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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000830

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000830

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL GERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février 2020 et le 16 avril 2021 Mme F, représentée par Me Gerbi demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2018 en ce qu'elle fixe son taux d'incapacité partielle permanente ;

2°) de désigner un médecin expert, spécialiste en rhumatologie afin qu'il détermine le taux d'invalidité afférent à son accident de service du 5 septembre 2016, par référence au barème annexé au décret n° 2001-99 du 31 janvier 2001 portant modification du décret n° 68-756 du 13 août 1968 pris pour l'application de l'article L. 28 (3e alinéa) du code des pensions civiles et militaires de retraite, de dire si des soins post-consolidation sont à envisager et, le cas échéant, les décrire, ainsi que leur durée.

Mme F soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la composition de la commission de réforme était irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- aucune antériorité concernant son genou gauche n'aurait dû être retenue dans la détermination de son taux d'IPP.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2020, la commune de Saint-Martin d'Hères, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable et mal fondée.

La clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2021 par une ordonnance du 10 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- l'arrêté interministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H ;

- les conclusions de M. C ;

- les observations de Me Touvier, représentant la commune de Saint-Martin d'Hères.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, agent territorial au sein de la commune de Saint-Martin d'Hères, a été victime, le 5 septembre 2016, d'un accident de service qui a occasionné une entorse de son genou gauche. La commission de réforme, réunie le 3 juillet 2018, a émis un avis favorable à la consolidation de son état de santé au 25 mai 2018 avec un taux d'IPP directement imputable à l'accident de service de 4% aggravant un état antérieur de 4% lié à une chirurgie du ligament croisé antérieur du genou subie par Mme F en 2002. Suite à un courrier de Mme F adressé au directeur général des services de la commune de Saint-Martin d'Hères afin d'obtenir des nouvelles de son dossier, ce dernier a rappelé, dans un courrier du 2 août 2018, le sens des conclusions de la commission de réforme et notamment le taux d'IPP directement imputable à l'accident de service. Mme F demande l'annulation de ce courrier en ce qu'il fixe son taux d'IPP.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté interministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le président de la commission de réforme est désigné par le préfet () / Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'absence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée devant la commission de réforme est susceptible de priver le fonctionnaire d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure d'une irrégularité seulement dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose cette commission, que la présence d'un tel spécialiste est nécessaire pour éclairer l'examen du cas de l'intéressé. Mme F souligne la différence entre certains points des rapports des docteurs A et D. Toutefois, ces différences entre les rapports, au demeurant établis l'un en 2017 et l'autre en 2018, ne concernent pas le taux d'invalidité retenu au titre de l'accident survenu le 5 septembre 2016. La commission qui a siégé le 3 juillet 2018, en s'appuyant sur l'expertise réalisée par un médecin spécialiste n'a pas, eu égard à l'avis qu'elle a rendu, manifestement été privée des éléments nécessaires à l'examen du dossier de Mme F. Le moyen tiré de l'irrégularité de la constitution de la commission doit dès lors être écarté.

4. En second lieu, Mme F fait valoir que son taux d'IPP aurait dû être fixé sans tenir compte d'une antériorité liée à son opération subie en 2022. Toutefois, le docteur D, médecin agréé, a constaté, lors de plusieurs expertises réalisées le 22 décembre 2016, le 20 avril 2017 et le 10 juillet 2017, que Mme F, qui présente un long passé de pratique notamment du basket et du ski, sports qu'elle a pratiqués en compétition, a été victime en 2000 d'une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche pour laquelle elle a été opérée. La commission de réforme, réunie le 3 juillet 2018 a émis un avis favorable à la consolidation au 25 mai 2018. Elle a fixé à 4 % le taux d'IPP imputable et a retenu un état antérieur de 4 % ayant un lien fonctionnel et des soins post consolidation à type kinésithérapie jusqu'en septembre 2018. Elle s'est fondée sur l'expertise réalisée le 25 mai 2018 par le docteur A, rhumatologue et médecin du sport, qui a relevé lors de son expertise que l'intéressée a été victime d'une chute et a subi en 2002 une chirurgie arthroscopique du ligament croisé antérieur (LCA) du genou gauche. Ce médecin a notamment constaté le même jour " un état antérieur arthrosique qui évoluera () et ne pourra être rapporté aux conséquences de l'accident du 5 septembre 2016 mais à l'évolution de son état antérieur de 2002 " et a conclu à un taux d'incapacité permanente partielle " directement imputable [à l'accident de service] de 4 % et représentant le lien fonctionnel d'aggravation d'un état antérieur de 4 % () ".

5. Si la requérante produit une attestation de son médecin généraliste, le Docteur E B, datée du 22 décembre 2017, aux termes de laquelle ce dernier certifie qu'elle ne l'a jamais consulté pour un problème de genou avant son accident de travail du 5 septembre 2016, elle ne conteste pas, toutefois, avoir été opérée en 2002 d'un LCA genou gauche sans lésion méniscale. Cette simple attestation de son médecin généraliste ne suffit pas à remettre en cause le rapport dudit médecin rhumatologue, expert près la cour d'appel de Chambéry. La circonstance selon laquelle Mme F aurait poursuivi, postérieurement à son opération LCA, toutes ses activités sportives, ne permet pas davantage d'établir qu'elle ne souffrait d'aucun déficit antérieur.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, et sans qu'il soit besoin de prescrire l'expertise médicale sollicitée, que les conclusions présentées par Mme F doivent être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code font obstacles à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saint-Martin d'Hères la somme demandée par M. F sur leur fondement. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune de Saint-Martin d'Hères sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Martin d'Hères sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et la commune de Saint-Martin d'Hères.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le président-rapporteur,

C. H

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

PH. D'ARGENSON Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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