vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ADP AFFAIRES DROIT PUBLIC IMMOBILIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2020 et un mémoire du 1er janvier 2022, la société Just Invest, représentée par la société d'Avocats Mialot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° 19-170 du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et valant schéma de cohérence territoriale ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Cœur de Chartreuse la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Just Invest soutient que :
- en sa qualité de pétitionnaire d'un permis de construire ayant donné lieu à une décision de sursis à statuer, elle a intérêt pour agir ;
- l'avis de la commission d'enquête publique est insuffisant et ne répond pas aux exigences de l'article R. 123-19 du code de l'environnement, ce qui a privé d'une garantie le public ;
- le rapport de présentation est insuffisant quant à la définition des critères, indicateurs et modalités devant servir à l'analyse des résultats de l'application du plan à l'échéance de trois ans, pour les dispositions relatives à l'habitat, et de 9 ans après l'approbation du PLUi, lorsqu'il est soumis à une évaluation environnementale, notamment pour les objectifs que sont la maîtrise de l'énergie et de production énergétique, la prévention des nuisances comme le bruit, la préservation de la qualité de l'air et la protection des zones humides ;
- le rapport de présentation ne comporte pas une analyse suffisante et pertinente de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers sur les dix ans précédant l'adoption du PLUi, pour répondre aux exigences des dispositions du 4° de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme ;
- le PLUi n'est pas compatible avec la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du conseil dite " services " du 12 décembre 2006.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er février 2021 et le 3 février 2022, la communauté de communes Cœur de Chartreuse, représentée par la société d'avocats Affaires Droit public Immobilier, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la société Just Invest la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La communauté de communes Cœur de Chartreuse fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Par une ordonnance du 4 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mars 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Par lettres du 10 juin 2022, les parties ont été informées de la possibilité pour le tribunal de juger, en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, que le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation quant à l'identification d'indicateurs, en application des articles R. 151-3 6° et R. 151-4 du code de l'urbanisme pour évaluer la lutte contre la pollution sonore, la réduction des gaz à effet de serre, la protection des zones humides et la maîtrise de l'énergie et la production énergétique sur le territoire couvert par le PLUi, est fondé et d'estimer que cette illégalité se rapporte à un vice susceptible d'être régularisé et, par conséquent, qu'il est susceptible de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai pour cette régularisation. Les parties ont été invitées à présenter leurs observations.
Par un mémoire enregistré le 13 juin 2022, la société Just Invest a présenté des observations.
Par un mémoire enregistré le 14 juin 2022, la communauté de communes Cœur de Chartreuse a présenté des observations.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juin 2022 :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme A,
- les observations de Me Margelidon pour la société Just Invest,
- et les observations de Me Metzger, pour la communauté de communes Cœur de Chartreuse.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Cœur de Chartreuse regroupe 17 communes, dont Saint-Laurent-du-Pont. En 2018, la SAS Just Invest s'est portée acquéreur d'une parcelle cadastrée section AE n° 1 située au lieu-dit Grange Venin à Saint-Laurent-du-Pont. Le 19 décembre 2018, elle a déposé une demande de permis de construire d'un ensemble commercial d'une emprise au sol de 1 829 m² sur cette parcelle. Par un arrêté n° 104/2019 du 26 mars 2019, le maire de Saint-Laurent-du-Pont a opposé un sursis à statuer à la demande de permis de construire pour une durée de deux ans, au motif que le projet de construction est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du plan local d'urbanisme intercommunal en cours d'élaboration. Par délibération n° 19-170 du 19 décembre 2019, le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et valant schéma de cohérence territoriale (PLUi-H valant SCoT). La parcelle section AE n° 1 a été classée en zone UE. Dans la présente instance, la société Just Invest demande l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de la commission d'enquête publique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ". Aux termes de l'article R. 123-19 de ce code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu. Il doit, d'autre part, indiquer dans un document séparé, ses conclusions motivées sur l'opération, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-44 