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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001156

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001156

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantADP AFFAIRES DROIT PUBLIC IMMOBILIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2020 et un mémoire complémentaire du 3 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Laurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 19-170 du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et valant schéma de cohérence territoriale, en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section AE n° 334 située sur le territoire de la commune de Saint-Christophe-sur-Guiers en zone agricole ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Cœur de Chartreuse la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- le classement en zone agricole de la parcelle AE n° 334 du fait de la supposée présence d'une zone humide est entaché d'une inexactitude matérielle à raison de cette caractéristique et d'une erreur manifeste d'appréciation ; le caractère humide d'une partie de sa parcelle est le fait de tiers et non de ses caractéristiques naturelles intrinsèques ; elle ne fait pas partie des marais de Berland ;

- le classement en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la parcelle est enserrée dans un ensemble bâti au sein du hameau " La Richardière " qui constitue une enveloppe urbaine existante et répertoriée comme telle aux termes du PADD ; sa parcelle doit être classée en zone UH au même titre que les parcelles voisines ;

- le classement n'est pas cohérent avec l'orientation n° 15 du PADD qui préconise de " conforter le développement urbain et villageois en s'appuyant sur la trame paysagère et fonctionnelle du territoire ".

Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er février 2021 et le 11 octobre 2021, la communauté de communes Cœur de Chartreuse, représentée par la société d'avocats Affaires Droit public Immobilier, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de M. C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Cœur de Chartreuse fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une lettre du 28 septembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 9 novembre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 20 décembre 2021.

Par lettres du 1er juin 2022, le tribunal a demandé au défendeur de produire une pièce complémentaire, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Cœur de Chartreuse a transmis au tribunal des pièces complémentaires qui ont été communiquées au requérant, le 7 juin 2022.

Vu :

- la délibération attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juin 2022 :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme B,

- les observations de Me Laurent, pour M. C,

- et les observations de Me Metgzer, pour la communauté de communes Cœur de Chartreuse.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes Cœur de Chartreuse regroupe 17 communes, dont Saint-Christophe-sur-Guiers. M. A C est propriétaire d'une parcelle cadastrée section AE n° 334, située au lieudit La Richardière sur le territoire de la commune de Saint-Christophe-sur-Guiers. Par délibération n° 19-170 du 19 décembre 2019, le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et valant schéma de cohérence territoriale (PLUi-H valant SCoT). Aux termes du règlement du PLUi H valant SCoT, cette parcelle a été classée intégralement en zone agricole et en partie en " zone humide à protéger au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ". Dans la présente instance, M. C demande l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019, en tant que la parcelle a été classée en zone agricole.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la cohérence entre le classement en zone A de la parcelle et le programme d'aménagement et de développement durables :

2. L'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable, dispose que : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / Il peut prendre en compte les spécificités des anciennes communes, notamment paysagères, architecturales, patrimoniales et environnementales, lorsqu'il existe une ou plusieurs communes nouvelles. ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

3. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

4. Le requérant soutient que le classement de sa parcelle en zone agricole n'est pas cohérent avec l'un des objectifs du PADD tendant à conforter le développement urbain et villageois qui s'appuie sur la trame paysagère et fonctionnelle du territoire, tel que résultant de son orientation n° 15.

5. Il est vrai que parmi les objectifs du PADD, figure l'orientation n° 15 du PADD selon laquelle il convient de " Conforter le développement urbain et villageois en s'appuyant sur la trame paysagère et fonctionnelle de territoire ". Toutefois, il ressort du livret communal de Saint-Christophe-sur-Guiers, qui traduit les orientations du PADD à l'échelon communal que deux secteurs ont été retenus pour développer l'habitat de la commune, qui sont " situés en continuité des enveloppes urbaines du chef-lieu et du plus gros hameau de la commune, Berland. Ces sites, ainsi que ceux figurant dans l'analyse de densification, étant suffisants pour répondre aux besoins en logement de la commune pour la période 2020-2032, il n'a pas été nécessaire de classer en zone constructible d'autres terrains. ". Le secteur du Chef-lieu est le " pôle d'équipement de la commune ", à proximité immédiate du cœur de village et il viendra " compléter le tissu urbain existant, pour y proposer une offre de logements diversifiée. ". S'agissant du secteur de Berland, les auteurs du PLUi l'ont retenu dès lors qu'il est la " deuxième entité urbaine de la commune où se trouve l'école communale. Le tènement vient finaliser l'urbanisation en entrée du secteur et permettra de proposer des logements à proximité de l'école () ". Le hameau de la Richardière où se situe la parcelle de M. C, enclavée et non desservie par une voie publique, ne figure pas au nombre de l'un de ces secteurs privilégiés de développement et la zone urbaine du hameau a été circonscrite autour des maisons existantes

6. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'ensemble du PADD, qui doit être apprécié dans sa globalité, que les auteurs de PLUi ont fixé d'autres orientations, qui ne sont pas incohérentes entre elles, et notamment l'orientation n° 1 " Valoriser l'identité naturelle et culturelle chartrousine ", déclinée notamment par les orientations n° 6 : " Favoriser le maintien et l'évolution de l'agriculture en Chartreuse " et n° 7 tendant à " Préserver et valoriser des espaces agricoles pour leur rôle d'aménageur du territoire ". Ainsi, le maintien en zone agricole de la parcelle litigieuse qui se trouve en bordure d'une petite zone UH " Centralité de niveau 3 ", elle-même située dans une vaste zone agricole enserrée dans une zone naturelle, n'est pas incohérent avec le PADD.

