mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2000903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | REMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 février 2020, le 12 novembre 2020, le 13 janvier 2022, le 31 mars 2022 et le 23 janvier 2023, la société CH Bonnegarde, représentée par Me Remy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2019 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande d'autorisation pour la création d'une microcentrale hydroélectrique utilisant les eaux du torrent de Bonnegarde sur la commune de la Plagne-Tarentaise ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir " sous réserve des nécessités et délais liés, le cas échéant, à l'organisation d'une nouvelle expertise " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- suite à la connaissance, en fin de période d'enquête publique, d'un projet concurrent placé sous le régime de la concession constitutif d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, son projet aurait dû faire l'objet d'une nouvelle enquête publique ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code de l'environnement et des articles L. 311-5 et L. 121-1 du code de l'énergie.
Par des mémoires en défense enregistrés le 29 mai 2020, le 5 mars 2021, le 9 février 2022, le 28 février 2022 et le 22 décembre 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'énergie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bedelet,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Remy pour la société CH Bonnegarde et de Mme C et de M. B pour le préfet de la Savoie.
Une note en délibéré présentée par la société CH Bonnegarde a été enregistrée le 12 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté attaqué du 26 décembre 2019, le préfet de la Savoie a refusé de délivrer à la société CH Bonnegarde une autorisation pour la création d'une microcentrale hydroélectrique utilisant les eaux du torrent de Bonnegarde sur la commune de La Plagne-Tarentaise au motif que le site du projet retenu dans la demande d'autorisation environnementale du pétitionnaire fait l'objet d'une demande de concession dans le cadre d'un projet concurrent, dont les impacts sur l'environnement ne sont pas objectivement disproportionnés, alors qu'il fait l'objet d'une meilleure utilisation de la ressource hydrique.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 214-8 du code de l'environnement dans sa version applicable au litige : " L'opération pour laquelle l'autorisation est sollicitée est soumise à enquête publique dès que le dossier est complet et régulier () ".
3. Il ne résulte pas de l'instruction que le projet présenté par le pétitionnaire ait présenté en cours d'instruction et après le déroulement de l'enquête publique une modification de nature à entraîner un changement notable des éléments du dossier de sa demande d'autorisation. Contrairement à ce que soutient la société requérante, l'existence, en fin de période d'enquête publique, d'un projet concurrent placé sous le régime de la concession, qui n'est pas de nature à modifier les caractéristiques et impacts de son projet, ne constitue pas un changement dans les circonstances de fait ou de droit rendant nécessaire une nouvelle enquête publique.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : "
I.-Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion () vise à assurer :
1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides () ;
2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution () ;
3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ;
4° Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ;
5° La valorisation de l'eau comme ressource économique et, en particulier, pour le développement de la production d'électricité d'origine renouvelable ainsi que la répartition de cette ressource ;
5° bis La promotion d'une politique active de stockage de l'eau pour un usage partagé de l'eau permettant de garantir l'irrigation, élément essentiel de la sécurité de la production agricole et du maintien de l'étiage des rivières, et de subvenir aux besoins des populations locales ;
6° La promotion d'une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau ;
7° Le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques () ;
II.-La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences :
1° De la vie biologique () ;
2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ;
3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées () ".
5. Aux termes de l'article L. 311-5 du code de l'énergie : " L 'autorisation d'exploiter une installation de production d'électricité est délivrée par l'autorité administrative en tenant compte des critères suivants :
1° L'impact de l'installation sur l'équilibre entre l'offre et la demande et sur la sécurité d'approvisionnement, évalués au regard de l'objectif fixé à l'article L. 100-1 ;
2° La nature et l'origine des sources d'énergie primaire au regard des objectifs mentionnés aux articles L. 100-1, L. 100-2 et L. 100-4 ;
3° L'efficacité énergétique de l'installation, comparée aux meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable ;
4° Les capacités techniques, économiques et financières du candidat ou du demandeur ;
5° L'impact de l'installation sur les objectifs de lutte contre l'aggravation de l'effet de serre.
6° L'autorisation d'exploiter doit être compatible avec la programmation pluriannuelle de l'énergie ".