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " Lorsqu'il est élaboré par un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat, le plan local d'urbanisme peut tenir lieu de programme local de l'habitat. () ". Aux termes du 3ème alinéa de l'article L. 302-2 du code de la construction et de l'habitation : " Pendant toute la durée de son élaboration, le programme local de l'habitat peut faire l'objet d'une concertation associant les habitants et les associations locales. Dans ce cas, les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale. A l'issue de la concertation, l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale en arrête le bilan, qui est joint au projet de programme local de l'habitat. ". Aux termes du I de l'article L. 123-2 du code de l'environnement, " I. - Font l'objet d'une enquête publique soumise aux prescriptions du présent chapitre préalablement à leur autorisation, leur approbation ou leur adoption : 1° Les projets de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements exécutés par des personnes publiques ou privées devant comporter une évaluation environnementale en application de l'article L. 122-1 () 2° Les plans, schémas, programmes et autres documents de planification faisant l'objet d'une évaluation environnementale en application des articles L. 122-4 à L. 122-11 du présent code, ou L. 104-1 à L. 104-3 du code de l'urbanisme, pour lesquels une enquête publique est requise en application des législations en vigueur ; 3° Les projets de création d'un parc national, d'un parc naturel marin, les projets de charte d'un parc national ou d'un parc naturel régional, les projets d'inscription ou de classement de sites et les projets de classement en réserve naturelle et de détermination de leur périmètre de protection mentionnés au livre III du présent code ; " 4° Les autres documents d'urbanisme et les décisions portant sur des travaux, ouvrages, aménagements, plans, schémas et programmes soumises par les dispositions particulières qui leur sont applicables à une enquête publique dans les conditions du présent chapitre. ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le rapport de la commission d'enquête publique est constitué d'un document de 254 pages, auquel s'ajoute un document distinct dénommé " Conclusions motivées et avis de la commission d'enquête ". Ce document, nécessairement plus succinct, comporte notamment les sept points positifs du projet identifiés comme tels par la commission d'enquête publique et les trois points négatifs du projet, donne un avis favorable au projet et émet trois recommandations. La commission d'enquête publique a ensuite donné un avis qui tient compte des observations du public et de l'avis des personnes publiques associées. Contrairement aux allégations de la requérante, la commission d'enquête publique a formulé un avis motivé tel qu'exigé par les dispositions rappelées au point 2 du présent jugement. Par suite, la première branche du moyen doit être écartée comme non fondée.
6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis de la commission d'enquête porte notamment sur le volet Habitat et en rappelle les grands axes. L'avis favorable émis par la commission d'enquête sur le " PLUi-H valant SCoT de la communauté de communes Cœur de Chartreuse " doit s'entendre d'un avis portant également sur le volet Habitat. En tout état de cause, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que l'adoption du programme local de l'habitat est soumise à une enquête publique. Par suite, la seconde branche du moyen doit également être écartée.
En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de présentation :
7. D'une part, aux termes de l'article de l'article R. 151-3 du code de l'urbanisme : " Au titre de l'évaluation environnementale, le rapport de présentation : () " 6° Définit les critères, indicateurs et modalités retenus pour l'analyse des résultats de l'application du plan mentionnée à l'article L. 153-27 et, le cas échéant, pour le bilan de l'application des dispositions relatives à l'habitat prévu à l'article L. 153-29. Ils doivent permettre notamment de suivre les effets du plan sur l'environnement afin d'identifier, le cas échéant, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et envisager, si nécessaire, les mesures appropriées ; () ". L'article R. 151-4 du même code précise que " Le rapport de présentation identifie les indicateurs nécessaires à l'analyse des résultats de l'application du plan mentionnée à l'article L. 153-27 et, le cas échéant, pour le bilan de l'application des dispositions relatives à l'habitat prévue à l'article L. 153-29. ".
8. Les articles L. 153-27, dans sa version en vigueur, et L. 153-29 du code de l'urbanisme prescrivent respectivement, pour l'évaluation du PLU, à l'issue d'une période de neuf ans après la délibération portant approbation de ce dernier, de procéder à une analyse des résultats de l'application du plan et, pour le programme local de l'habitat, à l'issue au plus d'une période de trois ans d'établir un bilan. Lorsque le plan local d'urbanisme tient lieu de programme local de l'habitat, l'article L. 153-28 du code de l'urbanisme dans sa version en vigueur, ramène la période de neuf ans à six ans.