En ce qui concerne l'inexactitude matérielle et l'erreur manifeste d'appréciation du classement en zone humide :

7. Aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. () / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ". Le plan local d'urbanisme peut délimiter des zones particulières dans un but de protection et de mise en valeur de secteurs ayant un intérêt écologique, quand bien même ces secteurs ne seraient pas couverts par les dispositions du code de l'environnement.

8. Si la communauté de communes de Cœur de Chartreuse fait valoir qu'elle s'est fondée sur l'étude menée en 2016 par le conservatoire d'espaces naturels de l'Isère pour classer en partie en zone humide la parcelle AE n° 334 appartenant à M. C, cela ne ressort pas des pièces du dossier. Il ressort d'ailleurs de l'étude faite en 2010 par le conservatoire d'espaces naturels de l'Isère sur le marais de Berland, qui est disponible le site internet du conservatoire, que le marais de Berland n'inclut pas cette parcelle.

9. Toutefois, il ressort des autres pièces au dossier, tant des cartes relatives à l'inventaire des zones humides en Isère, datant de 2019, du Conservatoire des espaces naturels de l'Isère, produites en défense à la demande du tribunal, que de l'expertise technique réalisée par le requérant le 9 décembre 2019 par le cabinet ECR Environnement que la parcelle présente un caractère humide, notamment dans son altimétrie la plus faible, ce qui représente environ 20 % de sa surface, qui correspond à la partie de la parcelle AE n° 334 faisant l'objet de ce classement. Quant aux causes de la présence d'eau sur la parcelle de l'intéressé, le rapport d'expertise note que " La zone humide est alimentée par des eaux de sources (résurgences) provenant d'un busage en amont du fossé délimitant la parcelle de M. C et celle de son voisin. " et d'un fossé insuffisant pour absorber les eaux de la source. Si M. C soutient que la présence d'eau est la conséquence des agissements de son voisinage et de la commune de Saint-Christophe de Guiers, il n'établit pas par les courriers qu'il produit que celle-ci ne gère pas ou insuffisamment les eaux pluviales et l'étude qu'il a diligentée au mois de décembre 2019 ne permet pas de corroborer ses allégations selon lesquelles la présence de l'eau serait due, au moins pour partie, au vidange de la piscine installée sur la parcelle voisine à la sienne. Ainsi, il y a lieu de retenir que l'origine de l'eau, qui donne à sa parcelle un caractére humide sur environ 20% de sa surface, provient d'une cause naturelle. Ainsi, son caractère humide justifie la protection instituée par l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Il suit de là que les moyens tirés de l'inexactitude matérielle et de l'erreur manifeste d'appréciation du classement en zone humide doivent être écartés comme non fondés.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation du classement en zone agricole :

10. D'une part, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

11. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

12. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

13. M. C soutient que sa parcelle doit être classée en zone UH dès lors qu'elle est enserrée sur 3 de ses côtés par des propriétés bâties, elles-mêmes classées en zone UH et qu'il n'y a aucune séparation physique entre ces parcelles et la sienne, toutes situées dans le hameau de la Richardière.

14. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la parcelle AE n° 334 d'une superficie de 4 840 m² n'est pas bâtie et constitue un pré, qu'elle est enclavée, qu'elle n'est pas desservie par des réseaux. Si elle jouxte des parcelles bâties et classées en zone UH, elle est bordée sur son côté le plus large, par cinq parcelles (n° 631, n° 329, n° 328, n° 344 et n° 512) toutes classées en zone agricole s'ouvrant sur un vaste secteur rural et agricole. Dans ces conditions, compte tenu de ses caractéristiques et de sa localisation, le classement de la parcelle cadastrée AE n° 334 en zone A n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les conclusions présentées par M. C, partie perdante dans le présent litige, sont rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, M. C versera la somme de 1 500 euros à la communauté de communes Cœur de Chartreuse en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 1 500 euros à la communauté de communes Cœur de Chartreuse en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la communauté de communes Cœur de Chartreuse est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté de communes Cœur de Chartreuse.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Paquet, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. D

La présidente,

D. PAQUET

La greffière,

V. JOLY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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