6. Le projet de la société CH Bonnegarde consiste à capter les eaux du torrent de Bonnegarde à une altitude de 1 450 mètres NGF pour les turbiner à une altitude d'environ 758 mètres NGF. Il prévoit un débit d'équipement de 0,65 m³/s égal à 0,97 le module du cours d'eau avec une chute de 683 mètres, soit une puissance maxime brute (PMB) développée par l'aménagement projeté de 4 356 kW (en limite du seuil de la concession de service public établi à 4 500 kW) alors que le projet concurrent porté par la société Serhy/Sumatel prévoit un débit d'équipement supérieur à 1 000 l/s avec une chute de 1 000 mètres pour un module au droit de la prise d'eau estimé à 584 l/s, soit un rapport de 1,7 fois le module et alors qu'il résulte de l'instruction qu'en Tarentaise ou à proximité immédiate, la moyenne des équipements installés ou en cours d'étude atteint 1,58 fois le module des cours d'eau concernés. La société requérante n'établit pas l'impossibilité de prévoir un débit d'équipement supérieur 0,65 m³/s alors que le projet est situé dans le secteur de la Tarentaise médiane, identifiée comme à potentiel hydroélectrique dans le schéma régional climat air énergie. Si la société requérante produit, en cours d'instance, une nouvelle étude hydrologique révisant à la baisse le module au droit des deux prises d'eau envisagées par le projet (0,52 m³/s au lieu de 0,65 m³/s), elle ne diminue pas la valeur du débit maximal dérivé par l'aménagement projeté qui demeure à 0,65 m³/s, ce qui démontre que la valeur retenue pour son débit maximal n'avait initialement pas été optimisée. Par ailleurs, en prenant en compte les données de l'étude de la société requérante, il résulte de l'instruction que la puissance de l'aménagement peut être doublée pendant plus de trois mois correspondant à la fonte nivale alors que le projet de la société requérante limite le débit d'équipement à 0,65 m³/s y compris au moment de la fonte nivale et que le débit d'équipement projeté, qui s'établirait à 1,25 le module du cours d'eau, est toujours inférieur à la moyenne des équipements installés ou en cours d'étude en Tarentaise ou à proximité immédiate. D'autre part, concernant les risques pour la sécurité des biens et des personnes, il résulte de l'avis du 25 mai 2016 du service départemental de restauration des terrains en montagne de la Savoie que le secteur du projet de la CH Bonnegarde, situé hors du périmètre du plan d'indexation en Z, est cependant exposé à un aléa faible de glissement de terrains. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un projet de concession ne pourrait être implanté en amont (environ 250 m plus haut que celui de la CH Bonnegarde) avec des aléas géotechniques équivalents. En effet, la société requérante n'apporte pas d'éléments de nature à contredire l'affirmation du préfet selon laquelle la nature géologique et la pente des terrains sont similaires du fond de la vallée jusqu'à 1800 m environ et qu'un grand nombre d'installations (route départementale, routes communales, piste de bobsleigh, remontées mécaniques, conduites d'eau usées) ont déjà été réalisées à ces altitudes. Ainsi, la société requérante ne démontre pas l'impossibilité d'utiliser une plus grande chute. En tout état de cause, le franchissement du seuil de 4,5 MW au-delà duquel un appel d'offre à concession de service public est nécessaire, n'est pas lié en l'espèce au positionnement des équipements. En effet, à positionnement identique et aléas et risques similaires, la société requérante ne démontre pas l'impossibilité de prévoir un débit d'équipement à 1,5 fois le module interannuel du cours d'eau. S'agissant de l'impact environnemental, il ne résulte pas de l'instruction qu'un projet porté sous le régime de la concession de service public présenterait un inconvénient excessif sur l'environnement par rapport au projet de la société requérante. Dans son avis du 16 février 2022, la direction départementale des territoires de la Savoie a d'ailleurs conclu à la faisabilité du projet de concession hydroélectrique de la SARL Sumatel sur le torrent de Bonnegarde au regard du risque de glissement de terrains et de l'impact sur l'environnement. Par ailleurs, si la société requérante fait valoir qu'un projet sous le seuil de 4 500 kW bénéficie d'un soutien financier, la faisabilité technique et économique du projet de la société requérante n'a pas été remise en cause par le préfet de la Savoie. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'un projet de centrale hydroélectrique sous régime de la concession ne serait pas économiquement viable malgré l'absence de soutien financier. Enfin, si la société requérante fait valoir que son projet est préféré à celui de la concession par les communes d'Aime La Plagne et de la Plagne Tarentaise et produit la délibération du conseil municipal de la Plagne Tarentaise du 7 juin 2022 approuvant le principe d'une exploitation du torrent de Bonnegarde mais refusant tout régime de concession, il ne résulte pas des dispositions citées aux points 4 et 5 que le critère de l'acceptabilité locale constitue un des critères pris en compte pour la délivrance d'une autorisation d'exploiter une installation de production d'électricité.
7. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Savoie a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'une meilleure valorisation hydro-électrique du torrent de Bonnegarde serait possible sous le régime de la concession et présenterait une meilleure efficacité énergétique.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société CH Bonnegarde doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société CH Bonnegarde est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société CH Bonnegarde et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
A. Bedelet
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026