9. D'autre part, aux termes du II de l'article L. 302-1 du code de la construction et de l'habitation : " II.-Le programme local de l'habitat définit, pour une durée de six ans, les objectifs et les principes d'une politique visant à répondre aux besoins en logements et en hébergement, à favoriser le renouvellement urbain et la mixité sociale et à améliorer la performance énergétique de l'habitat et l'accessibilité du cadre bâti aux personnes handicapées en assurant entre les communes et entre les quartiers d'une même commune une répartition équilibrée et diversifiée de l'offre de logements. / Ces objectifs et ces principes tiennent compte de l'évolution démographique et économique, de l'évaluation des besoins des habitants actuels et futurs, de la desserte en transports, des équipements publics, de la nécessité de lutter contre l'étalement urbain et des options d'aménagement déterminées par le schéma de cohérence territoriale ou le schéma de secteur lorsqu'ils existent, ainsi que du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, du schéma départemental d'accueil des gens du voyage et, le cas échéant, de l'accord collectif intercommunal défini à l'article L. 441-1-1. ".
10. La requérante soutient que les indicateurs qui sont identifiés dans le rapport de présentation sont insuffisants pour qu'il soit satisfait, à l'issue de chaque période précitée, à l'analyse des résultats de l'application du plan du PLUi et au bilan du programme local de l'habitat.
S'agissant des indicateurs pour le bilan du programme local de l'habitat :
11. La requérante soutient qu'aucun indicateur n'est prévu dans le rapport de présentation permettant d'évaluer si les objectifs fixés à l'article L. 302-1 du code de la construction et de l'habitation seront atteints, à l'échéance de trois ans de l'approbation du programme local de l'habitat. Toutefois, il ressort de pièces du dossier que le rapport de présentation comporte, dans un point 2.6 " Synthèse des choix de développement et indicateurs de traduction dans le PLUi H " (tome 3), lequel énonce 15 indicateurs sur la thématique " Habitat ". Par suite, la branche du moyen doit être écartée comme manquant en fait.
S'agissant des indicateurs pour les unités touristiques nouvelles du PLUi :
12. Aux termes du 2ème alinéa de l'article L. 153-27 du code de l'urbanisme : " L'analyse des résultats porte également, le cas échéant, sur les unités touristiques nouvelles mentionnées à l'article L. 122-16 du présent code ". Contrairement aux allégations de la requérante qui soutient que le rapport de présentation n'identifie aucun indicateur, le point 2.6 " Synthèse des choix de développement et indicateurs de traduction dans le PLUi H " du rapport de présentation comporte une thématique " Tourisme " qui énonce 7 indicateurs, dont le nombre d'orientations d'aménagement et de programmation (OAP) valant unité touristique nouvelle. La thématique " Armature territoriale " comporte également un indicateur permettant de calculer l'évolution de la part du pôle touristique dans l'ensemble des " logements programmés dans les différentes typologiques de communes ". Par suite, cette branche du moyen doit être écartée comme manquant en fait.
S'agissant des indicateurs mesurant certains objectifs généraux mentionnés à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme :
13. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 5° La prévention des risques naturels prévisibles () pollutions et des nuisances de toute nature ; 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ; () 7° La lutte contre le changement climatique et l'adaptation à ce changement, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'économie des ressources fossiles, la maîtrise de l'énergie et la production énergétique à partir de sources renouvelables () ".
14. En premier lieu, la requérante soutient que le rapport de présentation ne comporte pas un indicateur pertinent s'agissant de la protection des zones humides, en méconnaissance du 6° de l'article L. 101-2 précité du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier et notamment du PADD qu'il comporte l'orientation n° 1 tendant à " Préserver les richesses naturelles du territoire " et en particulier les zones humides. La thématique " Biodiversité et dynamiques écologiques " du point 6.2.2. " Le suivi du PLUi-H valant SCoT de Cœur de Chartreuse ", mentionnée dans le tome 2 du rapport de présentation comporte un indicateur " Evolution du nombre de zones humides et de l'espace de bon fonctionnement " et donne lieu à un bilan annuel, ce qui est suffisant pour connaître l'évolution de la protection apportée spécifiquement aux zones humides et autres espaces sensibles du territoire chartrousin. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.
