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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001585

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001585

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mars 2020, le 18 mars 2020 et le 4 mars 2021, M. D E et M. C E, représentés par Me Ballaloud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2019 par lequel la commune de La Chapelle Saint Maurice a délivré un permis de construire à M. A, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Chapelle Saint Maurice et de M. A une somme de 2 000 euros à verser à chacun au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la composition du dossier de demande de permis de construire est irrégulière, en particulier en ce que la limite de propriété ; les cotes portées sur les plans de la demande sont inexactes ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article Ua 7 du règlement ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article Ua 9 du règlement ;

- l'arrêté méconnaît l'article Ua11 du règlement et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2020, M. A, représenté par Me Oster, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer afin de permettre le dépôt d'un permis de construire modificatif et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont ni qualité ni intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 28 août 2023, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la possibilité pour le tribunal de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en étant susceptible de retenir comme fondés les moyens tirés de la méconnaissance des articles Ua 7, Ua 9 et Ua 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de La Chapelle Saint Maurice et l'insuffisance du dossier de permis de construire.

Par un mémoire du 30 août 2023, M. A a présenté des observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Planchet, représentant MM. E et de Me Gaillard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 mai 2019, M. A a déposé un permis de construire pour la réhabilitation d'une ferme et le changement de la forme de la couverture de l'auvent par une toiture plate pour une surface de plancher de 39 m2 sur les parcelles cadastrées section A 827 et 828 situées sur la commune de La Chapelle Saint Maurice. Par un arrêté du 20 juillet 2019, le maire de la commune de La Chapelle Saint Maurice a délivré le permis de construire sollicité. M. D E et M. C E demandent l'annulation de cet arrêté ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ".

3. S'il est fait grief aux requérants de ne pas avoir produit de pièces établissant leur qualité de propriétaire conformément à l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme dès l'introduction de la requête, M. D E et M. C E ont produit un avis de taxe foncière, une attestation notariée du 19 mars 2020 et une attestation immobilière (succession E Marie) du 19 avril 2004 de nature à établir leur propriété en indivision notamment de la parcelle n°1670 accueillant une ferme mitoyenne avec le projet. La circonstance que ces pièces ont été versées non pas dans la requête introductive mais par un mémoire complémentaire enregistré le 18 mars 2020 sur invitation du tribunal est sans incidence. Dès lors, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

4. En deuxième lieu, l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir d'une personne physique à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C E et M. D E sont propriétaires en indivision de la parcelle A 1670 anciennement A 830 qui est mitoyenne au projet et qui emporte une extension de 39 m2. Compte tenu du projet qui porte sur la réalisation d'une extension de 39 m2 et la réalisation d'une toiture terrasse dans l'ancienne ferme mitoyenne et alors que l'entrée de la maison se situe sur la même façade que les travaux envisagés, MM. E justifient de leur intérêt à agir contre le permis litigieux au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Dès lors, cette fin de non-recevoir doit être également écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de permis de construire :

6. D'une part, la caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

7. D'autre part, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. Si la notice indique que la ferme est conservée dans son emprise au sol, dans sa volumétrie et que l'auvent Nord couvert d'une toiture deux pans sera transformé par une charpente avec toiture plate ayant la même emprise au sol, elle évoque également qu'en façade Nord, compte tenu de la proximité de l'auvent avec la limite de propriété, la nouvelle construction ira jusqu'en limite de propriété pour éviter de garder un délaissé inutilisable et sans intérêt architectural. La notice poursuit en indiquant que cette nouvelle construction à toiture terrasse s'accolera donc à la construction de la propriété voisine. Ainsi, les services instructeurs ont pu sans difficulté apprécier la nature du projet et son implantation.

9. MM. E soutiennent que la limite séparative représentée sur les plans de coupe AA est erronée puisqu'elle devrait être située au niveau de la panne faitière du bâtiment alors qu'elle est matérialisée sur les plans après le mur de séparation entre les deux propriétés. Toutefois, les requérants n'établissent pas en quoi cette erreur serait née du fait intentionnel du pétitionnaire afin d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

10. Si les requérants indiquent que le plan de la façade Est laisse apparaitre une nouvelle fenêtre créée en partie sur la portion de façade de la famille E, cette branche du moyen est dépourvue de précision pour en apprécier le bien-fondé et ils n'expliquent pas les conséquences sur l'appréciation des services instructeurs sur la demande de permis de construire.

11. La circonstance, à la supposée établie, que le plan de masse fait apparaitre des cotes erronées sur la partie Sud de la propriété mitoyenne est sans incidence dès lors qu'il est constant que les travaux envisagés consistant en la réalisation d'une extension dans le prolongement de la façade Nord de l'habitation n'impactent pas l'arrière de l'habitation qui se situent à l'opposée et qu'ils n'en déduisent aucune conséquence sur l'application d'une règle de droit. Par ailleurs, il ressort du plan de masse que la partie Sud de la propriété entre les parcelles 828 et 829 délimitée par un mur se situe à 3,42 mètres et non à 2 mètres contrairement à ce qu'ils indiquent. La seule différence avec le plan de bornage versé mentionnant une cote de 3,46 mètres n'est pas de nature à établir une fraude alors que les travaux d'extension ne sont pas prévues sur cette partie de façade.

