mercredi 15 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | VIVES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 février 2020, le 29 juin 2021 et le 2 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Vives, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Bièvre Est a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe en zone agricole, sur le territoire de la commune de Beaucroissant, la parcelle cadastrée section AP n°l15 ;
2°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Bièvre Est a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe en zone agricole (A) la partie Ouest de la parcelle cadastrée section AP n°l14 et la partie Est en " secteur agricole sensible " (As) ;
3°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Bièvre Est a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il identifie un corridor de type 1 " secteur agricole sensible " sur une grande partie Est de la parcelle cadastrée section AP n°l14 ;
4°) d'enjoindre à la communauté de communes Bièvre Est de classer ces parcelles en zone urbaine ;
5°) de mettre à la charge de la communauté de communes Bièvre Est une somme de 2500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le classement en zone agricole de la parcelle cadastrée section AP n°115 et de la partie ouest de la parcelle AP n°114 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone As1, définie comme " un secteur agricole sensible ", de la partie Est de la parcelle cadastrée section AP n°114 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement de la partie Est de la parcelle n° 114 en corridor de type 1 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; il n'est pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durable et méconnait ainsi l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés le 18 mars 2021, le 26 avril 2021 et le 20 août 2021, la communauté de communes Bièvre Est, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Par un courrier du 26 janvier 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, qu'il envisageait de surseoir à statuer et les a invitées à présenter leurs observations.
Des observations, enregistrées le 30 janvier 2023, ont été présentées par Me Fessler pour la communauté de Communes Bièvre Est.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vives représentant Mme B et de Me Fessler représentant la communauté de communes Bièvre Est.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B demande l'annulation de la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Bièvre Est (CCBE) a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant qu'il classe en zone agricole la parcelle cadastrée section AP n°l15, qu'il classe la parcelle AP n°l14 en zone agricole dans sa partie Ouest et en zone agricole AS1 en sa partie Est et qu'il identifie un corridor de type 1 sur la partie Est de la parcelle cadastrée section AP n°l14.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le classement de la parcelle section AP n°115 en zone agricole :
2. Aux termes du I de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
3. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
4. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
5. Le rapport de présentation du PLUi définit le secteur As1 comme délimitant les secteurs agricoles sensibles et à protéger de toutes nouvelles constructions, y compris agricoles.
6. Ce rapport identifie la zone UC aux franges d'urbanisation des tissus bâtis majoritairement constitués par de l'habitat pavillonnaire. Il énonce que " Afin d'assurer une modération de la consommation des espaces agricoles naturels et forestiers environnants et pour lutter contre l'étalement urbain, la délimitation de la zone UC est largement circonscrite aux bâtis existants. Le développement de cette zone s'effectuera par le comblement prioritaire des espaces libres, des dents creuses ou par division parcellaire ".
7. La parcelle cadastrée section AP n°115, excentrée du centre bourg, comporte une maison d'habitation. Les parcelles numéros 114, 116, 85 et 419 qui l'entourent directement ne sont pas bâties et présentent un aspect naturel. Cette parcelle est seulement contigüe par l'angle Nord à la parcelle n°467 qui est classée en zone UC et sur laquelle la construction d'une maison d'habitation d'un volume important a été autorisée. Par ailleurs, la construction implantée sur la parcelle n°115 se situe en position avancée dans la zone agricole par rapport à la ligne que forment, au nord et au sud, les deux zones urbaines UC et UIa. Surtout, elle s'ouvre à l'ouest sur un vaste secteur classé en zone agricole et, en direction l'Est, elle est prolongée par la parcelle contigüe n°114 vierge de toute construction et, au-delà de la route du Bois, par les parcelles numéros 25, 30, 31 et 32 qui forment un ensemble non bâti de prairies situé entre deux parties urbanisées de la commune. Aussi, de par son ouverture à l'ouest sur une vaste zone agricole et sa position à l'extrémité d'un couloir constitué d'autres parcelles libres de toutes occupations, la parcelle AP n°115 se rattache aux secteurs agricoles qui l'entourent largement et, à ce titre, n'est pas dépourvue de potentiel agronomique, biologique ou économique même si elle comporte une habitation. A cet égard, contrairement à ce que soutient la requérante, les parcelles numéros 114 et 115 ne forment pas une dent creuse ou un espace libre urbanisable.
8. Le classement de la parcelle n°115 répond aussi aux orientations majeures du projet d'aménagement et de développement durable visant à lutter contre l'étalement urbain et le mitage des espaces agricoles en privilégiant l'urbanisation des centres agglomérés des bourgs et villages. Dès lors, la CCBE n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant cette parcelle en zone agricole. Ce classement ne révèle en outre aucune incohérence au sens de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme avec le projet d'aménagement et de développement durable.
