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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001242

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001242

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PIANTA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février et 5 novembre 2020, le préfet de la Haute-Savoie demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2019 par lequel le maire de Vailly a délivré à M. et Mme C un permis de construire portant sur la réalisation d'une maison individuelle, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.

Il soutient que :

-l'arrêté méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme en ce que la construction autorisée ne peut être regardée comme rattachée à l'ensemble construit existant ;

-il méconnaît l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette est situé dans une zone qui a vocation à être préservée pour l'exercice d'activités agricoles et pastorales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le maire était tenu de surseoir à statuer sur la demande des époux C au regard du contenu du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) intercommunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2020, la commune de Vailly conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le déféré du préfet n'est pas fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mars et 9 novembre 2020, Mme B C et M. A C concluent au rejet de la requête.

Ils soutiennent que les moyens du déféré du préfet ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 10 novembre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 décembre 2020.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de M. C comparant en personne.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 septembre 2019, le maire de Vailly a délivré à Mme et M. C un permis de construire une maison d'habitation sur un terrain situé 618 route des Charges lieudit Les Charges-d'en-Haut et cadastré section E n°583, 639 et 640 sur la commune de Vailly. Le préfet de la Haute-Savoie a formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 24 décembre 2019. Par une ordonnance du 27 mars 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l'exécution du permis de construire délivré aux époux C au motif que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme était propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Le préfet de la Haute-Savoie demande l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2019 ensemble le rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. " Ces dispositions régissent entièrement la situation des communes classées en zone de montagne pour l'application de la règle de constructibilité limitée, qu'elles soient ou non dotées d'un document d'urbanisme. L'article L. 122-5-1 du même code dispose : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des plans cadastraux et des photographies aériennes, mais également du site internet " Géoportail ", accessible tant au juge qu'aux parties, que la construction projetée est distante de plus de 100 mètres de la première maison dans la direction du Nord, dont elle est séparée par une zone boisée et une route communale, de sorte qu'elle ne peut être regardée comme étant en continuité d'urbanisation avec les habitations situées " côté Nord " comme l'allèguent les pétitionnaires. D'autre part, il ressort des pièces du dossier mais également du site internet " Géoportail " que plusieurs constructions, pour un total n'excédant pas une dizaine de bâtiments, sont situées au lieudit " les Charges-d'en-Haut ". Si la construction projetée se trouve à proximité d'une maison située sur la même unité foncière, cette dernière apparait clairement isolée des autres constructions existantes dont elle est séparée par plusieurs parcelles dépourvues de construction. Ainsi, les constructions les plus proches de la maison existante sur le terrain d'assiette sont distantes d'environ 60 mètres et sont séparées par la route des Charges. Quant à l'habitation la plus proche de son côté de la route, elle est située à plus de 80 mètres. Dans ces conditions, le projet litigieux ne peut être regardé comme situé en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations au sens des dispositions précitées quand bien même son terrain d'assiette serait desservi par la voirie et les réseaux publics et qu'une habitation est implanté à proximité sur la même parcelle. Ainsi, l'arrêté en litige, qui permet une urbanisation sans continuité avec un groupe de constructions existantes, méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie est fondé à demander l'annulation du permis de construire du 10 septembre 2019 et, par voie de conséquence, celle du rejet de son recours gracieux.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus aux articles L. 102-13, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". Aux termes de l'article L. 153-11 alinéa 3 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. " Il appartient à l'autorité saisie d'une demande de permis de construire de prendre en compte notamment les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), dès lors qu'elles traduisent un état suffisamment avancé du futur plan local d'urbanisme, pour apprécier si la construction envisagée serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan et décider, le cas échéant, de surseoir à statuer sur la demande.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de de la décision attaquée, la parcelle litigieuse était identifiée, dans la carte insérée au PADD du Haut-Chablais adopté en conseil communautaire le 9 octobre 2018, comme relevant des Charges d'en Haut, qualifié par ce document de hameau isolé, lui-même situé à l'intérieur d'une zone plus vaste de terres agricoles à préserver. La légende de cette carte précisait que dans les hameaux isolés, seule une urbanisation en dents creuses était possible. Ainsi, le futur plan local d'urbanisme était dans un état suffisamment avancé à la date de l'arrêté de permis attaqué pour que le maire de la commune de Vailly soit à même d'apprécier si le projet était de nature à compromettre l'exécution du futur plan. En l'espèce, la construction d'une maison d'habitation projetée se situe sur un terrain d'assiette qui n'est pas en dent creuse et qui est entouré, à l'exception de la maison d'habitation située sur la même parcelle, de terres à l'état naturel. Compte tenu du caractère irréversible du projet situé dans une zone relevant d'un réservoir de terres agricoles, la construction litigieuse était de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Vailly a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer à la demande des époux C doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Savoie est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2019 par lequel le maire de Vailly a délivré à Mme et M. C un permis de construire ainsi que de la décision de rejet de son recours. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 septembre 2019 par lequel le maire de la commune de Vailly a délivré un permis de construire à Mme et M. C est annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision de rejet de son recours gracieux.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Haute-Savoie, à Mme et M. C et à la commune de Vailly.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le président,

M. Sauveplane

La rapporteure,

E. Aubert

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°200124

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