12. En revanche, il ressort de la confrontation du plan de masse existant, du plan de masse projet et du plan de bornage que la limite de propriété entre la parcelle cadastrée section A 825 et A 827 n'est pas située à l'aplomb du mur de la maison implantée sur la parcelle A 827 telle que matérialisée dans le plan de masse mais à l'aplomb de l'avancée de toiture de cette propriété voisine soit une différence de 0,40 mètres. Cette limite de propriété erronée a nécessairement induit en erreur le service instructeur quant à l'implantation de l'extension au droit de la façade par rapport aux limites séparatives et au respect des dispositions des articles Ua 7 et Ua 9 du règlement.

13. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'irrégularité du dossier de permis de construire doit être accueilli.

En ce qui concerne les limites séparatives :

14. Aux termes de l'article Ua 7 du règlement l'implantation des constructions est autorisée : " 1/ sur les limites séparatives : sur 50% au maximum de la longueur des limites séparatives concernées, et à condition que la circulation soit aisément assurée par ailleurs et que les mesures nécessaires soient prises pour éviter la propagation des incendies / 2. En retrait des limites séparatives, à une distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 4 m. () Par exception, dans le cas de l'extension ou de la reconstruction d'une construction qui ne respectait pas la règle de recul, le projet pourra s'implanter au maximum au droit du bâtiment existant ou d'origine. () ".

15. Le projet prévoit de remplacer l'auvent existant par une extension qui s'implante jusqu'au hangar agricole situé sur la parcelle 825. Comme il a été dit précédemment, la limite séparative se situe à l'aplomb de l'avancée de toiture et non au droit de la façade de cette construction. Or, l'article UA 7 autorise une implantation au maximum au droit du bâtiment existant pour une extension. Par ailleurs, le plan de masse fait apparaitre que le projet prévoyait une longueur de 7,91 mètres en limite séparative alors qu'elle ne pouvait excéder 7,10 mètres en application de la règle des 50% au maximum de la longueur des limites séparatives concernées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ua 7 du règlement doit être accueilli.

En ce qui concerne l'emprise au sol des constructions :

16. Aux termes de l'article Ua 9 du règlement, l'emprise au sol des constructions n'est pas réglementée sauf dans le cas d'une rénovation de tout ou partie de constructions contiguë formant une unité architecturale où les emprises existantes sont respectées. En l'espèce, le projet prévoit le remplacement d'un auvent par une extension avec toiture terrasse. Cet auvent forme une unité architecturale avec l'ancienne ferme. Dès lors, qu'il ressort tant de la notice que des plans que la nouvelle construction s'accolera à la propriété voisine afin d'éviter un délaissé, le projet méconnaît l'article Ua 9 du règlement.

En ce qui concerne l'aspect extérieur de la construction :

17. En premier lieu, l'article Ua 11 relatif à l'aspect extérieur indique que le constructeur recherchera des volumes simples soigneusement implantés selon les caractéristiques des terrains et du bâti traditionnel du village. Il prévoit également que les autorisations d'occuper le sol seront refusées si les toits plats ne sont pas végétalisés et accessibles directement depuis le terrain naturel ou ne constituent pas des toits terrasses accessibles et inclus dans le corps général du bâtiment ne dépassant pas 20 % de la surface totale couverte de l'ensemble architectural.

18. Le permis de construire autorise sur la face Nord d'une ancienne ferme l'adjonction d'une toiture terrasse plate qui s'accole sur la grange voisine en lieu et place d'un auvent couvert par une charpente à deux pans. Cette extension ne peut être considérée comme un volume simple implanté selon les caractéristiques du bâti traditionnel du village. En outre, l'extension prévoit une toiture terrasse qui n'est pas incluse dans le corps général du bâtiment. Dans ces conditions, cette extension méconnaît l'article Ua 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

19. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

20. En l'espèce, le projet consistant en la rénovation en partie d'une ferme s'implante au sein du village à côté d'une ancienne grange dont les moellons sont apparents. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet alors même qu'il comporte une partie en toit plat serait de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme précitées n'est pas fondé.

Sur les conséquences des illégalités soulevées :

21. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

22. Lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif peut, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Lorsqu'il décide de recourir à l'article L. 600-5-1, il lui appartient, avant de surseoir à statuer sur le fondement de ces dispositions, de constater préalablement qu'aucun des autres moyens n'est fondé et n'est susceptible d'être régularisé et d'indiquer dans sa décision de sursis pour quels motifs ces moyens doivent être écartés.

23. Les vices invoqués aux points 12, 15, 16 et 18 étant susceptibles d'être régularisés, il y a lieu de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer et de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement le délai imparti à M. A pour justifier d'une mesure de régularisation des vices entachant l'arrêté du 20 juillet 2019 par lequel le maire de la commune de La Chapelle Saint Maurice a délivré le permis de construire sollicité.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, pour permettre à M. A d'obtenir un permis modificatif régularisant les vices mentionnés aux points 12, 15, 16 et 18 du jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de La Chapelle Saint Maurice et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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