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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001442

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001442

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement à son profit du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisante motivation, en particulier des considérations de droit ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la circonstance que sa demande d'asile a été enregistrée, au surplus en procédure normale, implique son rétablissement dans les conditions matérielles d'accueil ;

- la décision porte une atteinte grave au droit d'asile, alors qu'elle est sans ressources et en situation de précarité ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2020, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 31 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022, Mme C a lu son rapport. Les parties ne sont ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est une ressortissante russe, âgé de 25 ans. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, le 23 mai 2016. Placée en procédure Dublin, elle a été déclarée en fuite le 1er mars 2017 par les services de la préfecture de l'Isère avant qu'il ait été procédé à son transfert. Le 23 mai 2017, elle a fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées. Le 11 octobre 2018, elle a présenté une nouvelle demande d'asile en France, qui a été classée en procédure normale, et a demandé le rétablissement à son profit du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par décision du 10 janvier 2020, la directrice territoriale de l'OFII a refusé de faire droit à cette demande. Dans la présente instance, Mme B demande l'annulation de la décision du 10 janvier 2020.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu d'admettre Mme A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 551-9 : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. (). ". Et aux termes de l'article L. 744-9 de ce code, alors en vigueur : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. () ".

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 744-6 du même code, dans sa version en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. (). ".

5. Aux termes de l'article L. 744-8 dudit code, alors en vigueur : " () le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret.".

6. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. En premier lieu, et contrairement aux allégations de la requérante, la décision attaquée vise l'article 20 point 1 de la directive accueil n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle mentionne les motifs pour lesquels le bénéfice du rétablissement des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme non fondé.

8. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de la décision litigieuse que la directrice territoriale de l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de la requérante sur le fondement des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, aux motifs d'une part que l'intéressée ne justifie pas des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII et, d'autre part, que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteurs particuliers de vulnérabilité ou de besoins particuliers en matière d'accueil.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été déclarée en fuite par la préfecture de l'Isère le 1er mars 2017 et qu'elle a présenté ultérieurement une demande d'asile, le 11 octobre 2018, et sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil suspendues depuis le 23 mai 2017. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le classement en procédure normale de la demande d'asile de l'intéressée n'emporte pas l'obligation pour l'office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur mais seulement d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement. En l'espèce, l'OFII a procédé à l'examen de la situation de l'intéressée. Toutefois, celle-ci n'a fait état d'aucune vulnérabilité particulière ni de besoins particuliers et ne s'est pas justifiée des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'asile, le 23 mai 2016. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas entachée d'une méconnaissance des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En dernier lieu, Mme B, qui se borne à faire valoir, sans l'établir, être dépourvue de ressources et être dans une situation d'extrême précarité, ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les conclusions présentées par Mme B, partie perdante, sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Schürmann, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Heintz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 10 octobre 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

S. WEGNER La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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