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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000827

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000827

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET CHOULET PERRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 6 février 2020 et le 8 octobre 2021, Mme A C, représentée par Me Choulet, demande au tribunal :

1°) à titre liminaire, d'initier une procédure de médiation entre les parties après avoir recueilli l'accord de la préfecture de la Savoie et de la commune de Saint-Thibaud-de-Couz ;

2°) à titre principal, annuler l'arrêté du préfet de la Savoie du 17 septembre 2019 portant cessibilité d'une partie de la parcelle dont elle est propriétaire au profit de la commune de Saint-Thibaud-de-Couz ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'arrêté n'est pas compétent ;

- l'illégalité de la déclaration d'utilité publique entraine par voie de conséquence l'annulation de l'arrêté de cessibilité : le jugement du 9 juillet 2019 est entaché de plusieurs erreurs de droit ; la DUP porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété alors que le projet alternatif proposé par voie amiable ne génère aucune expropriation et prive nécessairement d'utilité publique le projet qui présente dès lors des avantages comparables rendant tout autre considération inopérante ;

- la procédure est irrégulière en l'absence de réalisation d'un document d'arpentage contradictoire.

Par des mémoires en défense enregistrés le 17 juin 2020 et le 13 décembre 2021, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 4 août 2021, la commune de Saint-Thibaud-de-Couz, représentée par la SCP Girard-Madoux et associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante au versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Artusi représentant la commune de Saint-Thibaud-de-Couz.

Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le 8 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 2 mars 2017, le préfet de la Savoie a déclaré d'utilité publique le projet de la commune de Saint-Thibaud-de-Couz d'aménager un plateau sportif à proximité des écoles du chef-lieu. Par arrêté du 27 mars 2017, il a déclaré cessible la parcelle cadastrée B 906 nécessaire à la réalisation de l'opération. Par un jugement du 9 juillet 2019, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 27 mars 2017. Mme C propriétaire de la parcelle numéro 906 demande, dans la présente instance, l'annulation de l'arrêté pris le 17 septembre 2019 par le préfet de la Savoie déclarant cessible la parcelle B 2745, issue de la division de la parcelle B 906 dont elle est propriétaire à Saint-Thibaud-de-Couz.

Sur la demande de médiation :

2. Aux termes de l'article L. 213-7 du code de justice administrative : " Lorsqu'un tribunal administratif ou une cour administrative d'appel est saisi d'un litige, le président de la formation de jugement peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci. ".

3. La faculté d'organiser une mission de médiation entre les parties qui en sont d'accord relève d'un pouvoir propre du président de la formation de jugement. Aucune disposition n'impose à une formation de jugement d'organiser une médiation et, en l'espèce, la commune, s'est opposée à l'engagement d'une telle procédure. Par suite, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de la requérante.

Sur la légalité de l'arrêté du 17 septembre 2019 :

4. L'arrêté du 17 septembre 2019 est signé par M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Savoie, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie le 28 mai 2019 à cet effet et publiée le 29 mai 2019 au recueil des actes administratifs.

5. Il résulte des dispositions combinées des article R. 132-1 à R. 132-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique et de l'article 7 du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière que, lorsqu'un arrêté de cessibilité déclare cessibles des parties de parcelles, ce qui implique de modifier les limites des terrains concernés, un document d'arpentage doit être préalablement réalisé afin que l'arrêté de cessibilité désigne les parcelles concernées conformément à leur numérotation issue de ce document. Le défaut d'accomplissement de cette obligation, qui constitue une garantie pour les propriétaires concernés par la procédure d'expropriation, entache d'irrégularité l'arrêté de cessibilité.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un état parcellaire mentionnant la situation, la contenance et la désignation cadastrale du terrain initial, de l'emprise à acquérir et du surplus restant, était annexé à l'arrêté de cessibilité notifié à Mme C en sa qualité de propriétaire de la parcelle expropriée. L'état parcellaire précise la superficie et la numérotation cadastrale de la surface à acquérir ainsi que celles du surplus restant. La circonstance que le document d'arpentage n'a pas été réalisé de manière contradictoire est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige.

Sur la légalité de la déclaration d'utilité publique :

7. Une opération ne peut être légalement déclarée d'utilité publique que si les atteintes à la propriété privée, le coût financier, les inconvénients d'ordre social, la mise en cause de la protection et de la valorisation de l'environnement, et l'atteinte éventuelle à d'autres intérêts publics qu'elle comporte ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente. Par ailleurs, l'autorité administrative n'est tenue de faire droit à la demande d'abrogation d'une déclaration d'utilité publique que si, postérieurement à son adoption, l'opération concernée a, par suite du changement des circonstances de fait, perdu son caractère d'utilité publique ou si, en raison de l'évolution du droit applicable, cette opération n'est plus susceptible d'être légalement réalisée.

8. D'une part, la légalité de l'arrêté de déclaration d'utilité publique du 2 mars 2017 doit s'apprécier à la date de son édiction. Mme C ne démontre pas qu'à cette date, la commune était propriétaire de terrains lui offrant des conditions équivalentes qu'elle aurait pu utiliser, et qu'elle aurait pu ainsi réaliser son projet sans procéder à son expropriation. Si elle soutient que le déplacement du projet de 20 mètres vers l'Ouest aurait présenté moins d'inconvénients, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier l'opportunité du choix opéré à cet égard par la commune.

9. D'autre part, l'acquisition par la commune d'une portion de la parcelle cadastrée section B n° 905 est la conséquence de la déclaration d'utilité publique. Il ne s'agit pas, ainsi, d'une évolution factuelle susceptible de retirer à l'aménagement son caractère d'utilité publique.

10. Enfin, il n'appartient pas au tribunal de se prononcer sur la régularité du précédent jugement rendu le 9 juillet 2019.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme réclamée par la commune de Saint-Thibaud-de-Couz en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Thibaud-de-Couz présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Saint-Thibaud-de-Couz.

Copie sera adressée au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bailleul Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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