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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000924

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000924

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPINTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 février 2020, le 13 novembre 2020 et le 21 mai 2021, M. B D, représenté par Me Pinto, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme délivré le 9 janvier 2020 par le maire de Satolas-et-Bonce en tant qu'il mentionne, d'une part, la possibilité d'opposer un sursis à statuer et, d'autre part, la nécessité d'obtenir un avis conforme du préfet ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Satolas-et-Bonce une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- eu égard à leur objet et effets différents, le certificat d'urbanisme du 9 janvier 2020 n'est pas confirmatif du certificat du 26 novembre 2019 ; les conclusions partielles d'annulation du certificat du 9 janvier 2020 sont donc recevables

- la mention relative au sursis à statuer dans un certificat d'urbanisme et celle relative à l'avis conforme du préfet sont divisibles du reste du certificat d'urbanisme et sont ainsi susceptibles de recours ;

- le projet de diviser son terrain en six lots à bâtir n'est ni de nature à rendre plus onéreux l'exécution du futur plan, ni susceptible d'en compromettre l'exécution;

- le plan d'occupation du sol est devenu caduc ; cette situation n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme ; c'est donc à tort que le certificat mentionne que l'avis conforme du préfet est nécessaire ;

- la mention relative au sursis à statuer n'est pas motivée conformément aux dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme qui exigent que le certificat indique les raisons pour lesquelles le projet en question serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreux l'exécution du futur plan.

- la mention relative à l'avis conforme du préfet n'est pas motivée ;

- il invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité du futur classement de la parcelle cadastrée E 511 en zone agricole et en secteur de corridor écologique ; ce double classement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, pour les raisons exposées dans sa requête du 10 avril 2020 ;

- si cette exception d'illégalité est jugée irrecevable, et si dans l'instance relative à la contestation du PLU, l'intégralité du PLU ou le classement en zone A et corridor écologique ou encore le règlement écrit relatif au secteur Co étaient annulés, la mention relative au sursis à statuer dans le certificat d'urbanisme devrait être considérée comme illégale et devrait donc être annulée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 1er juillet 2020, le 28 décembre 2020 et le 11 juin 2021, la commune de Satolas-et-Bonce, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- les mentions dont l'annulation est demandée sont purement confirmatives de celles figurant sur le certificat non contesté du le 26 novembre 2019 ;

- l'avis conforme du préfet était requis en application de l'article L.410-1 du code de l'urbanisme ; cette mention ne fait pas grief en tout état de cause ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pinto représentant M. D et de Me Buffet représentant la commune de Satolas-et-Bonce.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est propriétaire de la parcelle cadastrée section E n°511, sur laquelle est bâtie une maison à usage d'habitation, située dans le hameau de Chaffard sur le territoire de la commune de Satolas-et-Bonce. Le 12 novembre 2019, il a demandé un certificat d'urbanisme sur le fondement du a) de l'article L. 410 du code de l'urbanisme, qui lui a été délivré le 26 novembre 2019. Le même jour, il a également demandé un certificat d'urbanisme sur le fondement du b) de l'article L. 410 du code de l'urbanisme pour savoir si son terrain peut être utilisé pour la réalisation d'une opération consistant en la réalisation d'un lotissement de 6 lots en vue de construire des maisons d'habitation autour de la maison existante. Le 9 janvier 2020, le maire de Satolas-et-Bonce a pris un certificat d'urbanisme, qui doit être regardé comme positif, tout en mentionnant que " toute demande d'autorisation d'urbanisme sera soumise à l'avis conforme du préfet en application des dispositions de l'article L 422-6 du code de l'urbanisme " et " pourrait faire l'objet d'une décision de sursis à statuer, étant donné que le Plan Local d'Urbanisme (PLU) est en cours d'élaboration (article L 153-11 du code de l'urbanisme) ". Par sa requête, M. D demande l'annulation de ce certificat en tant qu'il comporte ces deux mentions.

Sur les conclusions d'annulation du certificat d'urbanisme en tant qu'il comporte la mention relative à l'avis conforme du préfet :

2. Aux termes de l'article L. 410-1du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ;b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer () ".

3. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

4. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le plan d'occupation des sols de Satolas-et-Bonce était devenu caduc depuis le 27 mars 2017 en application de l'article L. 174-3 du code de l'urbanisme et, qu'en conséquence, le règlement national d'urbanisme s'appliquait sur le territoire communal. Dès lors, les dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme imposeraient au maire, en cas de demande ultérieure d'autorisation d'urbanisme portant sur l'opération envisagée par M. D dans sa demande, de consulter pour avis conforme le préfet. Par suite, c'est à juste titre que le certificat d'urbanisme du 9 janvier 2020 indique que l'opération projetée doit être examinée au regard du règlement national d'urbanisme et mentionne expressément que le projet de M. D sera soumis, en cas de demande d'autorisation d'urbanisme, à l'avis conforme du préfet. Ces mentions sont suffisamment claires et satisfont ainsi aux exigences de forme énoncées par les dispositions précitées de l'article L. 410 du code de l'urbanisme sans qu'ait une incidence la circonstance que ce certificat fasse référence à l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme au lieu de l'article L. 422-5 du même code. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mention relative à l'avis conforme du préfet est illégale.