15. En deuxième lieu et en revanche, la requérante soutient que le rapport de présentation est dépourvu d'indicateurs sur la pollution sonore et la prise en compte de la qualité de l'air, en méconnaissance du 5° et du 7° de l'article L. 101-2 précité du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que la réduction du bruit figure dans le PADD au titre de l'orientation n° 9 " Prendre en compte les aléas naturels, technologiques et nuisances dans les choix d'aménagement " et plus précisément, " Prendre en compte les nuisances sonores notamment celles liées aux infrastructures (traversée de Saint-Thibaud de Couz, Saint-Joseph de Rivière, Saint-Laurent-du-Pont, notamment ligne Ferroutage Lyon Turin, ) ". Or, le 2.6 précité du rapport de présentation (tome 3) ne comporte pas cette thématique et, comme le soutient la requérante, il ne comporte pas d'indicateur sur ce point.
16. En troisième lieu, le PADD comporte une orientation n° 21 visant à " Limiter les besoins de déplacements ", permettant de répondre à l'objectif tel qu'énoncé au 6° de l'article L. 101-2 précité du code de l'urbanisme. Si le rapport de présentation (tome 3) comporte dans son point 2.6 précité une thématique " Réduction des gaz à effet de serre et des déchets ", seule la mise en oeuvre des actions de l'OAP Déplacements est prévue à titre d'indicateur de la réalisation de cet objectif. Or si l'OAP thématique Déplacements prévoit des objectifs (développer la fibre optique, l'emploi et les espaces de co-working, la communication et l'information sur l'offre de transport en commun, etc), l'OAP ne peut tenir lieu, en elle-même d'indicateur pertinent pour analyser, à l'échéance de six ans, les résultats de l'application du plan sur le territoire en la matière.
17. En dernier lieu, la requérante soutient que le rapport de présentation est dépourvu d'indicateur sur la maîtrise de l'énergie et la production énergétique à partir de sources renouvelables, en méconnaissance du 7° de l'article L. 101-2 précité du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier et notamment du PADD qu'il définit l'orientation n° 11 " Œuvrer pour une meilleure gestion des énergies et favoriser les énergies renouvelables et les réseaux d'énergie ". Le rapport de présentation (tome 3) comporte dans son point 2.6 précité une thématique " Réduction des gaz à effet de serre et des déchets " qui comporte comme indicateur des " Energies renouvelables : pas de secteur d'interdiction des énergies renouvelables, règles souples, action du POA en faveur de la réhabilitation du parc énergivore " : la " Mise en œuvre de l'action 6 du POA ". Le Programme d'orientations et d'actions en faveur de l'habitat 2020-2025, consultable sur le site de Cœur de Chartreuse, comporte l'action 6 : " Se donner les moyens d'agir sur le parc ancien, énergivore, vacant et/ou non adapté aux besoins des habitants ". Il se décline en cinq actions : " S'appuyer sur les dispositifs existants ", " Etudier la mise en place d'une plateforme de rénovation énergétique ", " Mener une étude pré-opérationnelle d'OPAH ", " Financer la mise en place d'une OPAH sur le territoire " et " A travers l'OPAH, abonder financièrement certaines thématiques ". Si ces actions contribuent à la réalisation de l'orientation n° 11, elles ne constituent pas un ou des indicateurs pertinents pour analyser des résultats de l'application du plan en matière de maîtrise de l'énergie et la production énergétique à partir de sources renouvelables, au sens du 7° de l'article L. 101-2 précité du code de l'urbanisme.
18. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le PLUi comporte des insuffisances dans le rapport de présentation, quant à la définition d'indicateurs pour évaluer la lutte contre la pollution sonore et la réduction des gaz à effet de serre et la maîtrise de l'énergie et la production énergétique.
S'agissant de l'analyse de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers :
19. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'approbation du plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. () ".
