme de 1 500 euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme D A, et au département de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

C. E

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLI Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 200727

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