Sur les conclusions d'annulation du certificat d'urbanisme en tant qu'il mentionne la possibilité d'opposer un sursis à statuer :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". L'article L. 424-1 de ce code dispose que : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 153-11 () du présent code ".

6. Aux termes de l'article R. 410-14 du code de l'urbanisme : "'Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée.'".

7. Il résulte de ces dernières dispositions que le certificat d'urbanisme positif du 9 janvier 2020, qui indique que l'opération envisagée par M. C est réalisable, n'a pas à être motivé.

8. Par ailleurs, ce certificat mentionne expressément qu'une demande d'autorisation portant sur le projet de M. D " pourrait faire l'objet d'une décision de sursis à statuer, étant donné que le Plan Local d'Urbanisme (PLU) est en cours d'élaboration (article L 153-11 du code de l'urbanisme) ". En faisant référence à ce dernier article, il doit être regardé comme renvoyant au deuxième alinéa de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, en vertu duquel il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux ou constructions dans le cas notamment prévu à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme. Dès lors, il satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme.

9. En deuxième lieu, le requérant fait valoir que le projet de diviser son terrain en six lots à bâtir n'est pas de nature à rendre plus onéreux l'exécution du futur plan ou d'en compromettre l'exécution compte tenu qu'une partie du terrain est classée en zone U par le projet de plan local d'urbanisme, que l'autre partie classée en zone A n'a pas de potentiel agricole et n'est pas d'une taille significative par rapport à la vaste superficie que recouvre la zone A dans ce secteur.

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment du projet de règlement graphique que la parcelle cadastrée section E n°511, d'une superficie totale déclarée de 5 590 m2, est classée pour partie en zone urbaine et pour une autre partie en zone agricole. Le projet de règlement de la zone A du futur PLU interdit toutes les constructions, installations, occupations et utilisations du sol qui ne sont pas directement liées et nécessaires à l'exploitation agricole. En outre, le futur plan identifie cette parcelle au titre des terrains correspondant à un secteur de continuité écologique (Co) dans lequel sont interdits " les aménagements et tous les travaux non compatibles avec la préservation du corridor écologique ou constituant un obstacle direct ou indirect (luminosité) ou une barrière aux déplacements de la faune en particulier, c'est-à-dire présentant un linéaire supérieur à 20 % de la largeur fonctionnelle (axe de déplacements préservé par le corridor) du secteur Co au droit des aménagements ou travaux () ".

11. Il est vrai que la partie de terrain se situant dans la partie directement attenante au lotissement, constituée du lot A bâti ainsi que des lots 5 et 6 du projet de division et représentant une superficie de 2140 m², est classée en zone U par le projet de plan graphique du PLU et que, pour cette fraction de parcelle, le projet apparait compatible avec les prévisions du futur plan. Toutefois, la partie du terrain classée en zone A, correspondant aux lots 1 à 4 et à la fraction de 1 620 m2 non incluse dans des lots, occupe toutefois une surface supérieure à 2 450 m2 et se rattache au Nord Est à une très vaste plaine agricole s'étendant jusqu'au centre du village. Eu égard aux 4 lots que comporte cette partie de parcelle, qui sont susceptibles de supporter autant de constructions et à son emplacement au droit du vaste secteur agricole environnant, le projet envisagé est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur PLU adopté seulement un mois après la décision attaquée.

12. En troisième et dernier lieu, le tribunal a rejeté par jugement n° 2002282 du 22 septembre 2022 les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation totale ou partielle de la délibération du 10 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Satolas-et-Bonce a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Dès lors, et en tout état de cause, M. D n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché le projet de futur plan en ce qu'il classe une partie de la parcelle cadastrée section E n°511 en zone agricole et en secteur de corridor écologique. Pour les mêmes raisons, il n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de cette mention par voie de conséquence de l'annulation du plan local d'urbanisme finalement approuvé le 10 février 2020.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Satolas-et-Bonce, que les conclusions d'annulation de M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Satolas-et-Bonce, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Satolas-et-Bonce.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la commune de Satolas-et-Bonce une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la commune de Satolas-et-Bonce.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

J-L. A

Le président,

S. Wegner

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000924

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