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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001378

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001378

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantADP AFFAIRES DROIT PUBLIC IMMOBILIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 février 2020 et le 22 mars 2021, Mme A E et Mme B C demandent au tribunal d'annuler la délibération n° 19-170 du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et valant schéma de cohérence territoriale, en tant qu'il classe la parcelle cadastrée AL n° 178 en zone agricole située sur le territoire de la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse.

Mme E et Mme C soutiennent que :

- le classement de la parcelle AL n° 178 en zone agricole méconnaît les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), est entaché d'une inexactitude matérielle à raison de ses caractéristiques et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait le principe d'égalité de traitement eu égard au classement en zone constructible de parcelles aux caractéristiques similaires situées dans le même hameau et dans d'autres hameaux.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er février 2021 et le 17 mai 2021, la communauté de communes Cœur de Chartreuse, représentée par la société d'avocats Affaires Droit public Immobilier, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Cœur de Chartreuse fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une lettre du 28 septembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 9 novembre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 10 mai 2022.

Vu :

- la délibération attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juin 2022 :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Metzger, pour la communauté de communes Cœur de Chartreuse.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes Cœur de Chartreuse regroupe 17 communes, dont Saint-Pierre-de-Chartreuse. Mme A E et Mme B C sont propriétaires d'une parcelle cadastrée section AL n° 178, située dans le hameau La Mollarière sur le territoire de la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse. Par délibération n° 19-170 du 19 décembre 2019, le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat et valant schéma de cohérence territoriale (PLUi-H valant SCoT). Aux termes du règlement du PLUi H valant SCoT, leur parcelle a été classée en zone agricole. Dans la présente instance, Mme E et Mme C demandent l'annulation de la délibération du 19 décembre 2019, en tant que leur parcelle n'a pas été classée en zone constructible.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la cohérence entre le classement et les orientations du projet d'aménagement et de développement durables :

2. L'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable, dispose que : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / Il peut prendre en compte les spécificités des anciennes communes, notamment paysagères, architecturales, patrimoniales et environnementales, lorsqu'il existe une ou plusieurs communes nouvelles. ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

3. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

4. Les requérantes soutiennent qu'elles ont un projet de construction de deux grands chalets familiaux sur leur parcelle, idéalement placée sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse, proches de sites touristiques de pleine nature ou d'activités de ski, pouvant participer à l'objectif de développement de l'offre d'hébergement touristique, tel que énoncé dans le PADD et qu'en conséquence, le classement de la parcelle en zone agricole méconnait les orientations fixées par celui-ci.

5. S'il est vrai que parmi les objectifs du PADD, figurent l'orientation n° 4 " Développer la capacité de création de richesses territoriales " et, plus particulièrement, l'orientation n° 35 " Consolider l'attractivité du territoire pour devenir une destination touristique de séjour " auquel le projet des requérants entend répondre, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'ensemble du PADD, qui doit être apprécié dans sa globalité, que les auteurs de PLUi ont fixé d'autres orientations, qui ne sont pas incohérentes entre elles, et notamment l'orientation n° 1 " Valoriser l'identité naturelle et culturelle chartrousine ", déclinée notamment par les orientations n° 6 : " Favoriser le maintien et l'évolution de l'agriculture en Chartreuse " et n° 7 tendant à " Préserver et valoriser des espaces agricoles pour leur rôle d'aménageur du territoire ". Ainsi, le maintien en zone agricole de la parcelle litigieuse qui se trouve en bordure d'une petite zone UH " Centralité de niveau 3 ", elle-même située dans une vaste zone agricole enserrée dans une zone naturelle, n'est pas incohérent avec le PADD, alors même que ce secteur se trouve à proximité d'une zone touristique et dont la constructibilité pourrait répondre à un autre objectif du PADD, en l'occurrence du développement de l'offre d'hébergement. Il suit de là qu'il n'y a pas d'incohérence entre le classement de la parcelle et les objectifs fixés par le PADD, pris dans leur globalité.

En ce qui concerne l'inexactitude matérielle et l'erreur manifeste d'appréciation :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

8. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

9. Les requérantes soutiennent que les auteurs de PLUi se sont mépris en classant leur parcelle en zone agricole alors qu'elle se situe en continuité avec des parcelles construites classées en zone constructible, qu'elle est quasiment plane et se trouve en bordure d'une route reliant plusieurs hameaux, qu'elle est desservie par les réseaux d'eau et d'électricité, et que le rapport d'enquête publique a reconnu la réalité de ces caractéristiques.

10. Toutefois, si certaines de ces caractéristiques sont avérées, la vocation agricole de la parcelle litigieuse n'est pas remise en cause dès lors que, vierge de toute construction et d'une superficie de 3 200 m², elle se situe en bordure du hameau de la Mollarière, entourées sur trois de ses côtés de parcelles classées en zone agricole et qu'elle ne peut être regardée dans une continuité urbaine. En outre, la circonstance qu'elle soit quasiment plane, accessible par la voie publique et qu'elle soit desservie par les réseaux ne suffit pas à conférer un caractère constructible à la parcelle. En outre, il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête publique n'a pas donné un avis favorable à son classement en zone constructible. Par ailleurs, les auteurs de PLUi ont marqué leur volonté de préserver les secteurs agricoles et n'ont pas souhaité étendre l'urbanisation dans le hameau de la Mollarière. La circonstance que la parcelle des requérantes soit proche du site d'activité sportive et touristique de Saint-Hugues-de-Chartreuse n'est pas suffisante pour lui donner un caractère constructible. Enfin, les auteurs de PLUi ont décidé la création d'une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) dans le secteur PC 4 Saint-Hugues-de-Chartreuse pour y renforcer les fonctions d'habitat, dans un secteur déjà urbanisé. Dans ces conditions, la délibération attaquée n'est pas entachée d'inexactitude matérielle et d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle classe la parcelle litigieuse en zone agricole.

En ce qui concerne l'atteinte au principe d'égalité :

11. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. En l'espèce, en l'absence d'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement de la parcelle dont les requérantes sont propriétaires, elles ne sont pas fondées à soutenir que d'autres parcelles voisines et comparables, voire dans une situation plus favorable, et en particulier les parcelles n° 168 et n° 169 et pour partie la parcelles n° 218 situées dans le même hameau ont été classées en zone UH, ainsi que des parcelles dans les hameaux de Majeure, Le Mollard-Bellet et Les Antonins. Il y a donc lieu d'écarter le moyen tiré de la rupture d'égalité des citoyens devant la loi.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, Mme E et Mme C verseront, ensemble, la somme de 1 500 euros à la communauté de communes Cœur de Chartreuse en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme E et Mme C verseront, ensemble, la somme de 1 500 euros à la communauté de communes Cœur de Chartreuse en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la communauté de communes Cœur de Chartreuse est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la communauté de communes Cœur de Chartreuse.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Paquet, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

C. F

La présidente,

D. PAQUET

La greffière,

V. JOLY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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