20. Si le rapport de présentation mentionne, dans le tome 3, qu'une analyse de la consommation d'espace a été faite sur la période 2003-2015, ce qui ne correspond effectivement pas aux dix années précédant l'approbation du PLUi, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de présentation que la communauté de communes Cœur de Chartreuse s'est appuyée sur les données dont elle disposait pour établir la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers, et plus précisément sur une extrapolation de la consommation foncière à partir de l'analyse des permis de construire (logements et locaux) de 2008 à 2018 réalisée sur la base des données du SITADEL (base des permis de construire et autres autorisations d'urbanisme) et du logiciel de gestion R'ADS de la communauté de communes Cœur de Chartreuse, de l'analyse de la tâche urbaine en Cœur de Chartreuse réalisée à partir des cartes d'Etat-Major et d'une analyse de la croissance des espaces urbains bâtis réalisée à partir de la base cadastrale issue d'une étude produite par l'Observatoire foncier de 2010 à 2015. L'agrégation de ces données a permis de retenir que la consommation d'espace avait été environ de 220 ha précédant l'approbation du PLUi et l'objectif pour la période de 2020 à 2032 a été fixé à 110 ha de consommation d'espace. Si la requérante soutient que la consommation passée est surévaluée, du fait de la prise en compte d'une période où elle a été forte, alors qu'elle n'aurait pas dû être analysée au titre de la période précédant les dix ans et qu'en conséquence, l'objectif fixé est nécessairement surévalué et donc excessif, la prise en compte des années postérieures à 2015 (SITADEL) a eu pour effet de corriger une consommation plus forte observée entre 2003 et 2011. En tout état de cause, il n'apparaît pas que la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers fixée à 110 ha pour la période de 2020 à 2032 soit excessive au regard de la superficie totale du territoire couvert par la communauté de communes Cœur de Chartreuse, qui est 35 700 ha selon le site internet de celle-ci, consultable par le juge et les parties. Par suite, le moyen tiré de ce que l'objectif fixé pour la consommation d'espace serait erroné et excessif doit être écarté comme non fondé.
En ce qui concerne l'incompatibilité avec la directive 2006/123/CE du 12 décembre 2006 :
21. Aux termes de l'article 15 de la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 susvisée : " 2. Les États membres examinent si leur système juridique subordonne l'accès à une activité de service ou son exercice au respect de l'une des exigences non discriminatoires suivantes : a) les limites quantitatives ou territoriales sous forme, notamment, de limites fixées en fonction de la population ou d'une distance géographique minimum entre prestataires () 3. Les États membres vérifient que les exigences visées au paragraphe 2 remplissent les conditions suivantes : a) non-discrimination: les exigences ne sont pas directement ou indirectement discriminatoires en fonction de la nationalité ou, en ce qui concerne les sociétés, de l'emplacement de leur siège statutaire ; b) nécessité : les exigences sont justifiées par une raison impérieuse d'intérêt général ; c) proportionnalité: les exigences doivent être propres à garantir la réalisation de l'objectif poursuivi, ne pas aller au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre cet objectif et d'autres mesures moins contraignantes ne doivent pas permettre d'atteindre le même résultat. " Il résulte de ces dispositions que l'article 15 n'interdit pas aux auteurs du PLU de restreindre sur le territoire couvert par le plan les zones ou secteurs dans lesquels les activités commerciales et de services seront autorisées, à la condition de respecter les conditions de non-discrimination, de proportionnalité et de nécessité au regard d'une raison impérieuse d'intérêt général.
22. La société Just Invest soutient que le PLUi encadre de manière trop restrictive l'implantation des constructions de la sous-destination " artisanat et commerces de détails ", à travers le règlement et une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) thématique dédiée au commerce.
