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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2000987

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2000987

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2000987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LEVANTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2020, M. B, représenté par Me Levanti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 3 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Reignier-Esery a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune, en ce qu'elle classe en zone agricole la parcelle cadastrée section E no 1324, situées au lieudit Magny Nord ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Reignier-Esery une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que le classement en zone agricole de la parcelle dont il est propriétaire, cadastrée section E n°1324, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 12 janvier 2021, la commune de Reignier-Esery représentée par Me Duraz conclut au rejet de la requête, subsidiairement à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Reignier-Esery fait valoir que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Un courrier a été adressé le 14 septembre 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 28 décembre 2022, par l'avis d'audience du même jour.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Duraz, représentant la commune de Reignier-Esery.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de la parcelle, cadastrée section E nos 1324, située sur le territoire de la commune de Reignier-Esery. Par la délibération du 3 décembre 2019, le conseil municipal de la commune de Reignier-Esery a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune et a classé cette parcelle en zone agricole. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe sa parcelle en zone agricole.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. La parcelle appartenant au requérant, cadastrée section E n°1324, classée en zone agricole, est non bâtie et située au lieudit " Magny nord ". Si cette parcelle jouxte, sur trois de ses côtés, un secteur classé en zone Ud, il apparaît toutefois que celle-ci s'ouvre au sud vers un vaste espace rural. Si le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable au classement en zone urbaine de ces parcelles, celui-ci ne lie toutefois pas l'autorité compétente et il n'est pas contesté que la parcelle du requérant est située à proximité d'une exploitation agricole. A cet égard, l'attestation selon laquelle l'entretien de cette parcelle est réalisé à titre gracieux et sans bail par la ferme Meynet ne suffit à établir l'absence d'intérêt agricole du terrain. Compte tenu de la vocation agricole du secteur, les circonstances que le passage de la ligne à haute tension ne fasse pas obstacle à l'urbanisation de la parcelle et que celle-ci serait desservie par tous les réseaux ne permettent pas de regarder le classement litigieux comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, ce classement demeure cohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables notamment tournées vers la protection des espaces agricoles et qui fixent un principe de développement urbain principalement autour de deux pôles prioritaires dont la parcelle du requérant ne fait pas partie. Dans ces conditions, le moyen selon lequel ce classement procède d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 3 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Reignier-Esery a approuvé son plan local d'urbanisme.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Reignier-Esery, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Reignier-Esery.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Reignier-Esery en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Reignier-Esery.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteur,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000987

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