En ce qui concerne le classement la parcelle AP n°l14 en zone A dans sa partie Ouest et en zone AS1 en sa partie Est :
9. La parcelle cadastrée section AP n°l14, contiguë à la parcelle n°115, est constituée d'une prairie non bâtie.
10. En raison de son emplacement au sein d'un ensemble de parcelles non bâties formant un couloir et du parti d'aménagement choisi tel qu'exposé au point précèdent, le classement en zone A de la partie Ouest de cette parcelle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. La parcelle cadastrée n°114 a été classée, dans sa partie Est, en zone agricole sous-secteur As1 dont le règlement interdit toute nouvelle construction y compris agricole. Ainsi qu'il a été dit, elle forme avec les parcelles voisines numéros 25, 30, 31 et 32, situées à l'Est de l'autre côté de la route du Bois, un ensemble non bâti de prairies d'une superficie supérieure à 5 ha constituant un couloir entre deux parties urbanisées de la commune. Ce couloir s'ouvre lui- même à l'ouest et à l'Est sur de vastes secteurs naturels classés en zone agricole et dépourvus de constructions à l'exception de la parcelle n°115. Du fait de son caractère naturel et de sa position au sein d'autres terrains constitués de prairies, la parcelle n°114 n'est pas dépourvue de potentiel agricole.
12. Par ailleurs s'agissant de son classement en zone sensible, ce secteur apparait inclus dans les " espaces supports de fonctionnalité écologique " " perméabilité forte " de la trame verte et bleue reportée sur la carte établie par le schéma de cohérence territorial de la région de Grenoble intitulée " La trame verte et bleue identifiée par le SCoT de la grande région de Grenoble sur le territoire " et figure en page 66 du tome 2 du rapport de présentation dans la carte synthétique dénommée " les réservoirs de biodiversité et continuités écologiques de Bièvre Est ". Dès lors, cette partie de parcelle doit être regardée comme se rattachant à des secteurs agricoles sensibles sur le plan écologique. Par suite, son classement répond à la fois à la définition de la zone agricole énoncée par les dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme et aux critères du sous-secteur AS1 tel que définis par le PLUi. Ainsi, le classement partiel de cette parcelle en zone AS1 n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et ne caractérise aucune incohérence avec le projet d'aménagement et de développement durable.
En ce qui concerne l'identification d'un corridor de type 1 sur la partie Est de la parcelle cadastrée section AP n°l14 :
13. La requérante conteste la qualification et la fonctionnalité du corridor écologique dans lequel est inclus la majeure partie de parcelle n°114 en s'appuyant à la fois sur l'absence de méthodologie, d'identification et d'évaluation de ce couloir et plus particulièrement sur le rapport de la commission d'enquête publique qui mentionne que " La parcelle AP 115 () supporte une maison d'habitation de construction récente et est limitée à l'Est par un mur maçonné sur toute sa longueur (). Par ailleurs, une maison d'habitation est en cours de construction au Nord de la parcelle AP 114 qui est clôturée à l'Est par un grillage dont les caractéristiques ne permettraient pas le passage d'une faune, quelles qu'en soient les représentants. Il est donc évident que ce corridor n'est pas constitué ".
14. Il est vrai que, par sa position dans la trame verte entre deux vastes espaces naturels à l'Est et à l'Ouest, le couloir à l'aspect naturel, relativement étroit, formé par les parcelles numéros 114, 25, 30, 31, 32 et 33 entre deux espaces urbanisés, a vocation à être qualifié de corridor écologique en raison de la continuité spatiale qu'il permet sous réserve toutefois de justifier de l'existence de réservoirs de biodiversité et de la fonctionnalité de ce corridor.
15. Or, il ressort des pièces du dossier et notamment du reportage photographique réalisé par Mme B que les clôtures existantes notamment sur les parcelles n°114 et 115, en partie murées, font obstacle à la circulation de la faune notamment dans le passage étroit formé entre les deux constructions voisines implantées sur les parcelles numéros 115 et 467 comme le constatent d'ailleurs la commission d'enquête et la chambre d'agriculture de l'Isère. La CCBE n'apporte aucun élément précis de nature à établir l'utilisation effective de ce couloir par la faune comme voie de déplacement entre les réservoirs de biodiversité et ne justifie pas davantage des mesures permettant de restaurer cette fonctionnalité. A cet égard, ne sauraient suffire les seules prescriptions du règlement du PLUi tendant à garantir la perméabilité des clôtures pour la faune qui ne sont susceptibles de régir que les clôtures édifiées postérieurement à son adoption. Dans ces conditions, alors même que le projet d'aménagement et de développement durable tend à préserver, " voir contribuer à restaurer " les corridors y compris d'intérêt local, l'inclusion partielle de la parcelles n°114 dans un corridor écologique n'est pas justifiée quant à sa fonctionnalité et, dans cette mesure, sa création est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la délibération du 16 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il identifie un corridor de type 1 " secteur agricole sensible " sur la parcelle cadastrée section AP n°l14.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement n'implique pas que les parcelles cadastrées section AP n°l14 et n°115 soient classées en zone urbaine. Par suite, les conclusions tendant à enjoindre à la CCBE de classer ces parcelles en zone urbaine doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la CCBE demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la CCBE une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 16 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal est annulée en tant qu'elle identifie un corridor écologique sur la parcelle cadastrée section AP n°l14.
Article 2 : La communauté de communes Bièvre Est versera à Mme B une somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la communauté de communes Bièvre Est. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
M. Ban, premier conseiller.
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.
Le rapporteur,
J-L. A
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026