23. Il ressort des pièces du dossier et notamment du PADD et plus précisément de son orientation n° 28 que les auteurs de PLUi ont entendu " Assurer la pérennité, l'équilibre et le développement de l'activité commerciale " en encourageant le développement commercial sur les pôles de vie principaux, en particulier les centres-bourgs et les villages, dans les zones U et en autorisant l'installation d'unités commerciales inférieures à 200 m², à certaines conditions, dans une seule zone d'activité (UY) située à Entre-deux-Guiers dans le secteur de " Champ Perroud ", identifié par une OAP " Commerce ". Si comme le relève la requérante, ces secteurs se situent principalement dans les communes de Entre-Deux-Guiers, Saint-Laurent-du-Pont et Les Echelles, qui peuvent recevoir des établissements commerciaux d'une surface supérieure à 500 m² dans les zones UA et UA1, ce parti pris d'aménagement n'est pas entaché d'une disproportion dès lors que le bassin de vie de ces communes représente 44 % de la population totale de la communauté de communes de Cœur de Chartreuse. Par ailleurs, d'autres secteurs qualifiés de " Centralités touristiques ", Saint-Pierre-de-Chartreuse et les communes de Saint-Pierre d'Entremont (Savoie et Isère) et de " Centralités d'accompagnement " Entremont-le-Vieux, Saint-Thibaud-de-Couz, Miribel-les-Echelles et Saint-Joseph-de-Rivière, peuvent faire l'objet de projet d'unités commerciales d'une surface inférieure à 500 m². Ces choix répondent aux objectifs de renforcer l'attractivité des centres-villes tout en diminuant les déplacements afin de réduire les gaz à effet de serre. Enfin, la requérante n'établit pas que les zones U sur lesquelles il peut être implanté des unités commerciales d'une surface supérieure de 200 m² n'auraient pas le " foncier disponible " et la capacité de stationnement suffisante pour permettre leur installation. Ainsi, la délibération attaquée n'est pas entachée d'une disproportion sur ce point et n'est pas incompatible avec la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006.
Sur les conséquences à tirer des vices entachant la délibération attaquée :
24. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : () 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. () ".
25. Ces dispositions ont pour objet de permettre, sous le contrôle du juge, la régularisation d'un vice ayant entaché l'élaboration ou la révision d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale, sous les réserves mentionnées au 2° s'agissant d'un vice de forme ou de procédure ou au 1° s'agissant d'un autre vice, dès lors qu'aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de l'acte attaqué. Lorsque le juge estime qu'une telle régularisation est possible, il peut, de sa propre initiative ou à la demande d'une partie, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur le principe de l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, constater, par une décision avant-dire droit, que les autres moyens ne sont pas fondés et surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour permettre, selon les modalités qu'il détermine, la régularisation du vice qu'il a relevé.
26. Il résulte des points 15 à 17 inclus du présent jugement que la délibération attaquée est entachée du vice tenant à l'insuffisance, dans le rapport de présentation, de la définition d'indicateurs pour évaluer la réalisation de certains objectifs généraux sur le territoire couvert par le PLUi, en l'espèce, la lutte contre la pollution sonore, la réduction des gaz à effet de serre et la maîtrise de l'énergie et la production énergétique.
27. Dans son mémoire enregistré le 13 juin 2022, la requérante soutient que ce vice n'est pas susceptible d'être régularisé dès lors qu'il porte une atteinte à la protection de l'environnement et que la délibération attaquée doit être en conséquence annulée. Toutefois, ce vice porte une atteinte, non à la légalité du PLUi H valant SCoT, mais seulement aux conditions dans lesquelles l'évaluation de l'exécution du PLUi sera faite, à l'expiration du délai de six ans depuis son entrée en vigueur. Le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse est susceptible de régulariser le vice tendant à l'insuffisance des indicateurs prévus aux articles R. 151-3 et R. 151-4 du code de l'urbanisme en cours d'exécution du PLUi, qui requiert une simple modification du PLUi. Il y a lieu de lui impartir un délai de huit mois pour y procéder à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête jusqu'à l'expiration du délai maximum de huit mois à compter de la notification du présent jugement imparti à la communauté de communes Cœur de Chartreuse pour notifier au tribunal les mesures de régularisation prévues au point 27.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Just Invest et à la communauté de communes Cœur de Chartreuse.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Paquet, présidente,
Mme Letellier, première conseillère,
M. Hamdouch, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
C. B
La présidente,
D. PAQUET
La greffière,
V. JOLY
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026